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Faire remonter des souvenirs

PORTRAIT-DE-LORRAINE-PINTAL
Photo Agence QMI

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Lorraine Pintal, directrice du Théâtre du Nouveau Monde, fait cette année ses premiers pas dans l’univers romanesque avec un ouvrage en trois temps inspiré en partie de sa vie et de son parcours, Pourquoi les larmes ont-elles le goût salé de la mère ?. Publié chez Québec Amérique, l’ouvrage propose des incursions touchantes dans l’intimité de cette grande dame, à travers le miroir déformant de son imaginaire.

Dans cette collection dirigée par Danielle Laurin, Mme Pintal s’est lancée dans une expérience littéraire avec autant de panache que de sensibilité. Elle se dévoile un peu, racontant son enfance, sa mère, ce que représente pour elle le monde du théâtre. Un texte magnifique, d’une grande profondeur, qui témoigne de son immense talent.

Le projet lui proposait d’écrire de la fiction avec ce qu’il y a de plus réel, en trois parties. L’écrivaine partage ses souvenirs d’une enfance triste auprès d’un père autoritaire et d’une mère dépressive, ainsi que d’une adolescence rebelle. Ses mots sont ceux d’une femme qui découvre la puissance du théâtre, puis qui s’engage sur le plan de la politique et du féminisme, dans le Québec en pleine effervescence des années 70 et 80.

Une expérience forte

Cette expérience littéraire inusitée lui a plu énormément. Le roman touche beaucoup de points importants : le monde du théâtre et de la littérature, mais aussi la féminité, le lien mère-fille.

« Je savais que les auteurs, ça leur demande un temps fou, par rapport à l’écriture, mais là, je l’ai vécu de l’intérieur. Ça m’a éclairée sur ce que c’est que la discipline d’un auteur », commente-t-elle, en entrevue. « Je suis passée au travers ! »

C’est de l’autofiction ? « Oui ! Je remercie beaucoup de membres de ma famille qui sont des personnages de roman sans le vouloir. Et c’est clair qu’il y a des choses là-dedans qui ne sont jamais arrivées – c’est mon imagination qui a fait le reste. Mais j’ai adoré faire ça. »

S’éloigner du théâtre

Lorraine Pintal précise qu’elle avait le défi d’écrire à partir de trois souvenirs. 

« Je voulais m’éloigner un peu du théâtre, même si j’y reviens, parce que je baigne dans le théâtre. C’est vraiment quand j’ai parlé d’une trilogie – la fille, la mère, le père – que j’ai concentré l’écriture autour de ces trois personnages. »

La mère a pris beaucoup de place. « C’est vrai que ce que vous lisez, en grande partie, c’est la réalité. À partir de l’adolescence, ça m’a beaucoup affectée. Ce sont des souvenirs très marquants dans ma vie et c’est ce qui fait qu’encore aujourd’hui, je suis très impliquée en santé mentale. Il y a tout ce rapport à la dépression, aux problèmes de santé mentale, au suicide, qui ont été omniprésents dans ma vie, à une certaine époque, jusqu’à tant que ma mère soit hospitalisée. »

Elle ne pensait jamais écrire sur la naissance de sa fille – encore moins sa conception. 

« J’ai plongé là-dedans. Ce sont des souvenirs assez heureux, et c’est assez loin pour que j’aie du recul. »

La dimension thérapeutique

Lorraine Pintal a trouvé dans l’écriture romanesque une dimension thérapeutique à laquelle elle ne s’attendait pas. « Ça m’est tombé dessus comme une roche dans le fond de la mer ! Je me suis dit : “OK, je suis en train de parler de ça, moi là !” »

Elle a vécu de grands moments d’émotions. « Une fin de semaine, j’avoue que j’étais assez bouleversée par tout ce que j’écrivais. Je me disais “voyons donc, comment ça se fait que ça fait remonter autant de souvenirs que je pensais enfouis dans le fond de ma mémoire ?” Mais c’était pas si enfoui, finalement. Et quand ça ressort, c’est vrai que c’est étrange. »

  • Lorraine Pintal est directrice du Théâtre du Nouveau Monde.
  • Elle est comédienne, metteuse en scène, réalisatrice, animatrice et auteure.
  • Plusieurs honneurs jalonnent son parcours : elle est membre de l’Ordre du Canada, officière de l’Ordre national du Québec, Compagne des arts et des lettres du Québec, Chevalière de l’Ordre des arts et des lettres de la République française.
  • Elle a aussi été lauréate du Prix du Gouverneur général pour les arts du spectacle.

EXTRAIT

<b>Pourquoi les larmes ont-elles le goût salé de la mère</b><br />
Lorraine Pintal<br/>
Éditions Québec Amérique<br/>
168 pages<br/>
En librairie
Photo courtoisie
Pourquoi les larmes ont-elles le goût salé de la mère
Lorraine Pintal
Éditions Québec Amérique
168 pages
En librairie

« Je serai somnambule jusqu’à ce que le théâtre s’installe dans ma vie. Je comprendrai alors que ces passages entre le rêve et la réalité m’ont aidée à échapper régulièrement à la morosité du quotidien et à m’inventer des univers irréels que je recrée sur scène.

Le théâtre est l’art de faire apparaître l’invisible. »