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On a le droit de rêver

Une odeur d'avalanche
Photo courtoisie Une odeur d’avalanche
Charles Quimper
Alto, 162 pages, 2021

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Le roman s’intitule Une odeur d’avalanche, mais il faudrait le compléter par « un parfum de magie ». Tout ce qu’il faut pour parler d’amour.

Charles Quimper signe un récit à étages multiples, que même la typographie du livre permet de visualiser.

Mais son histoire a un cœur : le quartier Saint-Sauveur, à Québec. Un quartier ouvrier, tissé serré, où la débrouillardise et l’imagination compensent la pauvreté et son lot de misères humaines.

Quimper y met en scène, à des années de distance, deux couples qui doucement se séduisent. Dans les années 1970, on suit deux adolescents, Pénélope et Jacob, aux familles disloquées. Et puis, de nos jours, on assiste, à la faveur d’une danse, à la rencontre d’un Cowboy solitaire et d’une Dame en vert que la vie a beaucoup secoués.

Parallèlement, Saint-Sauveur vit ses propres remous, dont on saura tout grâce à la chronique La pie de Saint-Sauveur, signée Adjutor Leroux. Celui-ci y décrit le tremblement de terre de 1956 comme l’apparition de la Vierge en 1967 et se rend jusqu’à l’invasion de lézards à deux têtes une dizaine d’années plus tard.

Bien d’autres calamités vont frapper le quartier, mais les habitants résistent et chaque vague d’envahisseurs, qu’il s’agisse de mouches noires ou de vipères, finit par être repoussée.

Entre l’ordinaire et l’imaginaire

Alors, les « vieux sortent leurs chaises pliantes et s’installent sur le bord du trottoir ». Et ainsi, « pendant un moment, on réussit à oublier le parfum d’apocalypse qui plane dans l’air depuis toujours ».

La même fantaisie est à l’œuvre du côté des amoureux. Depuis sa naissance, la jeune Pénélope est entourée d’oiseaux. Le Cowboy, lui, offre toutes les fleurs qu’il croise à sa Dame en vert, cette inespérée.

On est donc constamment à cloche-pied entre l’ordinaire et l’imaginaire, ce qu’accentue l’absence de dialogue. Mais ce procédé fait mieux ressortir la profonde tendresse de l’écriture.

Quimper a d’ailleurs une jolie phrase pour décrire l’amour qui se développe entre son Cowboy et la Dame en vert, qui ont passé l’âge des passions de jeunesse : « un instrument désaccordé, bien sûr, mais dont chaque vibration sonnait juste ». Ceci résume parfaitement son roman.

Car il n’y a pas « raccord » de faire s’évaporer des résidents de Saint-Sauveur, ou de flanquer le jeune Jacob d’un chien qui prend régulièrement feu !, et la vie de tous les jours, où le facteur passe à heure fixe, le voisin lave sa voiture, une voisine sert du thé...

Et pourtant ça sonne juste parce que Quimper nous fait voir que la magie qui, sans qu’on en ait conscience, existe au quotidien vaut bien celle de l’imagination.

C’est ainsi que grâce à un écrivain de talent qui, avec un pas de recul, à la fois réinterprète une vie de quartier et entre avec délicatesse dans la tête de ses habitants, on arrive à cette suite de moments uniques qui deviennent une mélodie. La pie de Saint-Sauveur s’en souviendra.