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[EN IMAGES] Voici 10 réalisations de l’architecte Joseph-Ferdinand Peachy à Québec

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Joseph-Ferdinand Peachy est né à Québec le 27 août 1830. Il se marie d’abord en 1853, puis une seconde fois en 1869 avec Caroline Duberger, la petite fille de Jean-Baptiste Duberger, le concepteur du plan-relief de Québec de 1806.

À l’âge de 18 ans, il entame l’apprentissage de l’architecture, et avec de grands maîtres: il apprend le dessin avec l’ingénieur et architecte Pierre Gauvreau, puis il fait son stage auprès du célèbre Charles Baillairgé. Par la suite, il travaille avec ce dernier et il sera même son associé de 1863 à 1866. Ensuite, il aura son propre bureau jusqu’en 1895 alors qu’il s’associe avec Joseph-Pierre-Edmond Dussault. 

Joseph-Ferdinand Peachy, 1898
Collection du Musée Marius-Barbeau
Joseph-Ferdinand Peachy, 1898

Tout au long de sa carrière, on lui confie la conception de nombreux édifices importants et emblématiques de la capitale. Il en dessine également ailleurs au Québec. Il en fera plus d’une centaine, aussi bien des églises que des écoles, des hôpitaux, des entrepôts, des commerces, des résidences privées et autres. Membre de la société francophone de Québec, il se faisait appeler «Piché». 

Sa production est marquée par plusieurs bâtiments de style Second Empire. Il a été président de l’Association des architectes de la Province de Québec, de l’École des arts et métiers de Québec et de la Société Saint-Jean-Baptiste de Québec. Il a également été membre du conseil de la Ville de Québec pendant 21 ans. Il est décédé le 31 décembre 1903. 

Voici donc l’œuvre de Joseph-Ferdinand Peachy résumée en dix réalisations.

1) La restauration de l’église Notre-Dame-des-Victoires (1858-1861)  

BAnQ, Louis-Prudent Vallée, P1000,S4,D59,P68.

L’église Notre-Dame-des-Victoires a été construite à la place Royale en 1668. Complètement détruite lors de la Conquête, elle a été reconstruite entre 1763 et 1766. Elle a une valeur patrimoniale exceptionnelle et on ne pourrait imaginer la place Royale sans sa présence. 

Pourtant, à trois reprises, en 1824, 1833 et 1854, les usagers du marché de la basse-ville demandent sa démolition pour permettre d’agrandir l’espace voué aux étals. Chaque occasion, ils n’arriveront heureusement pas à leurs fins. Au contraire. 

Entre 1858 et 1861, cette église profitera de grands travaux de restauration et c’est à l’architecte Joseph-Ferdinand Peachy qu’incombera cette tâche. Il est alors, depuis peu de temps, à l’emploi de Charles Baillairgé. Il dessine les plans de la rénovation extérieure, du clocher, qui est toujours en place de nos jours, du parvis et d’une clôture de fonte aujourd’hui disparue. 

Il s’agissait d’un mandat d’importance et Baillairgé lui a fait confiance. Cela démontre, à n’en pas douter, le grand potentiel du jeune architecte.

2) La Maison François-Xavier-Garneau (1864)  

Ministère de la Culture, des Communications et de la Condition féminine, Marie-Claude Côté

 

Au début du XVIIIe siècle, on retrouve, à l’emplacement actuel du coin nord-ouest des rues Couillard et Saint-Flavien, une petite maison et sa dépendance. Le 1er août 1864, le marchand Abraham Hamel la fait démolir et il fait construire, sur ce terrain, trois maisons à deux étages et une quatrième à trois étages. Elles s’alignent du côté ouest de la rue Saint-Flavien, depuis la rue Couillard. 

C’est l’architecte Peachy qui en conçoit les plans. Il est alors l’associé de Charles Baillairgé. Il s’agit de quatre maisons mitoyennes séparées entre elles par des murs coupe-feu. Peachy les dessine de façon très symétrique, tant au niveau de leurs ouvertures, de leur ornementation que de leur enfilade. 

