/finance/business
Navigation

De très nombreux projets sans soumissionnaires au Québec

Le présent Plan québécois d’infrastructures est trop ambitieux pour nos moyens

Stéphanie Rondeau, 30 ans, est ingénieure électrique. Elle vient de remporter un prix avec l’équipe de sa firme, Bouthillette Parizeau, pour la conception du nouveau Biodôme de Montréal.
Photo courtoisie Stéphanie Rondeau, 30 ans, est ingénieure électrique. Elle vient de remporter un prix avec l’équipe de sa firme, Bouthillette Parizeau, pour la conception du nouveau Biodôme de Montréal.

Coup d'oeil sur cet article

Le Québec a beau avoir le plus beau et le plus ambitieux plan d’infrastructures qui soit, il n’arrivera jamais à le réaliser si le gouvernement ne change pas le mode d’octroi des contrats, avertit l’Association des firmes de génie-conseil – Québec (AFG). 

• À lire aussi: Vers une «taxe à la corruption» ?

« On ne peut pas mettre 135 milliards de dollars sans penser à la qualité », s’insurge le grand patron de l’association, Bernard Bigras. 

L’ex-député bloquiste de Rosemont est à la tête de l’AFG depuis quelques mois seulement. Mais il a très vite compris que le monde du génie-conseil québécois n’arrivera jamais à réaliser les 135 milliards de dollars de projets du Plan québécois des infrastructures (PQI) 2021-2031.

« Il y a zéro soumission sur un paquet de projets. Le plus gros irritant est le mode d’octroi des contrats », explique le nouveau PDG. 

Ajoutez à cela la loi sur l’accélération de 185 projets d’infrastructure que le gouvernement Legault a eu toutes les misères du monde à faire passer il y a un an, et la tempête est parfaite. 

  • Écoutez la rencontre Dutrizac-Martineau sur QUB radio :

Au lieu de miser sur le soumissionnaire au plus bas prix, Québec devrait faire comme Ottawa, insiste l’AFG : y aller selon les compétences. 

« Il y a juste au Québec qu’on va avec le plus bas prix. Partout ailleurs au Canada, on le fait selon la compétence, selon qui est le meilleur pour faire la job », explique M. Bigras.

Si on continue comme ça, insiste-t-il, aucune firme de génie-conseil ne va souhaiter soumissionner. Et les projets non réalisés vont s’accumuler. 

« Il y a déjà un désintérêt des firmes de génie-conseil. Avec ce système-là, elles n’ont pas le goût de se lancer dans des projets publics », assure-t-il.

Une question de prix

En premier, il faut augmenter les prix, expose M. Bigras. Le barème des honoraires professionnels dans le génie-conseil n’a pas bougé depuis 2009 au Québec. 

Ça veut dire que pour la réfection d’un pont ou la construction d’une route, les firmes de génie-conseil sont payées au même tarif en 2021 qu’en 2009. 

« On a parmi les meilleurs ingénieurs au monde au Québec, on les forme bien et ils sont bien traités, mais on ne leur donne pas le temps de rêver, de concevoir des projets innovants, verts, en leur coupant leurs frais de conception », ajoute le PDG de l’AFG. 

Un mode d’octroi obsolète

Dans un projet d’école neuve, par exemple, il faut savoir que le coût de conception est de 4 % du projet total, « mais si tu coupes dans la conception, le projet sera moins bon ». 

Et c’est exactement ce que fait Québec avec son mode d’octroi des contrats.

« Et après ça, le gouvernement nous dit qu’il veut faire du développement durable. Mais il ne veut pas payer pour ! », lance Bernard Bigras, outré.  

Le génie-conseil québécois en chiffres     

  • 135 milliards $ : valeur du Plan québécois d’infrastructures 2021-2031.  
  • 185 projets accélérés par la loi caquiste de décembre 2020.  
  • 2500 postes à pourvoir dans le génie-conseil au Québec.  
  • 51 000 ingénieurs et professionnels en génie dont le Québec aura besoin au cours des 10 prochaines années, selon l’Ordre des ingénieurs.     

En manque d’ingénieurs  

Si les projets d’infrastructures pleuvent au Québec, ce n’est pas le cas des ingénieurs, dont on s’arrache les services. 

L’Association des firmes de génie-conseil (AFG) estime qu’il y a 2500 postes offerts dans l’industrie, que ce soit des ingénieurs, des gestionnaires, des techniciens ou des surveillants de chantier. 

Stéphanie Rondeau, elle, ne regrette pas son choix d’études. La femme de 30 ans a obtenu un diplôme de la Polytechnique en 2015 avec un bac en génie électrique en poche. 

Un désir d’aider

Depuis, elle enfile les gros projets au sein de la firme Bouthillette Parizeau. Elle a participé à la conception d’hôpitaux, d’écoles neuves et d’autres mégaprojets. 

Elle vient tout juste de remporter un prix pour sa participation dans la réfection du Biodôme de Montréal. 

« Je suis d’autant plus fière que j’ai commencé sur le projet comme junior et que j’ai fini en tant qu’ingénieure », raconte-t-elle. 

Stéphanie a choisi l’ingénierie, car elle voulait « aider les gens à tous les jours ». Et elle se voit faire ça toute sa vie, car « elle en mange ». 

« Quand tu travailles sur la conception de salles de classe, de salles d’opération et que tu vois ce que tu apportes à la société, ça fait plaisir », dit-elle humblement.

Elle aime beaucoup partager la vision et la conception avec l’architecte, bref, elle aime la conception « de A à Z ». « On peut se permettre d’innover sur certains projets, de penser en dehors de la boîte, et ça, c’est très motivant. » 

Manque de budget irritant

Encore faut-il tomber sur les bons projets, si on se fie à Bernard Bigras, le PDG de l’AFG, qui rappelle qu’au Québec, c’est la règle du soumissionnaire le plus bas. 

« Donc, ça laisse souvent très peu de budget pour la conception, pour rêver, pour innover », laisse-t-il tomber.

À VOIR AUSSI...