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La vie folle de Mario Lirette

L’animateur radio se raconte pour la première fois dans le livre Mario Lirette, Le chat rebelle

Mario Lirette
Photo Pierre-Paul Poulin Mario Lirette se faisait demander depuis longtemps par des gens du public de raconter sa vie dans une biographie.

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Une surdose de speed à l’adolescence, un avortement à New York, une altercation avec un homme cagoulé armé, d’innombrables arrestations pour alcool au volant. La vie de l’animateur Mario Lirette n’a pas été de tout repos. Pour la première fois, l’homme de radio, qui fêtera ses 70 ans le 13 octobre, se livre en toute transparence dans Mario Lirette, Le chat rebelle.

Mario Lirette se faisait souvent demander par des gens du public de raconter sa vie dans une biographie. 

« Les gens me disaient : quand est-ce qu’on va savoir les détails de tes aventures rocambolesques à la Indiana Jones ? mentionne-t-il en entrevue avec Le Journal. C’est un peu comme ça que les gens voyaient ma vie. Ce qui n’est pas tout à fait faux. »

Après 50 ans de carrière, il a jugé que le temps était propice pour se livrer. « Je vois ça un peu comme un post-mortem, dit-il. Mais ce n’est pas la biographie à laquelle il faut s’attendre. J’ai répondu aux questions [de l’auteur Robert Maltais] et comme je l’ai écrit dans ma préface : je n’ai pas tout dit ! Il y a de la place pour un autre livre peut-être. [rires] »

Dans Le chat rebelle, on en apprend assez peu sur la période « CKMF disco » où Mario Lirette faisait la pluie et le beau temps avec Alain Montpetit et Douglas Leopold. « Le sexe, la drogue et le disco, c’est surtout ça que les gens veulent entendre, dit-il. On est tous voyeurs. »

Mario Lirette en ondes à CKMF, en 1982.
Photo courtoisie, Éditions de l'Homme
Mario Lirette en ondes à CKMF, en 1982.

L’an dernier, dans le livre À micro fermé, de Sébastien Trudel, Mario Lirette racontait à quel point, dans les années 1970 et 1980, les animateurs vedettes étaient traités comme des rois dans les bars. 

« Ça venait avec le sachet de poudre, la limousine, les filles, pis toute, mentionnait-il dans le livre de Trudel. C’était solide. Je me souviens d’être allé animer à Laval dans un bar. Pour sortir de la limousine et monter sur le stage du bar, ça avait pris 20 minutes. Il y avait quatre bodyguards. Aujourd’hui, les stars, ce sont les DJ. À l’époque, c’étaient les animateurs de CKMF. »

Drogue et avortement

Malgré tout, Le chat rebelle renferme une foule d’anecdotes savoureuses. On y apprend notamment qu’à l’adolescence, Mario Lirette a fait plusieurs expériences avec la drogue. 

« On prenait du speed en pilules, raconte-t-il. Après, ça s’était en allé vers les seringues. Mais ça n’a pas duré longtemps. Le haschich et le pot sont arrivés là-dedans, ce qui a calmé le jeu. J’ai cessé toute consommation quand j’ai commencé à être attiré par le théâtre. »

Quelques années plus tard, Mario apprenait que sa copine de l’époque était enceinte. Parce qu’ils étaient tous les deux âgés de 18 ans et qu’avoir un bébé n’était pas dans leurs plans pour le moment, ils s’étaient rendus à New York pour un avortement.

« À l’époque, c’était impossible d’avoir un enfant en dehors du mariage, raconte Mario. On était jeunes et on avait un avenir devant nous qui était destiné à autre chose que d’avoir un enfant sur le “B.S.”. À Montréal, ça coûtait excessivement cher [pour un avortement]. Tandis qu’à New York, ça ne coûtait rien. »

Mario Lirette au sommet du mont Tremblant avec Pierre Laberge. Archives du livre <i>Le chat rebelle</i>, sur Mario Lirette.
Photo courtoisie, Éditions de l'Homme
Mario Lirette au sommet du mont Tremblant avec Pierre Laberge. Archives du livre Le chat rebelle, sur Mario Lirette.

Entrée par effraction

L’une des histoires les plus surprenantes dans le livre est sans doute celle de l’homme cagoulé qui est entré par effraction dans la maison de l’animateur. Après avoir entendu du bruit à l’étage, Mario s’est retrouvé face à face avec le criminel. Ne perdant pas son sang froid – sa femme enceinte de neuf mois et son jeune garçon étaient aussi dans la maison – Mario s’est confronté à l’individu.

« Il m’a pointé son fusil .38 dans la face et m’a demandé de me coucher, raconte-t-il. Je lui ai dit qu’il était mieux de tirer parce que je n’allais pas me coucher. La balle est partie et m’a manqué de trois pouces. Je suis parti après lui, il a pris la sacoche de ma femme et il a sacré son camp dans le bois. »

Sans pudeur

Mario Lirette tient à le préciser : il ne voit pas Le chat rebelle comme une biographie, mais plutôt « une rencontre » avec Robert Maltais. Les deux amis de longue date avaient joué ensemble dans l’émission Avec le temps, dans les années 1970. Dans le livre, l’animateur s’est livré sans pudeur.

« Je n’ai rien à cacher, dit-il. Je suis un gars honnête. Pour ceux qui vont le lire, je pense que c’est une question de respect. Ça ne donne rien de jouer le jeu de “j’écris un livre et je fais un strip-tease”, mais qu’à la fin, je ne montre pas ma “bizoune” ! »

Qu’est-ce que Mario Lirette espère que les gens retireront de ce livre ? 