C’est ainsi qu’il s’inspire du style néoclassique. Leurs façades sont en pierre de taille de calcaire et leurs autres élévations sont en briques. Elles sont recouvertes de toitures à deux versants en tôle à baguettes et percées de lucarnes. On y retrouve également deux passages cochers permettant aux voitures d’atteindre les cours arrière. 

La maison du coin, la plus élevée, est plus large que ses voisines, mais moins profonde, compte tenu de la configuration du terrain. Elle a hébergé le célèbre historien François-Xavier Garneau dans les dernières années de sa vie. 

C’est d’ailleurs à cet endroit qu’il est décédé, en 1866, léguant ainsi son nom à la maison.

3) L’Union Bank (1866)  

Photo flickr, Davidivivid

L’édifice de l’Union Bank était situé sur la rue Saint-Pierre, au coin sud-est de la côte de la Montagne. Il s’agit d’un des premiers projets d’envergure de Peachy. 

C’est en 1864 que la Compagnie de navigation du Richelieu passe sa commande à l’architecte. Il conçoit un magnifique édifice, on est sur la rue des banques, de trois étages en pierre de taille. Il y fera une synthèse des styles d’architecture néo-Renaissance et Second-Empire. C’est pourquoi l’édifice est couronné d’une toiture mansardée propre au style Second-Empire. L’entrée principale, située au coin de la rue, est surmontée de fenêtres jumelées aux étages, le tout sur une étroite façade courbée. 

Quelques années plus tard, cette façon de faire inspirera l’architecte du bureau de poste de la rue De Buade qui adoptera le même procédé. L’Union Bank of Lower Canada est fondée en 1865. Elle loue alors le rez-de-chaussée, puis elle acquiert l’édifice entier en 1873. Il prend alors son nom. 

L’année suivante, elle agrandit l’édifice et l’architecte Harry Staveley le rehausse de deux étages, sacrifiant ainsi la mansarde de Peachy. En 1924, l’édifice de l’Union Bank est incendié, puis reconstruit à l’identique. Jusqu’à l’année dernière, il était occupé par le restaurant Initiale.

4) La villa Mountain-Kirouac (1866)  

Archives de la Ville de Québec

 

Au cours de sa carrière, l’architecte Joseph-Ferdinand Peachy a construit plusieurs résidences privées, telle la villa Mountain-Kirouac. Celle-ci est située au 270 du chemin Sainte-Foy, à la hauteur de l’avenue des Érables, voisine de l’édifice Le Deux Cent. 

C’est en 1866 que le marchand-épicier Matthew George Mountain se fait construire cette résidence. Dans ce projet, Peachy puise dans le vocabulaire architectural des villas suburbaines de la première moitié du XIXe siècle. Il s’inspire plus spécifiquement de la villa voisine, à l’ouest, qu’il avait lui-même construite trois ans plus tôt. 

Il s’agit d’une demeure de deux étages au plan presque carré, coiffée d’une toiture en pavillon à quatre versants, elle-même surmontée d’une terrasse faîtière. Elle est recouverte de tôle à la canadienne. Ses façades sont en briques d’Écosse et elle est ceinturée, sur trois de ses faces, par une longue galerie couverte d’une toiture courbée en tôle à baguettes. 

En 1899, elle est acquise par Annie David, l’épouse de l’homme d’affaires Napoléon-Georges Kirouac, d’où son nom de Maison Mountain-Kirouac. En 1929, madame Kirouac vend la villa aux Chevaliers de Colomb qui, en 1945, y adjoignent une nouvelle aile de style Art déco qui abritera un centre d’éducation comportant notamment des allées de quilles au sous-sol. De nos jours, la Maison Mountain-Kirouac loge des bureaux.

5) L’église Saint-Sauveur (1867)  

BAnQ, Fonds J.E. Livernois Ltée, P560,S1,P843.

Parmi toutes ses réalisations, Peachy a dessiné les plans de 13 églises. La première qu’il conçoit n’est nulle autre que celle de la paroisse Saint-Sauveur. Elle remplaçait celle détruite par la conflagration du 14 octobre 1866. Les travaux débutent l’année suivante. 

