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Réparer les pots cassés

GEN-
Capture d’écran, TVA Nouvelles Le premier ministre François Legault, jeudi, lors de l’annonce de primes pour inciter les infirmières à prendre des postes à temps plein.

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Je remercie le premier ministre d’avoir volé à mon secours, alors que j’étais hospitalisé d’urgence, en annonçant son milliard de dollars pour les infirmières, mais ce n’était pas nécessaire !

Blague à part, je n’ai pas vu d’infirmières en liesse à la suite de l’annonce. Toujours aussi courtoises et avenantes, je percevais cependant leur épuisement après les longs mois passés au front.

Elles méritent d’être soulagées. Pas sûr que les propositions gouvernementales changeront significativement leur quotidien.

Depuis plus de deux décennies, on déplore une organisation du travail déficiente conséquente à la nouvelle gestion publique.

Les gouvernements ont voulu gérer les services publics comme si c’étaient des usines, privilégiant une approche comptable et créant des obligations de résultats pour les institutions et leur personnel.

Toutefois, ils omirent de s’imposer une obligation de moyens à fournir aux institutions pour accomplir leur mission et atteindre les objectifs fixés arbitrairement.

Monsieur Legault a joué dans ce film-là. Il veut maintenant réparer ce qu’il a contribué à casser. On doute qu’il y parvienne avec une approche encore très comptable !

Un cancer généralisé

Les pénuries de personnel s’étendent à d’autres corps d’emploi dans le réseau de la santé et aussi dans d’autres réseaux du secteur public. On peut en prendre la mesure, entre autres, avec les technologues médicaux et le personnel enseignant.

Certains évoquent les départs massifs de 1997 pour expliquer le manque de main-d’œuvre et blâmer au passage Lucien Bouchard. Trêve d’illusions, ceux qui sont partis en 1997 ne seraient plus là aujourd’hui !

Les principales causes de désertion professionnelle dépendent d’une organisation du travail déficiente.

Le thème ressurgit depuis plus de 20 ans à chaque ronde de négociation sans que les parties parviennent à élaborer un cadre qui ferait vivre une vie moins folle aux travailleurs et aux gestionnaires.

Les négociations se concluent généralement avec des primes salariales bonifiées ou nouvelles pour compenser les inconvénients d’une organisation déficiente.

Force est de constater que l’argent n’a rien arrangé dans le passé et qu’il y a fort à parier que les milliers de dollars en primes non récurrentes n’auront pas plus de succès pour redonner aux infirmières le goût de continuer à se dévouer dans le secteur public.

Fin du spectacle

Le clientélisme électoral mine l’intelligence politique et mène à des coups d’éclat qui se révèlent trop souvent des coups d’épée dans l’eau.

Monsieur Legault devrait se rappeler l’adage de nos aïeux : vite et bien ne vont pas ensemble.

Le premier ministre avait une occasion en or de réparer ses pots cassés en mettant de l’avant deux ou trois projets pilotes dans certains CISSS et en s’ouvrant à un dialogue social avec les principaux intervenants.

Il a préféré susciter la convoitise avec l’argent, solution qui s’est avérée sans effet dans le passé.

C’est sans compter la hargne créée chez d’autres corps d’emploi et la convoitise qui en naîtra. Le premier ministre a-t-il encore plusieurs milliards à dilapider ?