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Intrigues à l’époque de la peste noire

Minette Walters
Photo courtoisie, Fabio de Paola Minette Walters est considérée comme la reine du roman noir anglo-saxon.

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L’écrivaine britannique Minette Walters, la grande dame du roman noir anglo-saxon, expose avec brio les conséquences politiques et sociales de la peste noire, et celles de la mort de milliers de personnes, dans son roman Au tournant de minuit. Les intrigues politiques, les gestes de courage et les histoires d’amour sont au cœur du deuxième volet de sa grande saga médiévale, sur un fond de terreur.

Dans le deuxième tome de cette saga fascinante, qui trouve écho dans le monde contemporain, Minette Walters recule dans le temps, à l’aube de l’an 1349. La peste noire, arrivée par bateau, continue de ravager l’Angleterre. Et ce n’est pas fini : l’épidémie meurtrière anéantira près de la moitié de la population européenne.

Dans le Dorsetshire, les gens du petit village de Develish sont toujours en quarantaine et se demandent s’ils sont les seuls survivants de l’épidémie. 

Ils attendent, guidés par Lady Anne, et surveillent leurs réserves de nourriture qui baissent et baissent. Il faudra éventuellement s’aventurer au-delà des douves, et c’est Thaddeus, un serf courageux, qui va affronter la réalité.

Coïncidence ? Prémonition ? Minette Walters avait terminé Au tournant de minuit et travaillait déjà sur un autre projet lorsque la pandémie de COVID‐19 a commencé. Les liens entre les deux événements sont étonnants. « La grande différence, c’est qu’à l’époque, les vaccins n’existaient pas. La seule chose qui a sauvé les gens, c’est la quarantaine. C’était fascinant d’étudier les différentes pandémies qui ont frappé », observe-t‐elle en entrevue.

Dans le roman, elle décrit les mesures d’hygiène qui ont commencé à être appliquées au 15e siècle pendant la peste noire, comme la construction de latrines à l’extérieur des bâtiments et le fait d’en brûler d’autres pour détruire les populations de rats, qui transmettaient la maladie.

<strong><em>Au tournant de minuit</em><br>Minette Walters</strong><br>Éditions Robert Laffont<br>424 pages
Photo courtoisie
Au tournant de minuit
Minette Walters

Éditions Robert Laffont
424 pages

« Ils ont réalisé que les conditions d’hygiène déficientes contribuaient à transmettre la peste noire. Les rats se nourrissaient de déchets humains. Très peu de gens avaient des latrines et déféquaient plutôt dans les rues. C’était une période assez sinistre », rappelle-t‐elle.

L’étoffe d’une leader

Minette Walters, qui a mené des recherches soutenues sur l’époque et sur la peste noire pour écrire la saga, fait en sorte que son héroïne, Lady Anne, agisse en leader dans la période de crise. « C’était une grande lectrice de la Bible. Elle s’est inspirée d’une règle juive indiquant que les déchets devaient être enterrés loin des habitations », note l’écrivaine.

« Lady Anne savait lire. Elle a fait construire des latrines, s’est occupée de l’hygiène. Pour cette raison, les villageois de Develish s’en sont tirés beaucoup mieux que leurs compatriotes. »

Minette Walters rappelle que la peste noire a tué beaucoup de religieux et de religieuses, puisqu’ils soignaient les malades.

Outre Lady Anne, une femme éduquée, à l’étoffe de leader, Minette Walters dépeint également un héros intéressant à travers le personnage de Thaddeus, un serf dévoué. « Ce que j’aime le plus chez lui, tout d’abord, c’est son intelligence. Il accepte d’apprendre d’une femme et il offre sa loyauté absolue. C’est une excellente qualité ! », dit-elle.

Par ailleurs, l’écrivaine habite dans un petit hameau du Dorset qui a été classé site historique. Elle note qu’il ne reste pas beaucoup de traces de l’époque médiévale. « Les seules archives que nous avons datent du roi Henri VIII, du 15e et du 16e siècle. Il ne reste rien du tout du 14e siècle. C’est dû en partie au grand nombre de membres du clergé qui ont péri : ils étaient pratiquement les seuls à savoir écrire. C’est très difficile de trouver des documents datant de l’époque de la peste noire. » 

EXTRAIT

« La nuit paraissait plus profonde quand Lady Anne quitta Eleanor et s’éloigna de la cabane du serf. Peut-être ses efforts pour faire comprendre à sa fille le choix difficile qui se présentait à elle l’avaient-ils retardée plus longtemps qu’elle n’en avait eu conscience. Les nuages qui masquaient la lune l’empêchaient de savoir l’heure. Elle serra sa houppelande plus étroitement autour d’elle pour se protéger du vent qui se levait, et longea à tâtons le chemin conduisant à la demeure. » 

  • Minette Walters est considérée comme la reine du roman noir anglo-saxon.
  • Elle s’est tournée avec succès vers le roman historique pour cette saga.
  • Elle vit dans le Dorset, au Royaume-Uni, où elle a situé le hameau de Develish.
  • Elle a publié Le Sang du renard, lauréat du plus prestigieux prix de la littérature policière anglaise, le Gold Dagger Award.