Il s’agit d’un bâtiment assez spacieux: en plus de loger la sacristie et le presbytère, il peut accueillir 4000 fidèles. La façade d’inspiration néo-Renaissance italienne est construite autour d’une tour qui accueillera le clocher. Il ne sera toutefois érigé qu’en 1892. L’architecte s’est inspiré de celui de l’église de la Trinité de Paris, caractérisé par ses deux tambours à coupoles superposés. L’année suivante, on y installe une horloge à quatre cadrans qui sonnent les heures.

Pour l’intérieur du temple, Peachy s’inspire de l’église St. Patrick de la rue McMahon, dessinée par Thomas Baillairgé au début des années 1830. Ainsi, les bas-côtés ont été traités comme un soubassement et les galeries, en bel étage. Enfin, comme Peachy a un faible pour le style Second Empire, il emprunte au vocabulaire de ce style architectural plusieurs éléments d’ornementation. En 1895, la sacristie et le presbytère seront agrandis, une fois plus selon les plans de Joseph-Ferdinand Peachy.

6) La mansarde et la lanterne de l’Université Laval (1875)  

Thaddée Lebel, P600,S6,D1,P389.

L’Université Laval, la première université francophone en Amérique, a été fondée par le Séminaire de Québec en 1852. En 1854, on commence la construction du Pavillon central, et ce, selon les plans de Charles Baillairgé, le maître et ancien associé de Peachy. Il veut que ce pavillon devienne l’icône de l’université. Ainsi, il sera situé en bordure de la falaise pour être visible de partout en basse-ville, de la rivière Saint-Charles et du fleuve. 

Comme toujours, Baillairgé innove et il dessine un édifice de cinq étages s’étirant sur 90 mètres de longueur et coiffé d’une toiture plate, un exploit technique pour un si long bâtiment. Malheureusement, cette innovation deviendra une source d’ennuis. À peine terminée, la toiture éprouve de sérieux problèmes d’étanchéité et elle commence à couler. 

C’est pourquoi, en 1875, l’architecte Joseph-Ferdinand Peachy propose de la remplacer par une toiture mansardée et coiffée d’un dôme central et de lanternes à ses extrémités. C’est cette toiture qui est toujours en place aujourd’hui. Elle a beaucoup plus de panache que la toiture plate initiale. Peachy a donc réalisé le souhait de Baillairgé, c’est-à-dire faire de ce pavillon l’icône de l’Université.

7) Le YMCA (1879)  

BAnQ, Fonds Fred C. Würtele

Le théâtre Le Diamant a été construit à même l’ancien édifice du YMCA de la place du marché Montcalm, aujourd’hui place D’Youville Ce bâtiment avait été construit en 1879 selon les plans de Joseph-Ferdinand Peachy. Celui-ci avait «gagné» son mandat à la suite d’un concours. 

L’architecte dessine un édifice de style Second Empire. Il revêt le bâtiment de pierre calcaire et le coiffe d’une toiture mansardée en ardoise, rehaussée de grilles faîtières. L’entrée principale est percée dans une élégante tourelle et elle est surmontée d’armoiries de fantaisie rappelant les origines britanniques du «Y». Des commerces logeaient alors au rez-de-chaussée, et une bibliothèque, un gymnase et des allées de quilles se trouvaient aux étages.

En 1897, l’immeuble est agrandi vers l’arrière pour abriter une piscine. Toutefois, en 1947, cet ajout est démoli, ainsi qu’une travée de trois fenêtres située à l’extrême droite de la façade pour permettre d’y construire le Cinéma de Paris. Au fil des années, l’édifice du «Y» a été grandement négligé. La construction du théâtre de Robert Lepage en a détruit une grande partie, mais il aura au moins permis de préserver la façade de Peachy et même de la mettre en valeur.

