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Gabby Petito et le syndrome de la femme blanche disparue

Gabby Petito
Photo d'archives, AFP Gabby Petito

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Si tout comme moi vous observez quotidiennement ce qui se passe au sud de la frontière, vous avez assurément relevé l’importante couverture médiatique accordée à la disparition, puis à la découverte du corps, de Gabby Petito.

Nous étions sans nouvelles de la jeune femme depuis la fin août. Partie explorer la côte ouest américaine en compagnie de son fiancé, voyage dont elle relayait les photographies sur les réseaux sociaux, elle était ensuite disparue mystérieusement alors que son compagnon revenait seul à son domicile de la Floride.

Comme bien des gens, j’ai été ému par l’annonce de sa mort, considérée comme un meurtre par le FBI, et intrigué par le comportement du fiancé qu’on tente maintenant de retrouver. Comme si cette histoire n’était pas suffisamment bouleversante et triste, elle met en lumière le grand nombre de femmes qui disparaissent chaque année ainsi que le travail des médias qui rapportent ces histoires.

Des dizaines de milliers de femmes sont portées disparues chaque année aux États-Unis sans qu’on assure une couverture médiatique aussi soutenue que celle dont a bénéficié la jeune Petito. Le traitement des médias est important puisqu’il permet souvent aux autorités d’obtenir de nombreux indices qui permettent parfois de retrouver les disparues et de mettre la main au collet des responsables des enlèvements.

Non seulement ce ne sont pas toutes les femmes qui jouissent d’une contribution importante des médias, mais celles qui en bénéficient sont majoritairement blanches. Si on peut attribuer l’intérêt porté à Gabby Petito au fait qu’elle était une youtubeuse active, la couleur de sa peau constituerait un avantage supplémentaire.

Cette propension à publiciser davantage les histoires des femmes blanches est résumée dans l’expression attribuée à l’ancienne présentatrice du réseau PBS Gwen Ifill: «Missing white women Syndrome». Ce «syndrome de la femme blanche disparue» est donc documenté et des statistiques appuyant le phénomène ont circulé dans de nombreux médias américains. Si vous êtes blanche, jeune, jolie et issue de la classe moyenne supérieure, vous bénéficierez d’une attention accrue.

En m’intéressant au dossier de Gabby Petito, je me suis souvenu d’une étude du professeur de sociologie de l’Université Northwestern sur le sujet. En se limitant à l’analyse de la couverture médiatique des disparitions pour la seule année 2013, Zach Sommers a confirmé le biais présumé en faveur des jeunes femmes blanches. Vous pouvez accéder aux résultats ici.

Au moment où les autorités recherchent encore le fiancé de Petito, nous en apprenons toujours un peu plus sur les querelles du couple qui semblait traverser un moment difficile. Les causes de la mort de cette femme nous sont encore inconnues et cette histoire est troublante.

Le tableau d’ensemble n’en est que plus dramatique quand on considère que bien d’autres jeunes femmes de couleur et d’hommes ne bénéficieront pas d’un appui équivalent de la part des médias. Difficile d’évaluer avec précision la contribution des grands réseaux dans la résolution des enquêtes, on peut au moins présumer qu’il y a un effet. Tous et toutes ne sont pas égaux dans le malheur...