/news/currentevents
Navigation

Mort de Joyce Echaquan: Legault invité à reconnaître le racisme systémique

La coroner en fait sa première recommandation après le décès de Joyce Echaquan

Coup d'oeil sur cet article

Libéraux et solidaires ont dénoncé le silence du gouvernement Legault après le dépôt d’un rapport de la coroner sur la mort de Joyce Echaquan, qui recommande de reconnaître l’existence du racisme systémique. 

• À lire aussi: Journée nationale de la vérité et de la réconciliation: trop «coûteux» d’instaurer un nouveau jour férié, selon Legault

Les conclusions de la coroner Géhane Kamel sont venues clore une mauvaise semaine pour le premier ministre François Legault dans le dossier autochtone. 

D’abord, M. Legault s’est fait reprocher des attaques partisanes le jour de l’anniversaire du décès de Mme Echaquan.

Puis, il y a eu son refus d’accorder un jour férié dédié aux Premières Nations pour ne pas nuire à la « productivité » du Québec.

Et hier, le rapport de la coroner a remis de l’avant-plan l’épineuse question de la reconnaissance du racisme systémique, un concept rejeté par le gouvernement caquiste. 

La coroner en fait sa toute première recommandation et invite le gouvernement à prendre des mesures pour l’éliminer.  

  • Écoutez La rencontre Dutrizac-Dumont dès 8h15, sur QUB radio:    

Victime de Préjugés

En plus des propos racistes entendus sur la vidéo diffusée par Joyce Echaquan sur Facebook avant sa mort, Mme Kamel explique que les préjugés ont eu un impact sur ses soins de santé.

La mère de famille atikamekw a été « rapidement étiquetée comme narcodépendante et, sur la base de ce préjugé, il en découle que ses appels à l’aide ne seront malheureusement pas pris au sérieux ». 

Les rapports toxicologiques ont par la suite démontré que les médicaments consommés par Mme Echaquan respectaient les niveaux thérapeutiques. 

La coroner note également que les dénonciations à l’interne n’ont pas mené à une enquête avant que la vidéo émerge. « Lorsque le système se replie défensivement sur lui-même, c’est la définition même du racisme systémique », écrit Géhane Kamel. 

Le décès de Joyce Echaquan est accidentel, probablement dû à une défaillance du cœur. 

Silence du gouvernement

À Québec, libéraux et solidaires ont dénoncé l’absence de réaction officielle du gouvernement après la publication du rapport. 

« Ça témoigne du malaise qu’ils doivent avoir à l’interne », estime la cheffe libérale, Dominique Anglade. 

Au bureau du premier ministre, on explique souhaiter attendre, « par respect », la conférence de presse de la coroner mardi prochain. Le ministre responsable des Affaires autochtones n’a pas non plus souhaité commenter. 

Le dossier du racisme systémique risque de causer encore bien des débats au Salon bleu. François Legault a expliqué à plusieurs reprises qu’il rejette l’idée d’un « système » raciste au Québec, une définition qui « ne tient pas la route », réplique Mme Anglade.  

« On ne peut pas régler un problème si on ne le reconnaît pas », dit Gabriel Nadeau-Dubois de Québec solidaire. 

Du côté du syndicat des infirmières de Lanaudière, le rapport est bien accueilli. 

« Ça m’apparaît juste, clair et bien étoffé. Ça mets le doigt sur plusieurs problèmes comme les ratios de patients qui sont trop élevés, croit Stéphane Cormier, président du syndicat local (FIQ).

Ce dernier souligne que le CISSS a mis en place plusieurs des recommandations au cours des derniers mois. 

« On n’a pas attendu le rapport pour agir, on est dans l’action. Il faut rétablir les ponts avec les Atikamewk. Eux craignent de venir à l'hôpital et les infirmières ne savent plus trop comment agir et ont peur d’être mal interprétées.» 

Le Centre intégré de santé et de services sociaux de Lanaudière a répondu par courriel qu’il « accueille avec ouverture le rapport de la coroner », mais ne le commentera pas avant mardi par respect pour la famille de Mme Echaquan.

À noter que la famille de Joyce Echaquan réagira au rapport du coroner mardi.

- Avec la collaboration d’Héloise Archambault

Les autres recommandations du rapport        

Le Centre intégré de santé et de services sociaux de Lanaudière:  

  • doit s’assurer d’un mécanisme de collaboration entre le dispensaire de Manawan et l’urgence du Centre hospitalier de Lanaudière afin que les informations médicales concernant le patient soient transmises en temps réel;        
  • appliquer un modèle de gestion de l’urgence basé sur les principes directeurs du Guide de gestion de l’urgence;        
  • maintenir une formation périodique quant au code d’éthique de l’établissement, aux mesures de contention, à la surveillance des patients à la suite d’une chute et à la tenue de dossier;        
  • perfectionner le travail en duo des infirmières et des infirmières auxiliaires et s’assurer que chacune comprenne bien son rôle.                