« Dans le fond, je ne suis qu’un gars bien ordinaire, répond-il. Ce n’est pas parce qu’on vient d’un milieu pauvre qu’on ne peut pas voir la lumière et faire de belles choses. Il s’agit de croire en ses talents et en sa bonne étoile. Parce qu’honnêtement, je suis un paresseux. C’est le destin qui a mené ma vie. »


Le livre Mario Lirette, Le chat rebelle, écrit par Robert Maltais, sera en vente mercredi.

Extraits 

<b><i>Mario Lirelle</b></i><br>
<b><i>Le chat rebelle</b></i><br>
Les Éditions de l’Homme<br>
272 pages
Photo courtoisie
Mario Lirelle
Le chat rebelle
Les Éditions de l’Homme
272 pages

« Dans ma gang, il y avait des gars qui vendaient un peu de dope, de la mescaline. Moi, j’avais une conscience qui me disait : « Mario, tu t’en vas faire un métier... Tu peux pas scrapper ta vie et ton avenir. » Mais je consommais quand même de la mescaline avec les chums. On passait des nuits à caper. La mescaline, ça s’achète en poudre, à l’once. On mettait ça dans des petites capsules de pilule, puis eux autres ils les vendaient. Moi, j’ai jamais vendu de dope. Mais on est allés plus loin. On s’est rendus jusqu’aux seringues. On se piquait du speed. Mais ça n’a pas duré longtemps, peut-être un été ou deux maximum, parce qu’une fois j’ai fait une overdose chez Le Rousseau. Je ne suis pas resté longtemps là-dessus. À l’époque, on faisait toutes sortes d’expériences. On sniffait de la colle, on prenait des prenudin. C’est des speeds, des pilules pour maigrir. Ça s’achetait à la pharmacie, tu en prenais quatre ou cinq, puis tu passais la nuit à parler et à réinventer le monde. »


« J’ai été souvent sur le party. Ça, c’est mon oncle Claude, mon modèle, qui m’a amené là. Et pendant que j’étais sur le party, j’avais beau rentrer soûl à 5 heures du matin, je me levais et j’allais travailler. Je n’ai jamais manqué une job de ma vie à cause d’un lendemain de veille, à cause de la drogue ou de la boisson. Jamais. Comment je dirais ça... Je me punissais en me disant : « T’as fêté, t’as eu du fun ? Lève-toi, va travailler. » J’ai toujours été responsable là-dessus. Toujours. Je savais que j’avais la réputation du fêtard, j’étais fêtard. J’étais de toutes les fêtes. »


« C’est ma blonde, ça va bien. Puis, elle tombe enceinte. À l’époque il n’était pas question qu’on garde l’enfant... parce qu’on a 18 ans. On n’est pas mariés, c’est péché. Il faut trouver un moyen. D’un commun accord, faut aller à New York! Pas de passeport, mais à l’époque, Canada/États- Unis, tu n’en avais pas besoin. Alors on a trouvé moyen de ramasser 300 piasses pour aller à New York, elle et moi, ensemble, tout seuls. Ma mère est la seule qui sait ce qui se passe. Ma mère est formidable, elle est protectrice. Elle m’a laissé gérer ça, tout en gardant un oeil sur nous. »


« Prudemment, je m’avance. Je pousse la porte du pied et, là, je vois un homme cagoulé avec un gun – un 38 – qu’il me met dans la face. Ma réaction : « Qu’est-ce que tu fais icitte, toé, crisse ? » Il me répond : « Recule ou je te tire. » J’ai dit : « Pardon ! » « Recule, couche-toi à terre, m’as te tuer, mon ostie. » « Comment ça, tu vas me tuer, toé ? Sais-tu que t’es chez nous ? C’est moi qui vas te tuer, mon cave. Décâlisse. »


« J’ai un gun dans la face. Je crie : « Céline, sors ! » La première chose qu’elle fait, elle monte puis elle me voit avec une arme pointée vers moi. Elle part chez les voisins appeler la police. Moi, j’affronte le bandit. Ça fait deux trois fois qu’il me dit : « Couche-toi, m’as te tuer. » « Écoute ben, là. Lis dans ton petit livre du parfait bandit, en page 72... » Je crânais, bien sûr. Je ne faisais qu’étirer le temps. Parce que, dans ma tête, je suis mort. Il y a un bandit cagoulé dans ma chambre. Il est sérieux. Je ne le connais pas. J’ai vu ses yeux. Je vais le pogner un jour. Je suis patient. Je suis un chat, hein. »


« J’ai toujours perdu mon permis de conduire de la même façon : je me fais arrêter chaud. Je me suis fait arrêter sept fois en tout. Depuis le début des années 1980, j’ai perdu mon permis sept fois pour ivresse au volant. J’ai fait 90 jours de prison pour ça. En fait, 13 week-ends. C’est le sixième de la sentence. »


« Moi, je voulais devenir connu pour l’unique raison que, quand on a enterré mon grand-père Ernest, qui était un personnage très connu dans Longue-Pointe, j’étais le dernier des petits-enfants à le saluer dans sa tombe. Je lui ai chuchoté : « Grand-P’pa, ne t’inquiète pas pour le nom des Lirette, je m’en occupe. » C’est ce que j’ai dit à Ernest. C’est mon petit secret. Moi, je voulais prouver à mon grand-père qu’il n’était pas qu’un petit commerçant de quartier, qu’il avait réussi sa vie, même s’il n’avait pas écrit son nom sur la marquise du Théâtre St-Denis ou de l’Olympia. Ou même dans le journal. Le seul endroit où son nom était imprimé, c’était devant l’épicerie et dans l’annuaire téléphonique. À l’époque, dans celui de Montréal, il n’y avait pas plus de quatre Lirette. »