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Les 70 ans de Guy Lafleur

Guy Lafleur
Photo d'archives, Chantal Poirier Guy Lafleur est l’ambassadeur de la Fondation du CHUM.

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 Guy Lafleur n’en revient pas. Il célèbre ses 70 ans demain. Comme tout le monde qui prend de l’âge, il n’arrive pas à y croire. Une mise en échec de Denis Potvin ne l’aurait pas plus ébranlé. C’est la réalité pourtant.

« Je n’ai rien vu, les années passent, je vais te le dire, me lance-t-il. 

« Taboire, ça n’a pas de sens ! »

Lafleur regarde le film de sa vie.

« À l’âge qu’on est rendu, on est plus porté à regarder ce qu’on a fait que ce qui va arriver. On ne sait pas ce qui nous pend au bout du nez.

« Le passé, au moins, c’est du concret. L’avenir, tu ne peux pas trop regarder en avant. Il faut prendre les journées une à la fois, pas plus que ça.

« Dans mon cas, je ne peux pas planifier des choses à long terme. »

NOUVELLE FORME DE TRAITEMENT

Son état de santé en a pris un coup au cours des dernières années, on le sait tous.

Lafleur se bat contre le cancer du poumon avec le même acharnement et le désir qui le caractérisaient sur la patinoire.

Sa voix est bonne.

Au début d’octobre, il se soumettra à une nouvelle forme de traitement. Son médecin lui a indiqué qu’il ressentira plus de fatigue.

« Je vais perdre mes cheveux, mais ce n’est pas grave, ajoute-t-il.

« Pourvu que les résultats soient positifs, c’est tout ce qui compte. »

Il se garde occupé en allant au resto avec des amis et en travaillant autour de sa demeure où le lac des Deux-Montagnes lui procure une vue magnifique de la nature.

DES SOUVENIRS PLEIN LA TÊTE

Comme tout athlète, Lafleur a vécu sa carrière sans s’arrêter à ses exploits. Il n’avait pas de temps pour ça. 

Ce qu’il avait en tête, c’était la prochaine victoire, la prochaine Coupe Stanley à aller chercher. Il était pris par son métier, il avait soif de victoire, il se plaisait dans l’environnement du hockey de l’époque.

« Aujourd’hui, je réalise ce que ma vie a été au cours des 50 dernières années, raconte-t-il.

Entre 1962 et 1964, Guy Lafleur a volé la vedette au Tournoi international pee-wee de Québec où il a marqué 64 fois.
Photo d'archives
Entre 1962 et 1964, Guy Lafleur a volé la vedette au Tournoi international pee-wee de Québec où il a marqué 64 fois.

« Je trouve ça le fun d’avoir la possibilité de faire ça, de revoir ma vie, de me rappeler les bons comme les mauvais souvenirs et d’en retirer les leçons qui me permettent d’avoir une meilleure qualité de vie. »

Des souvenirs particuliers lui reviennent à la mémoire.

Le numéro 4 des Remparts célébrant la conquête de la Coupe Memorial en mai 1971.
Photo d'archives
Le numéro 4 des Remparts célébrant la conquête de la Coupe Memorial en mai 1971.

« Le Tournoi pee-wee de Québec, les Remparts et le repêchage qui m’a mené chez le Canadien, cite-t-il.

« Ma première retraite fait partie de ça aussi. Ces épisodes ont été des faits saillants dans ma carrière. »

COURRIER TOUJOURS AUSSI VOLUMINEUX

Les amateurs ne l’oublient pas. Il reçoit du courrier tous les jours. Des lettres lui sont envoyées d’Europe et même d’Asie.

D’autres proviennent de Las Vegas, ce que Lafleur n’avait pas vu avant que la Ligue nationale ne s’installe dans la Ville du péché. Il s’attend à ce que Seattle s’ajoute au lot bientôt.  

Une fois la semaine, il consacre environ deux heures à son courrier. Ça lui fait chaud au cœur de voir que les amateurs continuent de lui écrire 30 ans après son deuxième retrait de la compétition.

« Ça garde en vie », dit-il.

