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L'opération urgente de Dubé

christian dubé
Photo Didier Debusschère La base, c’est d’abord cesser d’imposer des quarts de travail de 16 heures à des infirmières au bout du rouleau.

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Le plan Dubé pour réembaucher des infirmières est accueilli froidement. Mais alors que le réseau de la santé est complètement embourbé, le ministre veut non seulement régler le problème de main-d’œuvre d’ici la fin du mandat, mais aussi lancer un chantier pour l’informatisation des établissements.

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« Je comprends les gens d’être sceptiques », me lance Christian Dubé, en voyant les commentaires plutôt négatifs exprimés par les infirmières à la suite de son annonce. En gros, le ministre a beau promettre des primes de 12 000 $ à 18 000 $, les travailleuses épuisées veulent d’abord des garanties qu’on ne leur imposera plus de temps supplémentaire obligatoire (TSO). 

Le pilote de la Santé en est conscient, mais il doit d’abord convaincre des paires de bras de rentrer au bercail. Lundi, alors qu’il réunira tous les patrons des CISSS et des CIUSSS, il leur demandera de donner une date à partir de laquelle ils pourront offrir les meilleurs quarts de travail aux infirmières du réseau, plutôt qu’aux agences privées. S’il réussit à faire revenir plus de 4000 infirmières à temps plein, il pourra graduellement inverser la tendance et éliminer le TSO. Mais il faudra probablement des mois.

Pourquoi le gouvernement a-t-il opté pour des primes ? Parce que ses options étaient limitées par le cadre de la convention collective récemment conclue. Une modification au salaire, par exemple, aurait nécessité de rouvrir la convention, et aurait pu mettre en péril le contenu négocié difficilement dans les 18 derniers mois.

Temps durs

Au gouvernement, on savait en août dernier que l’automne de Christian Dubé serait difficile. On le disait inquiet de l’état d’épuisement généralisé dans le réseau. C’est pourquoi le ministre a insisté pour permettre des vacances à tous, même s’il savait que ça retarderait le rattrapage de chirurgies et compliquerait la gestion des salles d’urgence.

Il a glissé lorsqu’il a affirmé publiquement qu’il avait été surpris par l’ampleur du manque de personnel. Ce qui était plutôt aberrant. Aujourd’hui, il dit plutôt que ce qu’il n’avait pas imaginé, c’est qu’au retour de leurs vacances, des personnes « démissionneraient deux heures avant de rentrer au travail ».

Pour donner une idée de sa mission, en plus de faire revenir plus de 4000 infirmières, il doit aussi trouver 3000 agents administratifs, pour éviter qu’elles perdent 30 % de leur temps à remplir de la paperasse. Il fallait voir la tête de Sonia LeBel, sa collègue au Trésor, admettre jeudi que la rémunération de ces futures ressources n’était pas planifiée encore. On comprend que des fils seront attachés au fur et à mesure dans les prochaines semaines.

Et la modernisation

Outre le manque de personnel, c’est le retard informatique qui donne des airs de tiers-monde au réseau de la santé. C’est pourquoi Christian Dubé présentera d’abord un projet de loi pour s’assurer de continuer à avoir accès à l’ensemble des données des établissements, ce qui lui est permis actuellement uniquement en raison de l’urgence sanitaire. Puis, il veut ensuite moderniser les outils informatiques pour le personnel dans chaque établissement. Mettre en place un système qui permettra l’échange d’informations entre tous, en temps réel. Le ministre veut mettre tout ça en branle dans la dernière année du mandat, pour démontrer qu’il a livré une véritable modernisation du réseau.

Hyperactif, il n’a pas hésité à remplacer son directeur informatique parce qu’il ne partageait pas la même vision que lui.

On dit que le ministre de la Santé a déjà présenté à François Legault une troisième version de la stratégie qu’il échafaude. Bien sûr, il doit faire preuve de vision et de détermination pour que le Québec se dote d’un système efficace. Mais la base, c’est d’abord de cesser d’imposer des quarts de travail de 16 heures à des infirmières au bout du rouleau.

Le réseau est comme un véhicule enlisé. Dubé doit le sortir de là. Et le temps presse.