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La Commission aux débats a failli à sa tâche

Shachi Kurl
Photo AFP Shachi Kurl, la modératrice du débat des chefs
Quand les organisateurs du débat des chefs deviennent acteurs de la campagne, on dérape.

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Parmi les leçons de la campagne électorale 2021, il y a un questionnement qui concerne la Commission aux débats des chefs. Au-delà de l’indignation du Québec, il y a une irrégularité grave lorsque la modératrice du débat se retrouve les deux pieds dans le déroulement de la campagne.

C’était une idée curieuse de Justin Trudeau de créer, en 2018, une Commission gouvernementale pour organiser les débats des chefs. Les médias s’organisaient entre eux auparavant et il n’existait aucune nécessité de créer un nouvel organisme public. Le consortium des médias n’avait pas besoin d’un chaperon.

Faute lourde

Si la Commission était au départ inutile, elle est devenue cette année réellement problématique. Le débat du consortium en anglais a donné lieu à une scène abracadabrante. L’animatrice prend position, donne son opinion biaisée sur des lois de l’Assemblée nationale du Québec. 

De surcroît, elle traite à mots à peine couverts les Québécois de racistes. Comment quelqu’un aurait pu imaginer qu’un tel comportement passerait inaperçu ? 

Mettons de côté l’analyse de qui furent les gagnants et perdants dans l’urne de cet événement, un fait indéniable demeure. L’animatrice du consortium est devenue une actrice centrale de la campagne au Québec. Elle est au centre de toutes les analyses. C’est anormal et déplorable.

Elle s’est défendue en disant que sa question n’était pas personnelle, mais avait été approuvée au plus haut niveau. Évidemment. Un tel moment est trop grave pour laisser une seule personne rédiger les textes.

Cachés

Quand vous devenez un acteur de l’actualité, voire un acteur clé d’une campagne électorale, vous devez expliquer vos décisions et le résultat de celles-ci. 

Or, la Commission n’a jamais répondu de ses actes en disant que le contenu était l’affaire du consortium des médias. Le consortium n’a jamais répondu en se réfugiant derrière le principe d’indépendance journalistique. 

En résumé, une Commission est créée pour mieux servir la démocratie. Elle agit dans le sens contraire de toute l’impartialité qui est inscrite dans son mandat. Puis elle fuit ses responsabilités lorsqu’on l’interpelle sur son gâchis.

La seule réponse est venue ni du consortium ni de la Commission, mais du patron de la modératrice. Angus Reid, le fondateur de la firme du même nom, a défendu madame Kurl en qualifiant d’hystérique la réaction au Québec. Le pauvre homme, habituellement ferré en chiffres, a trituré les résultats de l’élection pour conclure que la question anti-Québec n’avait eu aucun impact. 

La Commission aux débats a failli à sa tâche. Et elle ne répond pas de ses gaffes. Elle n’aura servi qu’à s’assurer que personne ne soit tenu responsable de rien. Un classique de la bureaucratie ! Un réseau privé et son animateur commettraient une semblable gaffe, ils seraient tenus imputables.

Une fois parti à critiquer, la Commission organise un débat bien peu axé sur les chefs des partis. Un brin de spectacle avec des « citoyens » choisis, en plus des journalistes à mettre en valeur, les chefs n’ont que le temps résiduel pour parler... et parfois débattre.

Cette commission a prouvé son inutilité.