Gary Carter et Guy Lafleur, deux héros de la scène sportive montréalaise.
Photo d'archives
Gary Carter et Guy Lafleur, deux héros de la scène sportive montréalaise.

« On me demande d’autographier des photos, des chandails, des rondelles. La plupart de ces gens vendent ensuite ces objets, mais ça ne me dérange pas.

« Mon nom et mon image continuent de circuler. Ça va tomber mort la journée que ça n’arrivera plus. Vient un moment où les gens ne savent pas ce que tu as fait.

« Je pense tout de même rester présent dans la mémoire collective un bout de temps encore. Il reste des générations qui m’ont vu jouer et les prochaines vont encore parler de moi. »

IMMORTEL MAURICE

Pensons à Maurice Richard.

Dans un documentaire réalisé par Gilles Gascon et produit par l’Office national du film en 1971, le Rocket racontait que ça lui ferait drôle de ne plus être reconnu dans la rue dans les 10 à 15 ans qui allaient suivre.

Et pourtant.

« Si on continue à parler de lui de nos jours, c’est qu’il reste beaucoup de journalistes qui ont connu son époque, explique Lafleur.

« Est-ce que ce sera pareil dans 20 ou 30 ans ? Les journalistes vont-ils encore parler de nous ? ajoute-t-il en parlant de lui et des autres grands de sa génération. 

« On va peut-être remplacer nos statues au Centre Bell par d’autres à l’image des Fantômes du Forum. »

On reconnaît bien là l’humour de Lafleur, mais les statues de Howie Morenz, Maurice Richard, Jean Béliveau et Lafleur sont là pour demeurer. 

On ne pourra pas les déboulonner de leur socle. Ces personnages n’ont pas commis de crimes moraux.

Ce sont des légendes qui ont mené une bonne vie.

AU BON ENDROIT AU BON MOMENT

Lafleur s’estime chanceux d’avoir fait carrière dans les décennies 1960 à 1990.

« On a eu l’avantage de jouer à une époque où le hockey était vraiment extraordinaire, estime Lafleur.

De 1971 et 1984, Lafleur a fait trembler les poutres du Forum avec le CH.
Photo Getty Images
De 1971 et 1984, Lafleur a fait trembler les poutres du Forum avec le CH.

« Je pense que ce furent les plus belles années de la Ligue nationale. Les joueurs comme moi avons connu Maurice et Henri Richard, avec qui j’ai joué, Elmer Lach, Bobby Rousseau, Aurèle Joliat et quantité d’autres qui se sont battus pour bâtir la dynastie du Canadien.

« Pour nous qui les avons suivis, c’était important de gagner et de perpétuer la tradition gagnante que nos prédécesseurs avaient engendrée. »

Flower est sorti de sa retraite pour évoluer avec les Rangers de New York pour la campagne 1988-1989.
Photo courtoisie
Flower est sorti de sa retraite pour évoluer avec les Rangers de New York pour la campagne 1988-1989.

Les joueurs québécois étaient fiers de jouer pour le Canadien et comme Lafleur le souligne, il y en avait des grands.

Et ça ne parlait pas d’argent.

Le légendaire numéro 10 a joué durant deux saisons avec les Nordiques, dont son dernier tour de piste en 1991.
Photo courtoisie
Le légendaire numéro 10 a joué durant deux saisons avec les Nordiques, dont son dernier tour de piste en 1991.

« Le hockey a toujours été une business, mais dans le temps, ce l’était plus pour les propriétaires que pour les joueurs, dit Lafleur.

« On avait du fun, on faisait tout pour gagner le plus de matchs possible. On était passionnés. Il y avait beaucoup de compassion entre les joueurs. On n’était pas une équipe, on était une famille. »

L’ex-entraîneur du Canadien Scotty Bowman a toujours été élogieux à l’endroit du démon blond.
Photo d'archives
L’ex-entraîneur du Canadien Scotty Bowman a toujours été élogieux à l’endroit du démon blond.

Il ne faut pas croire que Lafleur est amer et mélancolique. Ce n’est pas son style.

Tout ce qu’il désire, c’est une meilleure santé. C’est la grâce qu’on lui souhaite.

Bonne fête, Guy !

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