Le Collège des médecins du Québec:  

  • doit revoir la qualité des actes médicaux de la médecin responsable des hospitalisations en médecine familiale et de la résidente en gastrologie qui ont prodigué les soins à Mme Echaquan lors de son hospitalisation en septembre 2020.                

L’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec:  

  • doit examiner la qualité des services des infirmières qui ont prodigué des soins à Mme Echaquan lors de son hospitalisation du 26 au 28 septembre 2020;        
  • doit revoir les pratiques d’intégration des candidates à l’exercice de la profession infirmière (CEPI) de niveau collégial dans les urgences des milieux hospitaliers à l’échelle de la province.                

Le ministère de l’Enseignement supérieur (pour ses établissements d’enseignement qui forment les médecins, infirmières et infirmières auxiliaires):  

  • doit ajouter au cursus scolaire une formation portant sur les soins aux patients autochtones qui prennent en considération les réalités des communautés autochtones;        
  • établir avec les communautés autochtones une plus grande offre de stages tant pour les infirmières que pour les résidents en médecine.  

Joyce Echaquan a passé deux jours dans la douleur au Centre hospitalier régional de Lanaudière avant de décéder des suites d’un œdème pulmonaire. Elle avait appelé à l’aide grâce à une vidéo diffusée sur Facebook, dans laquelle on entend des employés tenir des propos racistes. Selon le rapport de la coroner Géhane Kamel, la patiente avait été étiquetée comme « narcodépendante ».  


« Mme Echaquan aurait hurlé avoir peur de mourir. Une infirmière aurait dit : “Là tu vas arrêter de crier d’même, là, tu déranges tout l’monde ici. On n’est pas dans une garderie ici, on ne gère pas les bébés”. » 

– Selon une patiente témoin 

EXTRAITS DU RAPPORT DE LA CORONER 

« L’heure n’est plus au bilan. Nous avons été témoins d’une mort inacceptable, et nous devons faire en sorte qu’elle ne soit pas vaine et que nous aurons appris comme société de ce tragique évènement. Il est désormais inacceptable que de larges pans de notre société nient une réalité aussi bien documentée. » 

« Aucun médecin ni membre du personnel du CISSS de Lanaudière n’a été en mesure de nous indiquer sur quoi reposait ce diagnostic de narcodépendance. » 

« Si cela n’avait pas été de la captation vidéo, il y a fort à parier que cet évènement n’aurait jamais été porté à l’attention du public. Lorsque le système se replie défensivement sur lui-même, c’est la définition même du racisme systémique. » 

Géhane Kamel, coroner
Photo d'archives, Martin Alarie
Géhane Kamel, coroner

QUELQUES CHIFFRES 

  • 44 témoins factuels entendus à l’enquête publique.  
  • 3 employés congédiés depuis un an.  
  • 14 recommandations, dont 8 visent le CISSS de Lanaudière. 
  • 15 M$ : budget pour implanter la sécurisation culturelle d’ici 2025 dans tous les milieux de santé.    

L’affaire Echaquan, déjà un an  

26 septembre 2020
Joyce Echaquan, 37 ans et mère de sept enfants, est hospitalisée au Centre régional de Lanaudière, à Joliette. Elle se plaint de douleurs. Elle a aussi des nausées et des vomissements depuis deux semaines. 

27 septembre 2020
Le gastroentérologue la voit, et on évoque un possible sevrage aux narcotiques et au cannabis. On la traite comme une patiente « en sevrage ». 

28 septembre 2020
Mme Echaquan présente un inconfort « généralisé ». Vers 10 h 30, elle se filme sur Facebook, et on entend deux employés qui ont des paroles « dénigrantes ». Elle est contentionnée. Vers 11 h 40, une deuxième vidéo est diffusée sur Facebook, et Mme Echaquan ne réagit plus à la douleur. Elle est transférée en salle de réanimation, et son décès est constaté à 12 h 44. 

29 septembre 2020
L’infirmière Paule Rocray a été congédiée par l’hôpital de Joliette. 

1er octobre 2020
Une préposée aux bénéficiaires est aussi congédiée.

6 octobre 2020
Le premier ministre François Legault présente des excuses officielles à la famille de Mme Echaquan. La coroner en chef ordonne la tenue d’une enquête publique. 

9 octobre 2020
Remaniement ministériel : Ian Lafrenière est nommé ministre des Affaires autochtones.

16 novembre 2020
Les Attikameks reconnaissent le « principe de Joyce », pour assurer un accès équitable aux services sociaux et de santé. 

2 décembre 2020
Le président-directeur général du Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) de Lanaudière, Daniel Castonguay, est congédié. Son congédiement était réclamé par la communauté de Manawan.

17 mars 2021
Deux infirmières du CLSC de Joliette sont congédiées pour avoir tenu des propos racistes à l’égard d’une patiente attikamek.

8 juin 2021
Guy Niquay, un Attikamek originaire de Manawan, est nommé directeur général adjoint du CISSS de Lanaudière. Il gère l’hôpital de Joliette.

27 septembre 2021
L’infirmière Paule Rocray est radiée pour un an de son ordre professionnel pour violence verbale et négligence dans les soins de Mme Echaquan.