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Changer les choses avec l’amour

Nicola Ciccone
Photo Pierre-Paul Poulin

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Son nouvel album, Nicola Ciccone le décrit comme un lieu où il se livre de façon plus personnelle et assurément plus vulnérable. Baptisé Gratitude – l’un des mots préférés de cet éternel optimiste –, ce 13e opus a été écrit et enregistré en pleine pandémie dans le nouveau studio maison de l’artiste inspiré.

« Si je m’immobilise, j’angoisse. Il faut que j’avance », explique Nicola Ciccone. Voilà pourquoi l’auteur-compositeur-interprète de 43 ans – qui a vu sa tournée s’arrêter abruptement en mars dernier – a pondu un album complet alors qu’il meublait la dernière année et demie de pandémie.  

« Je pouvais me lever un samedi matin avec un verre de café, j’écrivais et c’était plus fort que moi, car il y avait tellement de choses qui arrivaient, on était bombardés de sujets, explique le chanteur québécois d’origine italienne. Encore aujourd’hui, il y a tellement d’incertitude et de choses qui se passent. D’un côté, c’est un moment très anxiogène, mais de l’autre, c’est un moment excessivement excitant, car il y a tellement de possibilités. » 

Nicola Ciccone, le très discipliné auteur-compositeur d’une trentaine de chansons à succès (dont J’t’aime tout court, Chanson pour Marie, L’opéra du mendiant et J’t’aime pas, j’t’adore), n’a pas eu besoin de planifier ses séances de travail comme il a l’habitude de le faire lorsqu’il veut créer. La vingtaine de chansons – dont 12 qui composent ce nouvel album – nées au cœur de la pandémie se sont imposées à celui qui s’est construit non seulement un album, mais aussi le studio d’enregistrement pour l’enregistrer.

Le but avoué de l’album Gratitude ? Faire un sens tout en rapprochant et en rassemblant les gens ayant passé les derniers mois chacun de leur côté, dont ceux qui auraient, à l’instar du chanteur, vécu une rupture amoureuse pendant ces mois sombres. 

« J’ai écrit la chanson Gratitude à la suite de cette rupture, confie-t-il. Gratitude peut être deux choses : la gratitude d’une relation qui était belle, mais qui est finie, car elle marchait mal, et cette gratitude de tourner la page sur cette espèce de relation qu’on a avec la pandémie, cette espèce de réalité qu’on vit. Si j’ai appris à vivre avec, je dois avouer que j’ai hâte de vivre autre chose, de tourner la page. » 

Engagements

Parmi les 12 nouveaux titres, plusieurs pièces se révèlent comme actuelles et engagées. C’est le cas de Ce soir je sors avec ma solitude et Le retour des beaux jours racontant la pandémie, de Dignité abordant le fait de mourir dans la dignité, Haïtiana pointant les injustices raciales (un hommage à ses amis haïtiens) et de G.A.F.A. faisant un pied de nez aux géants de l’industrie de la musique. 

Pour l’artiste, toutefois, ce sont les chansons d’amour livrées à la manière piano-voix, qui se font les plus engageantes et engagées. 

« Parce que le plus grand engagement que tu peux faire, c’est à deux, dit-il. La chanson Sache par exemple, c’est de l’émotion à l’état pur. C’est quelque chose que je n’avais pas eu le guts de faire avant, sans instruments derrière lesquels me cacher. Peut-être que la pandémie nous a appris cela aussi, à [nous] connecter plus à notre vulnérabilité. »

Fidèle à ses racines italiennes, le créateur avoue tout faire avec intensité : jouer au hockey, courir, écrire des chansons d’amour et cultiver... son potager ! « La sagesse est dans les arbres et la nature », ajoute celui qui a vu son rapport à la terre se renforcer avec la pandémie.

Sa métaphore est belle : à l’instar de ce qu’il plante dans la nature, il rêve que toutes les chansons plantées attei-gnent une belle maturité auprès de ses admirateurs. En étant indulgent et en pratiquant le laisser-aller, il espère la plus belle des floraisons. « Tout cela te donne aussi une humilité face à la vie et une leçon par rapport à tout : les amis, la carrière, la création... » 

  • Nicola Ciccone est né le 1er décembre 1977 à Montréal de parents originaires des Abruzzes, en Italie. 
  • Il a grandi dans le quartier Mile-Ex, « un quartier chaud et pauvre de Montréal » où il explique, entre autres, avoir été victime de profilage racial. Un pan de sa vie qu’il raconte dans son roman Cuore publié en 2017.   
  • Ses albums les plus marquants : L’opéra du mendiant (1999), J’t’aime tout court (2003), Nous serons six milliards (2006), Imaginaire (2010) 
  • Gratitude est son 13e album.