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Nouveau plan en Santé : baume passager sur une plaie béante

Marina Ndah - Infirmière
Photo Francis Pilon Marina Ndah, 31 ans, est infirmière à l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont de Montréal. Elle dénonce le fait que les primes annoncées jeudi pour les infirmières sont seulement pour celles qui œuvrent à temps complet.

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Le gouvernement Legault devra trouver autre chose que des chèques pour satisfaire les infirmiers et infirmières qui ne voient pas de solution à court terme même avec un milliard de dollars.

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Un peu partout, les applaudissements se font rares. 

« Il ne peut pas rien régler avec de l’argent. On l’a vu avec la prime de la première vague. S’il pense qu’il va ramener des filles du privé avec une prime, oubliez ça. Les retraitées non plus », croit Pierre-Paul Grondin, qui travaille en Chaudière-Appalaches.

Pour Élyse Dumas, le gouvernement a bien ciblé le problème mais pas les méthodes pour le corriger. 

Par choix, les infirmières sont nombreuses à travailler à temps partiel pour leur santé ou pour s’occuper de leurs enfants.

« La conciliation travail-famille ou vie sociale est déterminée par la personne. Le bonbon de 15 000 $, ça va faire son temps. Ils n’ont pas été au cœur du problème », explique celle qui travaille en obstétrique au Centre mère-enfant Soleil (CMES) du CHUL.

L’argent ne sera pas un incitatif non plus pour Nadya Poulin, qui exerce son métier à Saint-Georges.

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Dégâts importants

« Les dégâts sont beaucoup trop grands présentement pour espérer qu’un montant de 12 000 $ soit suffisant. Malgré la prime, je pense fortement à prendre un poste à temps partiel pour pouvoir souffler un peu. C’est encore un plaster sur une plaie béante.

« Ça sera un baume passager. Le problème demeure les conditions de travail », croit pour sa part Joas Quirion.

Selon Marina Ndah, infirmière à l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont de Montréal, les incitatifs du gouvernement Legault ne règlent pas le véritable problème du personnel soignant.

« On a trop de charge de travail. C’est pour ça que plusieurs travaillent seulement à temps partiel et n’auront pas le droit à la prime. Si on avait moins de charge, on aurait plus d’infirmières à temps complet », mentionne Mme Ndah, âgée de 31 ans.

Dominique Lavoie, 47 ans, est du même avis que sa collègue.

« Avez-vous remarqué aussi qu’on a toujours des primes sur le court terme contrairement aux médecins ? C’est comme nos primes COVID qui ont désormais disparu », critique cette autre infirmière.

Le Journal a d’ailleurs rencontré une employée qui s’occupe de l’entretien depuis 21 ans dans l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont. 

« Pis nous ? On n’a jamais rien, mais on a été au front durant toute la pandémie à nettoyer chaque coin de chambre des patients », se désole Monique Fontaine, âgée de 61 ans.

Conditions de travail

Un infirmier auxiliaire en arrêt de travail pour épuisement croit que le gouvernement devrait d’abord implanter des ratios sécuritaires et enrayer le temps supplémentaire obligatoire.

« C’est plate, mais avec ces mesures-là, je n’y crois pas », réagit Luc Lallemand, infirmier auxiliaire à l’hôpital Pierre-Boucher, à Longueuil. « Ce qu’on veut, ce sont des bonnes conditions », dit l’homme de 43 ans.  

— Avec Héloïse Archambault

Des réactions  

« La clé, c’est l’organisation du travail. [...] Il faut aller vers une décentralisation de la gestion des soins, redonner du pouvoir aux directrices des soins infirmiers. [...] Le temps supplémentaire obligatoire, quand une infirmière en fait trop, sa concentration et sa vigilance diminuent. »  

– Luc Mathieu, président de l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec

« Nous sommes là pour répondre aux besoins du réseau. [...] Avant [la pandémie], on était surtout appelés pour la nuit, le soir et la fin de semaine. On sert à dépanner. [...] Est-ce que des gens vont quitter ? Fort probablement, comme d’autres vont se joindre à nous. » 

– Hélène Gravel, présidente de l’Association des entreprises privées de personnel soignant du Québec

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