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Panser le passé, penser l’avenir

different books lying on table in library
Photo Adobe Stock

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C’est le titre du tout dernier essai de Rachida Azdouz, auteure et psychologue spécialisée en relations interculturelles. Il est consacré aux dérives de nos débats identitaires...

Quand Sophie Durocher et Pénélope McQuade abordent positivement un même livre portant sur des questions identitaires, on pourrait soupçonner l’auteure de plaider la chose et son contraire pour plaire à tout le monde, ou plutôt en conclure qu’elle parvient à faire ressortir la légitimité et les angles morts de positions à première vue inconciliables, sans établir de hiérarchie ni chercher à distribuer les torts.

Connaissant le travail de l’auteure et ses interventions publiques depuis plusieurs années, j’opterai pour la deuxième option.

Pour l’harmonie du dialogue 

Un essai peut rebuter et donner l’impression qu’on s’adresse à des initiés, mais le nouvel ouvrage de Rachida Azdouz est accessible et inclassable. Se faisant tour à tour pédagogue scrupuleuse, analyste méthodique, témoin gênante, observatrice médusée ou amusée, elle nous entraîne dans les méandres du débat identitaire, reconnaissant « la légitimité des positions » tout en « écorchant au passage les postures et les impostures ». 

Elle interroge le droit, l’histoire, la littérature, la psychologie transgénérationnelle, elle essaie de « donner du sens » aux colères, de remonter aux sources des crispations identitaires en s’appuyant parfois sur son propre parcours de personne porteuse d’identités multiples assumées.

Démystifier les dogmatismes

L’humour et l’autodérision aidant, l’auteure déboîte un certain lexique antiraciste comme un jeu de poupées russes, afin d’en dévoiler les ressorts, les origines et les effets pervers. Les dogmatismes ou les populismes de l’extrême droite ne sont pas en reste...

La partie du livre qui traite des stratégies identitaires apporte un éclairage intéressant et nouveau sur les raisons qui peuvent pousser des jeunes issus de milieux plutôt favorisés au Québec à s’approprier le discours et à s’identifier à des minorités de conditions précaires vivant ailleurs dans le monde, notamment aux États-Unis.

Un livre à lire, pour les questions qu’il pose, les horizons qu’il laisse entrevoir, les doutes qu’il exprime, l’indulgence à laquelle il invite, envers soi-même et envers les autres.

Extraits

« Les Québécois ou Canadiens d’adoption qui ont vécu les premières décennies postcoloniales dans leur pays d’origine, et dont les parents ont connu les affres du colonialisme, répartissent généralement leur colère entre le régime colonial (qui a opprimé leurs parents) et les régimes autoritaires qui lui ont succédé et qu’ils tiennent aussi pour responsables de la fuite des cerveaux, de l’exil de la classe moyenne vers l’Europe, le Canada et les États-Unis, ainsi que de la reconversion des médecins en chauffeurs de taxi. Ils connaissent leur pays d’origine de l’intérieur... Ils voient leur culture d’origine telle qu’elle est, sans la dénigrer ni l’idéaliser [...]

« Ceux qui sont nés et ont été éduqués dans les pays du Nord, qui ne connaissent de leur pays d’origine que les séjours en vacances et le discours parental parfois idéalisé (ou le silence familial entourant l’exil), dirigent plus souvent leur colère vers le pays hôte. »