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[EN IMAGES] Pandémie : «On commence à voir un espace pour rêver un petit peu !»

Peter Simons se permet de recommencer à rêver à des projets

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Après avoir vogué pendant un an et demi en pleine tempête, le patron de La Maison Simons, Peter Simons, se permet de rêver «un peu» à nouveau à des projets d’expansion. Sa nouvelle arme, son centre de distribution de 200 millions $ à Québec, est prête à livrer bataille aux géants du web.

Cette semaine, Peter Simons a ouvert au Journal les portes de son nouveau repaire, baptisé le Campus Simons, à la fine pointe de la technologie et de plus de 700 000 pieds carrés dans l’Espace d’innovation Chauveau. 

Robots, espaces de triage, emballage, recyclage. Même les boîtes de colis en carton sont conçues en fonction de la superficie d’une commande afin de «ne pas expédier de l’air» et minimiser les frais de transport. 

Tout part de Québec pour la marchandise en ligne et pour les magasins. Plus de 30 000 commandes par jour peuvent être préparées à cette adresse.

1000 personnes

«Bonjour, c’est votre première journée?» demande une dame au Journal à l’entrée de l’édifice. Comme plusieurs compagnies, le détaillant n’échappe pas au manque de personnel. En fait, Peter Simons aimerait réaliser encore au moins 200 embauches pour répondre à l’ensemble de ses besoins.

Elles sont plus ou moins 1000 personnes à travailler dans le nouveau centre de distribution. Le Groupe Simons compte entre 2500 et 3000 salariés.

C’est un Peter Simons plus soulagé, plus souriant et même encore un peu raqué qui s’est présenté à l’entrevue. La veille, il avait vidé quatre camions-remorques de marchandises avec des employés. 

«C’est agréable de travailler comme ça. On voit les fruits de notre travail. Ce sont des moments le fun et tu as beaucoup plus d’empathie lorsque tu as vécu une situation», répond l’homme d’affaires, qui a toujours souhaité être proche de ses travailleurs. Il se souvient du temps où il essayait d’apprendre tous les noms, alors que sa compagnie comptait 200 ou 300 salariés.

L’homme d’affaires Peter Simons dans son nouveau centre de distribution, à Québec, qui pourra produire plus de 30 000 commandes par jour.
Photo Jean-Michel Genois Gagnon
L’homme d’affaires Peter Simons dans son nouveau centre de distribution, à Québec, qui pourra produire plus de 30 000 commandes par jour.

Au printemps 2020, lors de la mise sur pause de l’économie québécoise, le climat n’était pas le même dans l’organisation. Tous les scénarios étaient sur la table pour La Maison Simons. Restructuration, ajout d’investisseurs.

Le patron l’avoue, il a même songé que c’était la fin après 180 ans d’histoire.

«Oui, tout le monde a paniqué. On s’est retrouvé comme organisation seule à essayer de calmer les enjeux. Nous avons choisi la piste la plus difficile, soit de ne pas restructurer la compagnie », raconte celui qui représente la cinquième génération familiale. «Il y avait plein de monde qui voulait que je déclare faillite et que je restructure mon bilan. Je n’étais pas capable», poursuit-il.

Il faut dire que le détaillant venait d’injecter d’importantes sommes dans son centre de distribution. L’ouverture était prévue pour le printemps ou l’été 2020. En raison de la fermeture des frontières, il était impossible d’avoir les personnes qualifiées pour démarrer toutes les machines.

Le gouvernement du Québec a octroyé un prêt de 81 millions $ pour ce projet, et le Fonds immobilier de solidarité FTQ a investi 20 millions $. La Maison Simons s’est aussi associé avec la Caisse de dépôt et placement du Québec qui a mis 27 millions $, et Investissement Québec (17 millions $). 

Ces derniers mois, La Maison Simons a dû faire un ménage dans son parc immobilier. L’ancien centre de distribution a été vendu ainsi qu’un édifice dans le Vieux-Québec. L’enseigne a également dû s’endetter de 30 millions $ auprès de BDC Capital «pour survivre», dit la direction.

Projets

Peter Simons concède qu’il se permet, aujourd’hui, de rêver un peu à nouveau à des projets de croissance. Il suit attentivement l’évolution de la pandémie qui pourrait toutefois venir encore brouiller les cartes. Il aimerait bien notamment avoir, un jour, un magasin à Halifax.

«Je regarde plusieurs places et les opportunités», indique-t-il. «Mon objectif est de renforcer mon écosystème web et magasins», ajoute-t-il.

En avril 2022, le détaillant ouvrira sa 16e succursale au Centre Fairview Pointe-Claire. Un magasin avec le concept «vert» du groupe.

Le nouveau centre de distribution de La Maison Simons, à Québec.
Photo Jean-Michel Genois Gagnon
Le nouveau centre de distribution de La Maison Simons, à Québec.

« On commence à sortir et à voir un espace pour rêver un petit peu. On commence à penser à l’avenir. [...] On peut commencer à baisser la garde», souligne-t-il, souhaitant avant tout compléter le rodage de son centre de distribution. Il veut aussi reprendre contact avec tous ses magasins afin de s’assurer que l’expérience client est toujours optimale.

