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Gains possibles pour Blanchet

POL-ELECTIONS-FEDERALES
Photo Agence QMI, Joël Lemay

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Yves-François Blanchet s’était fixé un objectif de 40 sièges, comme un frappeur qui pointe les estrades en se présentant au marbre, pour annoncer un coup de circuit. Les gains sont plus limités, malgré l’attaque contre le Québec lors du débat en anglais qui a redonné de la vigueur à une campagne moribonde. Ce matin, il y a deux circonscriptions supplémentaires que le Bloc semble en voie de remporter.

Les quelques dizaines de militants bloquistes réunis au centre Pierre-Péladeau à Montréal n’ont pas eu autant l’occasion de festoyer qu’ils l’auraient souhaité hier soir. Les nombreux sièges vides dans l’auditorium, en raison des conditions sanitaires, ajoutaient à une ambiance mitigée.  

Lorsqu’il s’est présenté sur la scène, le chef bloquiste a lâché, visiblement déçu : «On a envie de dire, tout ça pour ça.» Il a prédit un jugement sévère des citoyens pour la tenue de cette élection. Ils se demanderont selon lui, «pourquoi avoir interrompu mon BBQ?» 

Sans enthousiasme, Blanchet a annoncé son intention de collaborer avec les autres chefs de parti pour que le parlement fonctionne. «Il faudra laisser certaines rancoeurs du passé derrière nous parce que c’est ce que les Canadiens viennent de réitérer (...) parce que nous sommes toujours en pandémie.» 

Blanchet avait vu grand, Le Bloc devait non seulement conserver toutes ses circonscriptions, mais aller en chercher huit de plus. Ça n’est pas arrivé. Par contre ce matin, la formation dont la vocation est de défendre les intérêts du Québec à Ottawa avait fait élire des candidats ou était en avance dans 34 comtés. Ce serait un peu mieux que la situation de statu quo qui prévalait en début de nuit.  

Le Bloc croyait pouvoir renverser la ministre sortante Diane Lebouthillier en Gaspésie. Ça ne s’est pas matérialisé. Convaincu qu’il pouvait arracher des comtés dans cette région et en Estrie, Yves-François Blanchet n’avait pas ménagé les efforts en s’y rendant à quelques reprises. 

Il y a pour lui une déception dans Sherbrooke, où un gain était espéré. Par contre, une victoire est possible dans une circonscription qui était rouge, Brome-Missisquoi, où Marilou Alarie compte 99 voix de plus que la libérale Pascale St-Onge, alors qu’il ne reste que des votes postaux à dépouiller aujourd’hui. 

L’autre addition en vue pour le Bloc est la circonscription de Châteauguay-Lacolle. Patrick O’Hara devance son adversaire libéral par un peu moins de 1000 voix, avec un bureau de scrutin dont le résultat se fait attendre. 

Puis, les députés bloquistes sortant seront de retour, dont les vétérans Mario Beaulieu, Louis Plamondon, Rhéal Fortin, mais aussi des jeunes qui constituent la relève du parti comme Alexis Brunelle-Duceppe, Kristina Michaud pour ne nommer que ceux-là. 

Victoire morale?

«Si on pouvait conserver le même nombre de sièges ce serait déjà une belle victoire», relativisait le doyen, Louis Plamondon, alors que le Bloc était menacé de perdre quelques sièges en soirée. Il a connu dans sa carrière l’euphorie du Bloc à 54 députés, mais dans le passé, le parti s’est retrouvé aussi bas qu’à quatre élus seulement. Après le départ de Gilles Duceppe, et le court règne tumultueux de Martine Ouellet, le Bloc est venu près de passer à trépas. Le fait de maintenir une présence nombreuse de députés à la Chambre des communes après le retour en force de 2019 constitue une certaine victoire morale. 

En dents de scie

En début de campagne, quelque chose clochait au Bloc. Yves-François Blanchet n’a pas tardé à s’attacher un boulet aux pieds en se montrant favorable au troisième lien Québec-Lévis. En se commettant pour donner un coup de pouce à sa députée de Beauport-Limoilou, Julie Vignola (qui menait une bataille serrée contre le conservateur Alupa Clark tard hier) il a essuyé des critiques et s’est retrouvé un peu empêtré. La moutarde au nez, il a ensuite refusé que sa candidate de Sherbrooke, Ensaf Haidar, réponde à des questions lors d’un point de presse. L’attitude du chef a alors suscité des questionnements. On le disait arrogant. Même la sortie de François Legault contre l’empiétement dans les champs de compétence des provinces avait des airs de camouflet. Parce que, malgré que M. Blanchet ait pris soin de se coller aux demandes du populaire chef caquiste, c’est vers les conservateurs que François Legault a pointé sa préférence, affirmant que « pour la nation québécoise, c’est une bonne approche, l’approche de M. O’Toole ». 

Un regain

Les débats ont changé la donne. Lors du Face-à-face de TVA et du débat des chefs en français, Yves-François Blanchet a été efficace. Plus à l’aise que ses adversaires dans la langue de Molière, il en a profité pour déboulonner des pans des programmes de chacun de ses adversaires. Puis, au débat en anglais, lorsque la modératrice lui a envoyé au visage une question tendancieuse associant les Québécois au racisme et à la discrimination, M. Blanchet a pu se poser en rempart contre les préjugés et le mépris d’une partie du reste du Canada. Est-ce qu’il a été suffisamment habile pour convaincre les Québécois de voter vraiment pour lui, ou uniquement pour constituer un choix par défaut ?