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Entrevue avec Louis Garneau: les PDG ne sont pas invincibles

Louis Garneau revient de loin et encourage les chefs d’entreprises à rester humbles

Quebec
Photo Stevens LeBlanc Louis Garneau, jeudi dernier, à son domicile de Saint-Augustin.

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L’homme d’affaires Louis Garneau ne le cache pas. Il a été « prisonnier de son entreprise », alors qu’il dissimulait un épuisement professionnel et que sa compagnie réalisait des bilans à l’encre rouge. Oui, les PDG sont humains, et ils doivent parfois laisser tomber les armes et accepter l’aide nécessaire.

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« Je me pensais surhumain », avoue-t-il aujourd’hui, avec du recul et quelques années de plus au compteur. « Je voyais ma vie avec beaucoup de succès. Je ne pensais pas qu’à 60 ans, on pouvait frapper un mur. »  

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Ces dernières années n’ont pas été de tout repos pour l’ex-olympien. Il a failli perdre son entreprise lorsqu’elle s’est placée à l’abri de ses créanciers en mars 2020. Elle était en difficulté depuis 2017.

Les dettes du détaillant, pour ses enseignes Louis Garneau Sports et Sugoi Global, s’élevaient alors à environ 36 millions $. Mais les problèmes de M. Garneau, tant en affaires que dans la vie, dataient déjà de plusieurs mois, comme on peut le lire dans le livre Je suis tombé deux fois de Valérie Lesage. 

En juillet 2018, une importante chute à vélo lui a valu un séjour à l’hôpital.      

  • Écoutez l'entrevue de Mario Dumont avec Louis Garneau sur QUB radio:    

Poker face

M. Garneau confie au Journal qu’il n’était plus le même homme durant cette période. Ces problèmes de santé ont commencé en 2017. Il refusait de parler de burn-out. Et pas question de montrer cette « faiblesse » aux employés. 

Un président, ce n’est jamais malade...

« J’avais le rôle du capitaine de bateau. Je me disais : je vais faire la poker face. Je faisais accroire à mes employés que j’avais un problème de glande thyroïde », raconte-t-il, estimant que cette mentalité n’a plus sa place en 2021, bien qu’elle soit toujours présente dans le milieu des affaires.

« Les gens les plus orgueilleux que j’ai connus dans ma vie, ce sont les hommes d’affaires. Je pensais que le burn-out était pour les gens faibles », poursuit celui qui s’est tourné vers les arts et le vélo pour s’aider. Oui, il a songé à mettre la clef dans la porte, mais il a préféré poursuivre sa course.

Consulter un psychologue

C’est son fils William, alors âgé de 27 ans, qui était directeur général de la compagnie à ce moment. Il a été en poste moins d’un an, soit de décembre 2017 à la fin de l’été 2018. M. Garneau reconnaît que ç’a été « une erreur » de lui mettre sur les épaules cette pression et « de le jeter dans la fosse aux lions de l’entreprise ». Cela a un impact, aujourd’hui, sur la relation entre les deux hommes de Québec. 

« J’étais en train de couler, et c’est le seul qui m’a tendu la main. J’ai une grande reconnaissance », confie celui qui a dû consulter un psychologue pour se relever.

Les finances de l’entreprise Louis Garneau étaient déjà sous pression. Deux clients avaient fait faillite, Evans Cycles en Angleterre et Cycle Performance aux États-Unis, ce qui avait laissé des marques. De gros investissements avaient aussi été réalisés dans un virage numérique. 

Bref, Louis Garneau se cherchait une nouvelle santé financière.

« Depuis le jour un, l’entreprise n’avait jamais perdu de l’argent », assure M. Garneau. « Lorsque la restructuration est arrivée, je n’avais pas l’expérience nécessaire et je n’avais pas le meilleur jugement en raison de mon épuisement », ajoute-t-il.

Restructuration

La première étape de restructuration qui a été révélée publiquement a été la fermeture de l’unité de production textile à Saint-Augustin-de-Desmaures en septembre 2019. Une cinquantaine de personnes ont perdu leur boulot.