Les ventes en ligne ont aussi le vent dans les voiles. La compagnie a atteint durant la pandémie les cibles qu’elle s’était fixées pour 2025. La vitrine web Fabrique 1840 dédiée aux commerçants canadiens va également bien.

« Nous sommes aujourd’hui beaucoup mieux positionnés qu’avant la pandémie. [...] Cela va super bien depuis quatre, cinq mois », conclut le PDG, qui croit à un modèle d’affaires avec un équilibre entre la brique et le mortier et le commerce en ligne pour les prochaines années.

Vers de nouveaux investisseurs ?  

La direction de La Maison Simons n’écarte pas la possibilité de devoir faire appel à des fonds d’investissement ou d’accueillir de nouveaux actionnaires pour « solidifier son bilan » financier.

Le détaillant vient de réaliser l’un des plus importants investissements de son histoire avec son centre de distribution de 200 millions $ et il vient de traverser (ou presque) l’une des pires crises depuis sa naissance. 

Pour réaliser son projet de centre de distribution automatisé dans la Capitale--Nationale, rappelons que La Maison Simons avait dû ouvrir pour la première fois, en 2018, son actionnariat à des groupes externes, soit la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ) et Investissement Québec.

Actuellement, toutes les options sont sur la table pour solidifier les finances de l’entreprise de 181 ans. Le PDG, Peter Simons, le concède : elles ont été malmenées ces derniers mois en raison de l’impact de la pandémie. Et il y a aussi eu des frictions, par moments, avec certains partenaires financiers. 

« Honnêtement, il y a des cicatrices. C’était une période assez intense pour tout le monde. Certaines organisations étaient plus capables de coopérer avec cette intensité de stress que d’autres. Là, les choses se sont calmées », explique-t-il dans le cadre de la visite de son centre de distribution. 

« Je pense que dans toutes les grandes aventures ou les grands risques, il y a des moments où on se retrouve seul avec nos décisions », poursuit-il.

Prochainement, certaines ententes avec des partenaires financiers arriveront à échéance. Peter Simons préfère ne pas nommer d’organisation. Ces ententes peuvent être avec des banques ou les autres actionnaires du groupe. 

Bonne position

Toutes les options sont sur la table pour assurer la pérennité de la compagnie, note la direction, et la possibilité d’accueillir des actionnaires étrangers n’est pas écartée. 

Le détaillant de vêtements a également eu des discussions concernant son avenir avec des joueurs qui sont déjà en place dans l’actionnariat ou qui soutiennent déjà financièrement les projets de l’entreprise.

« Là, je commence à me retrouver dans une position pour essayer de solidifier notre bilan. J’ai essayé de faire des réserves pour me protéger contre les éventualités d’une quatrième vague », confie Peter Simons.

« Nous nous retrouvons dans une position où nous essayons de décider qui sont les partenaires qui sont vraiment intéressés à nous supporter. Quand ça va bien, tout le monde veut prendre des risques. Quand ça va mal, comme les individus, les organisations se découvrent », poursuit-il.

Ce dernier, malgré les embûches de la pandémie, estime qu’il est important pour La Maison Simons de poursuivre la vision entamée ces dernières années.


Pourquoi est-ce important pour vous d’être proche de vos employés?

Le commerce de détail est un métier de contacts humains. Je suis comme un opérateur de nature. J’ai commencé sur le plancher. J’ai tout fait. C’est peut-être une qualité et à la fois une faiblesse. C’est important pour moi. Je veux que les gens soient bien. Ce contact nous guide dans nos décisions de gestionnaire.

Est-ce que la crise maritime pour les conteneurs et la course aux matières premières pourraient avoir un impact sur votre approvisionnement pour la période des Fêtes?​

Il y a toujours un risque. C’est préoccupant. Je pense toutefois qu’on va être prêt. On suit cela de très près. La semaine passée, le prix d’un conteneur m’a coûté 10 fois plus cher qu’il y a deux ans. En provenance de l’Asie, cela m’a coûté environ 32 000 $ US.

Pourquoi ne pas avoir choisi de se mettre à l’abri de vos créanciers dans les premiers mois de la pandémie?

Oui, j’ai eu un moment que je me suis dit qu’après 180 ans, c’est clair, nous sommes fermés. Si j’ai tout perdu, je me suis dit pourquoi ne pas se battre. J’avais rien à perdre. Le monde venait même à mon bureau pour me dire que Simons ne valait plus rien, que c’était fini. 

Êtes-vous satisfait d’avoir pris cette décision?

Oui. À la fin, je me souviens, nous nous sommes dit qu’on voulait protéger nos gens et nos fournisseurs. On voulait protéger notre réputation et nous voulions sortir de cette aventure fiers de ce que nous avions essayé de faire. Les gens avec qui je travaille se sont roulé les manches.

Votre position sur la vaccination pour vos travailleurs?

Je ne me cache pas que j’aimerais que tous les employés soient vaccinés. Nous avons eu des cliniques de vaccination. Nous avons mis beaucoup d’efforts. Comme entreprise, il y a une question légale concernant l’obligation du vaccin. Est-ce que j’ai le droit? C’est un enjeu de société et le gouvernement doit jouer son rôle, je crois.