8) L’entrepôt Thibodeau (1880)  

Ministère de la Culture et des Communications, Pascale Llobat

C’est l’homme d’affaires George Alford qui, en 1880, commande les plans d’un «hangar» (on devrait plutôt parler d’un entrepôt) à l’architecte Peachy. Celui-ci conçoit un édifice en bois de trois étages et demi, recouvert de pierres de taille sur la façade principale et de briques sur les trois autres élévations. Le rez-de-chaussée de la façade principale est percé de larges et hautes ouvertures arquées; toutes les autres ouvertures sont également arquées. Un cordon de pierre délimite les étages entre eux. Le tout est couvert d’une toiture mansardée percée de nombreuses lucarnes. L’ensemble est résolument de style Second Empire – si cher à Peachy – tout en étant ponctué de nombreux éléments empruntés aux palais italiens de style néo-Renaissance.

En 1890, l’édifice est acquis par la Thibodeau, Frères & Cie, qui laissera son nom à l’immeuble. Quatre ans plus tard, il est agrandi par l’arrière selon les plans de Georges-Émile Tanguay et en respectant l’esprit et les plans de Peachy, de sorte que l’agrandissement s’intègre si bien au bâtiment existant qu’on croirait qu’il s’agit d’une construction d’origine. Encore aujourd’hui, l’entrepôt Thibodeau, comme il a été longtemps désigné, représente un bâtiment emblématique de la façade fluviale de la capitale.

9) L’église Saint-Jean-Baptiste (1881-1884)  

Frida Franco

L’église Saint-Jean-Baptiste constitue sans doute le chef-d’œuvre de Joseph-Ferdinand Peachy. Il s’agit de la seconde église de cette paroisse. La première, construite selon les plans de Charles Baillairgé en 1847, avait été incendiée lors du grand incendie du faubourg Saint-Jean le 8 juin 1881.

Peachy doit concevoir un édifice qui sera plus spacieux que le précédent pour satisfaire une population plus importante. Il élabore un édifice de style Second Empire. En fait, il s’inspire de l’église de la Trinité de Paris qu’il a visitée quelques années plus tôt. Il en reproduit la façade avec ses trois arcades ouvertes au rez-de-chaussée et sa rosace flanquée d’ouvertures à l’étage. Seul le clocher diffère par sa forme conique qui emprunte davantage au style Château, alors en pleine émergence à Québec. Sa façade principale est en pierre de taille, alors que ses autres élévations sont revêtues de pierres à bossage. 

Déjà à l’époque de l’église de Baillairgé, le parvis servait de point de ralliement aux membres de la Société Saint-Jean-Baptiste lors de grands rassemblements ou de parades. En empruntant à l’église de la Trinité et au style français Second Empire, Peachy a voulu affirmer le caractère francophone de la capitale. Ce chef-d’œuvre a malheureusement amené Peachy à la ruine financière.

10) Le magasin J.B. Laliberté (1884)  

BAnQ, fonds J. E. Livernois Ltée, P560,S2,D2,P84059

Jean-Baptiste Laliberté fonde son magasin en 1867. Il s’installe alors dans une modeste maison de la rue Saint-Joseph, située près de la rue du Pont. Il se spécialise dans la fourrure, puis il y ajoute la chapellerie. Les affaires progressent si bien qu’en 1884, il commande à l’architecte Peachy les plans d’un somptueux magasin. L’emplacement choisi est situé au coin sud-ouest des rues de la Chapelle et Saint-Joseph, la grande rue commerciale de la capitale à cette époque.

L’architecte dessine un édifice de quatre étages avec combles. Comme il en a fait sa spécialité, il privilégie le style Second Empire. Il est donc coiffé d’une toiture mansardée. L’entrée principale est située sur le coin de l’édifice et elle s’élève dans une étroite façade à angle. Le tout est surmonté d’un lanternon, tout à fait Second Empire. La façade donnant sur la rue Saint-Joseph est en pierre de taille, alors que celle de la rue de la Chapelle est en brique. Enfin, toutes les ouvertures sont arquées. En 1894, Laliberté fera agrandir son immeuble jusqu’au boulevard Charest, mais c’est la superbe réalisation de Peachy qui demeurera le point fort de cet édifice commercial et un élément phare de la rue Saint-Joseph.

Un texte de Jean-François Caron, historien, Société historique de Québec  

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