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La fibre nationaliste de Fitzgibbon flétrit

Pierre Fitzgibbon
Photo Didier Debusschère Le ministre de l’Économie et de l’Innovation, Pierre Fitzgibbon, et le premier ministre François Legault.

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C’est maintenant au tour de l’équipe libérale de Dominique Anglade de faire pression sur le gouvernement Legault pour qu’il protège mieux nos entreprises contre la mainmise étrangère !  

Y a-t-il péril en la demeure ? Chose certaine, Pierre Fitzgibbon, le ministre de l’Économie et de l’Innovation, a la fibre nationaliste passablement flétrie de ce temps-ci.

Selon lui, mieux vaut attirer des capitaux étrangers que de se soucier de la mainmise étrangère sur des entreprises québécoises.

« Il y a beaucoup de démagogie dans ce débat-là de détention québécoise », a-t-il récemment déclaré au Journal, dénonçant du coup les gens qui défendent avec acharnement la propriété québécoise de nos sièges sociaux.

De l’avis du ministre Fitzgibbon, nos projets ont bien plus soif de capitaux étrangers.

Que le lithium d’ici fasse l’objet d’une mainmise étrangère comme ce fut le cas en avril dernier lorsque North American Lithium (NAL), de La Corne en Abitibi, est tombée entre les mains de l’australienne Sayona au lieu de rester une propriété québécoise, n’est aucunement inquiétant à ses yeux.

Ce qui compte le plus, pour lui, ce sont les capitaux que l’entreprise australienne va investir.

« Ça, c’est notre focus, plus que “qui détient ?”, “qui met l’argent ?”, parce que l’on n’a pas assez d’argent au Québec pour le faire de toute façon », a-t-il expliqué à mon collègue Francis Halin.

  • Écoutez la chronique de Michel Girard sur QUB radio:

Pourtant, l’an dernier, le premier ministre François Legault s’était grandement inquiété d’une éventuelle perte de contrôle de la filière lithium au profit d’intérêts étrangers.

« Si on veut être capables de construire des batteries, ça commence par le lithium. Je ne voudrais pas que cette filière-là soit donnée aux Chinois ou à des entreprises étrangères », avait déclaré M. Legault au Journal.

Un an plus tard ? La société québécoise Nemaska Lithium est maintenant propriété à parts égales de The Pallinghurst (Londres), Orion Mine Finance (New York) et Investissement Québec, donc majoritairement étrangère. Et la québécoise North American Lithium (NAL) est aujourd’hui propriété de l’australienne Sayona.

Mise en garde des libéraux

Contrairement au ministre Fitzgibbon, l’opposition libérale, elle, ne voit pas d’un bon œil la mainmise étrangère sur notre filière lithium.

Pointant le premier ministre Legault et son ministre Fitzgibbon, le porte-parole libéral en matière de PME et d’innovation, Monsef Derraji, s’est demandé s’ils sont vraiment conscients de ce qu’ils sont en train de faire. Il leur reproche de ne pas en faire assez pour conserver l’actionnariat stratégique chez nous.

Personne n’est contre l’investissement de capitaux étrangers dans le développement de nos entreprises. Il faut toutefois multiplier les efforts pour éviter de céder le contrôle de nos sociétés aux étrangers.

Et je crois que le Québec en a grandement les moyens !

La force financière du Québec

Notre Caisse de dépôt et placement détient des placements de 317 milliards de dollars dans des entreprises hors Québec, soit 261 milliards à l’extérieur du Canada et 56 milliards dans les autres provinces canadiennes. Cela représente 81 % de son actif net de 390 milliards $.

Avec une telle énorme somme d’argent investie à l’extérieur du Québec, la Caisse a sans aucun doute les moyens financiers d’investir davantage dans la protection de nos sièges sociaux. Lorsque le besoin se fait sentir, bien sûr.

Après tout, l’actif de la Caisse appartient à l’ensemble des Québécois et on a tout intérêt à devenir de plus en plus « maîtres chez nous ».

De plus, dans cette même voie nationaliste, on devrait pouvoir compter aussi sur Investissement Québec (IQ). L’actif de cet autre investisseur gouvernemental est de 11 milliards $. De par son mandat, IQ est fort bien placé pour aider les entreprises à se développer et à conquérir le monde, et les défendre contre les prédateurs étrangers. 

Qui plus est, dans le domaine du capital de risque et du capital de développement, le Québec se distingue des autres provinces canadiennes avec ses trois fonds fiscalisés, lesquels permettent aux Québécois d’investir dans ces fonds tout en bénéficiant d’alléchants crédits d’impôt.

Je fais évidemment référence au Fonds de solidarité de la FTQ dont l’actif s’élève à 17,2 milliards $, à Fondaction de la CSN avec un actif de quelque 3 milliards $ et Capital régional et coopératif Desjardins avec 2,3 milliards $.

S’ajoute à ces cinq pourvoyeurs de fonds une panoplie de firmes de capital de risque et de firmes de capital de développement, telles iNovia Capital, Anges Québec Capital, Novacap, Teralys Capital, BDC Capital, Anges Québec, Boreal Ventures, CTI Sciences de la Vie, le Fonds d’investissement de la culture et des communications (FICC), Fonds Innovexport, AmorChem...

Du côté des institutions financières qui ont vraiment à cœur tout ce qui touche le Québec, autant les particuliers que les entreprises, nous sommes également en territoire solide.

Pensons, entre autres, au Mouvement Desjardins dont l’actif net s’élève à 362 milliards de dollars et à la Banque Nationale avec des actifs de 332 milliards $.