Le mois de mars suivant, le groupe Garneau et ses différentes entités se plaçaient sous la protection de la Loi sur la faillite et l’insolvabilité. Soixante-six employés étaient remerciés. Puis il y a eu la COVID-19 et, en juin, M. Garneau a perdu son père, Paul Garneau. 

Il a fallu environ neuf mois à la compagnie pour se relever. Investissement Québec a octroyé un prêt de 5 millions $ à 10 % d’intérêt, et la société de placements privés Corporation Financière Champlain est devenue actionnaire du détaillant.

Aujourd’hui, M. Garneau a retrouvé son sourire. Son entreprise prévoit réaliser des ventes de 45 millions $ cette année. Il espère avoir renoué avec ses chiffres d’avant sa restructuration dès 2022.

Pour appuyer son plan de croissance, l’ex-cycliste professionnel vise la Bourse de Toronto d’ici cinq ans.

  • Écoutez la chronique de Danny St Pierre au micro de Geneviève Pettersen sur QUB Radio:

Bourse, café et fours à pizza au menu !  

Malgré la tempête qu’il vient de traverser, Louis Garneau a toujours le goût d’être dans les affaires. D’ici cinq ans, il espère que son entreprise fasse le saut à la Bourse de Toronto pour assurer son avenir. Il vend aussi, aujourd’hui, des fours à pizza ainsi que du café et une préparation à gaufres pour les athlètes.

Forno Garno. C’est la nouvelle enseigne qui commercialise les fours à pizza. Cette jeune entreprise, qui brasse des affaires exclusivement sur le web, du moins pour le moment, est dirigée par le fils de l’ex-cycliste professionnel, Édouard. M. Garneau agit comme investisseur silencieux dans cette aventure.

Édouard est également propriétaire de la compagnie de vêtements de chasse et pêche Connec Outdoors.

« Je suis un maniaque des poêles à bois », avoue avec le sourire au Journal Louis Garneau. « Cette entreprise a commencé au printemps. [...] Cela me permet d’être en affaires avec mon fils », se réjouit-il.

Ce dernier vend aussi son propre café. M. Garneau voit davantage ce produit comme un outil pour faire la « promotion » de sa marque.

« C’est un café où il est écrit : seulement pour cyclistes. [...] On vient également de lancer une gaufre énergétique », dit-il. Ces produits vont se retrouver, ces prochains mois, dans les points de vente partenaires de l’enseigne Louis Garneau à travers le Canada et les États-Unis ».

« Éventuellement, toutes les boutiques vont en avoir, et ces produits vont être disponibles en ligne. Nous avons environ 2000 points de vente au Canada », affirme le fondateur de l’entreprise spécialisée dans les vélos et les vêtements et accessoires de sports.

Direction la Bourse

Quant à l’avenir de la marque Louis Garneau en sol québécois, le fondateur estime que tout va se jouer d’ici cinq ans, soit lors de la fin de l’entente avec son partenaire d’affaires, la Corporation Financière Champlain. M. Garneau vise la Bourse de Toronto afin d’assurer une certaine relève à l’entreprise. 

Actuellement, ses enfants ne souhaitent pas reprendre le fleuron d’ici.

« J’ai un investisseur qui est là pour cinq ans. J’ai le choix de le racheter. Il peut aussi m’acheter et revendre la compagnie. [...] Moi je veux que cela reste au Québec. Je veux aller public avec mon entreprise pour des raisons que je n’ai pas de succession familiale immédiate. Cela va me prendre beaucoup d’argent si je veux faire une grande expansion », explique-t-il.

L’homme d’affaires veut miser sur l’électrification des vélos ces prochaines années. « On détient trois marques et nous avons une belle structure d’entreprise », note-t-il. « J’ai le goût d’être la compagnie du Québec inc. dans le sport. Je n’ai rien à perdre, je suis en fin de carrière », poursuit-il.

M. Garneau rêve maintenant d’une entreprise qui pourrait avoir une capitalisation boursière de 1 milliard $. « Aujourd’hui, j’ai retrouvé le bonheur. Je suis heureux », conclut-il, au cours d’une entrevue à son domicile.

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