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Makhmudov, une grève et la vie normale

Boxe Eye of the Tiger Management
Photo d'archives Arslanbek Makhmudov va monter dans le ring au Centre Vidéotron, jeudi soir.

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QUÉBEC | J’ai repris espoir en une vie normale un jour en arrivant au Hilton pour couvrir la pesée officielle des boxeurs pour le gala de ce soir.

Serge Ouellet, gréviste forcé et piqueteur délégué, tenait le fort tout seul devant le gros hôtel. Tous les travailleurs syndiqués de l’hôtel, propriété d’une compagnie de Toronto, sont en grève depuis le 7 septembre. Serge avait des cache-oreilles et une horrible flûte-sirène qui hurlait sa présence devant les patrons représentés par deux gardes de sécurité qui devaient être sourds, je l’espère. Je me suis quand même inquiété pour la qualité de ses bouche-oreilles. Des acouphènes, c’est pas drôle pantoute. 

Si vous avez acheté du brocoli et des choux-fleurs ces derniers temps, vous avez compris qu’un employeur qui offre deux ans de gels salariaux au sortir de la pandémie et en pénurie de personnel mérite un peu qu’on lui chante It’s Now or Never à la flûte-sirène. 

– Sont où les autres piqueteurs ?

– Sont en assemblée générale, a répondu M. Ouellet. Dis-moi Regje, penses-tu qu’on a une chance encore de revoir les Nordiques ?

J’ai répondu que Pierre Karl avait déclaré il y a quelques semaines qu’il ne lâchait pas le morceau et que si Pierre Karl le dit...

Je suis entré en me disant qu’une grève tout juste à côté de l’Assemblée nationale devait être un signe que les choses redeviennent normales au Québec...

On trouve l’espoir là où on peut.

MAKHMUDOV ET BERNIER

Au 23e, c’était donc la pesée. L’espoir d’une vie normale s’est vite envolé. En tout et partout, la Santé publique tolérait 21 personnes dans la salle. J’ai compté les hommes habillés en noir de la Régie, plus la Ilsa la Louve de la Régie chargée de vérifier si les masques couvraient bien le nez, et j’ai réalisé que ce serait entre Pierre Bernier et moi que se jouerait la 21e place. 

Pauvre Pierre, il lui reste encore 34 mois à compléter comme fonctionnaire au fédéral avant d’enfin prendre sa retraite et il a vendu son Harley, il ne lui reste plus que d’être annonceur à la boxe comme passion...

Alors que moi, la retraite est encore bien loin et que les Harley ronronnent. 

Je me serais résigné à manquer la pesée de Makhmudov si Ilsa n’était pas intervenue à propos de mon nez trop retroussé.

Résultat final, on était 22 à être témoins quand Arslanbek est grimpé sur la balance. Si vous n’avez jamais vu 260 livres maigres... ben, c’est parce que vous n’étiez pas au 23e étage de l’hôtel en grève.

– Dis-moi, me semble que t’as perdu du poids ?

– Niet... more muscles..., a répondu Makhmudov.

J’ai regardé discrètement pour ne pas le mettre mal à l’aise les poignées d’amour d’Erkan Teper à 264 livres et j’ai cessé de m’inquiéter pour Makhmudov. 

DE LA MERDE !

Plus tard, quand Erkan Teper et son coach sont venus rencontrer les journalistes, on a découvert un homme souriant, affable et pas du tout apeuré à l’idée d’affronter Makhmudov. En fait, il a dit qu’on aurait droit à deux gentlemen et à un bon combat. Il a toujours fait allusion à la jeunesse de son opposant, semblant oublier qu’Arslanbek Makhmudov est un homme solide de 32 ans. Pressé tout autant de vaincre ses adversaires que les années qui lui restent avant de commencer à vieillir. Pour un poids lourd, on parle de 35 ou 36 ans. 

Assis à une petite table, il a résumé sa philosophie : « J’adore me battre. Ce que j’aime dans la boxe, ce sont les combats. Le reste, l’entraînement, tout ça, c’est de la merde. Je déteste », a-t-il dit.

J’avais vu de ses combats, j’ai vu sa victoire contre David Price, j’avais donc peur pour mon Russe si gentil. Surtout que certains connaisseurs parlent même d’un combat nul entre les deux géants.

Mais je ne suis pas un connaisseur, je n’écris pas dans Boxingtown, et donc, je choisis Makhmudov par knock-out avant le sixième round. 

À cause des poignées d’amour...

MBILLI CONTRE MAD DOG

Le combat qui risque d’être le plus excitant de la soirée sera celui entre Christian MBilli et Ronny Landaeta. C’est un boxeur teigneux, une pieuvre qui accroche et qui fait tout ce qu’il faut pour gagner : « C’est un boxeur très compliqué. Il boxe très rapproché et tous les coups et les trucs sont permis. N’oubliez pas qu’il vient des arts martiaux mixtes. Mais c’est le genre d’adversaires que je dois vaincre si je veux me hisser dans le top 10 des fédérations et avoir accès à un combat pour un titre mondial », a expliqué MBilli. 

Landaeta devait affronter David Lemieux il y a quelques mois, mais il avait été bloqué à l’aéroport Charles de Gaulle, à Paris. Le gala avait été annulé.

Selon mes informations, faire venir Landaeta à Québec a coûté très cher. Le double d’une bourse normale pour un boxeur de son calibre. Mais Marc Ramsay et Camille Estephan voulaient savoir.

LES GENS VIENDRONT-ILS ?

Reste à voir si les amateurs de la Capitale seront au rendez-vous. La vente des billets avait démarré très fort. Mais la mort de Jeanette Zacarias Zapata a donné un coup de frein brutal à la prévente. Comme si les gens avaient pris conscience que la boxe est un sport dangereux.

De plus, il a fallu rembourser des centaines de billets parce que les acheteurs n’avaient pas reçu les deux doses du vaccin contre la COVID. Normal, c’est 20 % de la population qui n’est pas doublement vaccinée. Et le pourcentage est encore plus élevé chez les jeunes adultes.

Mais avec les fans qui voudront s’offrir le plaisir d’une soirée de boxe en personne au Centre Vidéotron, avec le réseau Punching Grace et TVA Sports pour la télé, et le 91,9 pour la radio, l’évènement va trouver un vaste public.

Tant mieux, c’est une soirée qu’il vaut la peine de s’offrir.

DANS LE CALEPIN – C’est le docteur Jacques Ramsay qui a été choisi comme coroner pour l’enquête sur la mort de Jeanette Zacarias Zapata.