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La Chine a gagné

drapeau chinois, immeuble
Photo Adobe Stock

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Le régime chinois est un régime de bandits.

Les dirigeants de la Chine l’ont démontré clairement vendredi. 

Ils ne tentent même plus de se cacher.

Ce sont des pirates qui sont prêts à tout pour arriver à leurs fins. Même à prendre des innocents en otages. 

DIGNE DE JOHN LE CARRÉ

On aurait cru qu’ils attendraient quelques jours, pour ne pas dire quelques mois avant de libérer les deux Michael, histoire de garder en vie le mythe selon lequel il n’y avait aucun lien entre leur arrestation arbitraire et la détention de Meng Wanzhou à Vancouver.

Même pas.

Ils les ont libérés tout de suite.

L’avion qui transportait madame Wanzhou vers la Chine a croisé dans le ciel celui qui transportait les deux Michael vers le Canada. 

On aurait dit la scène d’un vieux film d’espionnage des années 60, genre L’Espion qui venait du froid.

Un pont recouvert de brume, faiblement éclairé par des lampadaires.

Des guérites. 

Des vigiles qui s’observent de loin avec des jumelles. 

Deux camions militaires qui s’approchent l’un de l’autre. 

Des espions soviétiques qui retournent en Allemagne de l’Est, des espions britanniques qui retournent en Allemagne de l’Ouest. 

Générique de fin.

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MESSAGE REÇU

Certes, il fallait tout faire pour ramener les deux Michael au pays. 

Reste qu’on a négocié avec des preneurs d’otages.

On leur a donné ce qu’ils voulaient. 

Les bandits ont gagné. 

Ils ont prouvé à la face du monde que le crime paie. 

Qu’il n’y a rien comme prendre deux innocents en otages et les foutre en taule pendant trois ans pour faire plier les deux plus grosses démocraties de la planète.

Le message a été compris par tous les brigands de la Terre. 

Les pirates savent ce qu’il faut faire, maintenant. 

Vous imaginez comment se sentent les milliers de Canadiens (gens d’affaires, diplomates, travailleurs humanitaires) qui vivent en Chine, présentement ?

En Iran ?

En Russie ?

En Arabie saoudite ? 

Ils sont tous devenus des monnaies d’échange potentielles. 

Ils ont tous une épée de Damoclès au-dessus de leur tête. 

UN MONSTRE

La Chine est le pays le plus épeurant, le plus effrayant de la planète.

Une dictature sanguinaire avec une économie prospère.

Mao avec un gros compte de banque. 

Avant, il y avait les régimes communistes, forts mais pauvres, et les démocraties, fragiles mais riches. 

La Chine a inventé une troisième voie, un mutant, une chimère, un monstre.

Une superpuissance militaire et économique qui est à la fois intransigeante et extraordinairement riche.  

La Chine tient littéralement le monde par les bijoux de famille. 

La moindre critique à son endroit, et elle resserre son emprise. 

Bientôt, ce sera elle, la plus grosse puissance de la planète.

Ça sera elle, la police du monde.

Et contrairement aux États-Unis, la Chine n’a pas les mains liées par les exigences morales de la démocratie.

La volonté du peuple, la presse libre, la transparence, le respect des minorités et des traités internationaux – tout ça lui passe 25 000 pieds au-dessus de la tête. 

Elle pourra faire ce qu’elle voudra quand elle le voudra. 

Et c’est à peine si on élèvera la voix pour nous indigner. 

Car nous aurons besoin de son fric.