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À la rencontre de djihadistes

La criminologue Maria Mourani dévoile un nouveau livre après 10 ans de recherche sur le mouvement

Maria Mourani
Photo Pierre-Paul Poulin Maria Mourani a interviewé des djihadistes ou des proches de ceux-ci pour tenter de comprendre le phénomène.

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Pourquoi des jeunes tombent-ils aux mains des djihadistes ? Pour la même raison que d’autres sont recrutés par les gangs de rue : le sentiment qu’il n’y a plus aucune autre option, selon la criminologue Maria Mourani, dans un nouveau livre, fruit de 10 ans de recherche.

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Pour écrire Machine Jihad, qui paraît aujourd’hui, la criminologue a interviewé de nombreux témoins, dont des djihadistes et des membres de leur famille, pour démontrer entre autres que ce n’est pas l’idéologie extrémiste qui les pousse d’abord à changer de vie.

Ruptures, événements racistes, accidents, échecs scolaires, tentatives de suicide : les 10 jeunes dont elle relate l’histoire ont subi une « accumulation d’événements » dans leur vie personnelle.

Ceux-ci vont les affecter « à un point tel qu’ils vont réaliser que la vie qu’ils mènent ne leur convient plus », explique l’ancienne députée fédérale.

C’est seulement ensuite que chacun de ces jeunes est entraîné dans l’idéologie extrémiste. D’ailleurs, plusieurs jeunes dont l’histoire est racontée n’étaient pas musulmans, religion associée aux djihadistes, avant le début de leur radicalisation.  

  • Écoutez l'entrevue de Benoît Dutrizac avec Maria Mourani sur QUB radio:    

Porte de sortie

Le jihad, cette guerre sainte pour propager l’islam menée par des groupes terroristes comme l’État islamique, leur offre ainsi une porte de sortie.

Si certains iront jusqu’à se complaire dans la vie de combat armé que leur offre le djihadisme, plusieurs y renonceront. C’est le cas de Sasha, ce Suisse qui a réussi à rentrer de l’État islamique après avoir regretté sa décision de joindre ses rangs.

« J’ai voulu montrer qu’il n’y avait pas de fatalité, que même un jeune qui est prêt à partir à l’aéroport, il peut arriver n’importe quoi pour le faire changer d’avis. »

Comme les gangs

Pour nous aider à comprendre ce qui peut pousser un jeune vers le djihadisme, l’auteure fait un parallèle avec les gangs de rue, un phénomène actuellement responsable d’une multiplication des fusillades dans les rues de Montréal.

« Dans les gangs, c’est le sentiment d’être dans un groupe qui te comprend, qui t’aime, qui t’apporte de l’argent, des filles, de la drogue, des guns. Chez les djihadistes, c’est pareil.

« Se retrouver devant un mur quand on analyse sa vie, on le retrouve dans les deux groupes », poursuit-elle, en insistant sur le fait que les deux phénomènes ont des discours « fondamentalement différents ».

Si le djihadisme est un problème majeur en Belgique et en France, où des milliers de jeunes ont quitté pour la cause, il l’a moins été au Canada et au Québec. D’ailleurs, l’auteure s’est entretenue avec des Québécois pour son livre, mais ceux-ci ne témoignent pas directement par crainte d’être reconnus.

« Un des éléments, c’est que le racisme est moins fort au Québec, malgré l’impact que le débat des accommodements raisonnables [...] a eu dans la tête des jeunes », explique-t-elle. Elle ajoute que l’obligation de prendre l’avion pour quitter a rendu la tâche plus facile aux services de renseignement canadiens pour détecter les départs alors qu’en Europe, il est possible de voyager par voie terrestre pour se rendre dans des pays comme la Syrie.

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