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Envolées poétiques

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Le cinéaste québécois Ivan Grbovic et la coscénariste Sara Mishara flottaient encore sur un nuage quand Le Journal les a rencontrés mardi passé, moins de 24 heures après avoir appris que leur film Les oiseaux ivres avait été choisi pour représenter le Canada dans la course à l’Oscar du meilleur film international. « C’est un grand honneur, et c’était totalement inattendu », a confié Grbovic en entrevue.

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« En lançant un film en temps de pandémie, on avait une certaine crainte que sa sortie passe inaperçue et que peu de spectateurs se déplacent pour aller le voir en salle, a ajouté sa complice Sara Mishara. Pour nous, cette sélection est surtout une bonne nouvelle parce qu’elle va peut-être inciter plus de gens à aller voir le film en salle. C’est très important pour nous parce qu’on a vraiment tourné ce film pour qu’il soit vu sur grand écran. »

Les oiseaux ivres, second long métrage d’Ivan Grbovic (après Roméo Onze, sorti en 2011), a été tourné tout juste avant la pandémie, au Québec et au Mexique. Le film met en scène le personnage de Willy (Jorge Antonio Guerrero), un ancien chauffeur pour un cartel de drogue mexicain qui tente de retrouver son amour perdu, Marlena. Sa quête le mènera jusqu’au Québec, où il se fera engager comme travailleur saisonnier dans la ferme d’un couple d’agriculteurs (Claude Legault et Hélène Florent). 

L’acteur mexicain Jorge Antonio Guerrero (Roma) joue le rôle principal du film québécois Les oiseaux ivres.
Photo courtoisie, Films Opale
L’acteur mexicain Jorge Antonio Guerrero (Roma) joue le rôle principal du film québécois Les oiseaux ivres.

L’idée de départ du film provient d’un flash qu’a eu Ivan Grbovic il y a une quinzaine d’années en revenant d’un tournage dans le coin de Saint-Rémi, en Montérégie.

« J’ai vu des travailleurs étrangers dans le brouillard devant une caisse d’épargne, se souvient le cinéaste. Cette image m’a semblé poétique et énigmatique. Je me suis demandé qui étaient ces gens-là, quelle était leur vie. Ç’a été le point de départ pour l’écriture du film. »  

Le scénario des Oiseaux ivres a toutefois beaucoup évolué au fil des années. Au départ, Ivan Grbovic et Sara Mishara (qui signe également la direction photo) avaient centré leur intrigue autour d’une famille d’agriculteurs québécois qui embauchaient chaque année des travailleurs étrangers temporaires. 

« Mais en explorant ce milieu-là, on s’est rendu compte que ça ne pouvait pas être un film avec une seule perspective, souligne Sara Mishara. Ça prenait plusieurs points de vue pour bien dépeindre cette réalité. Au bout d’un certain temps, on a commencé à intégrer d’autres personnages comme celui de Willy. Il est finalement devenu le personnage principal du film. C’était une façon pour nous d’ajouter un peu de fantaisie à cette histoire qui aurait pu être très réaliste. »

  • Écoutez l'entrevue de Richard Martineau avec Ivan Grbovic, réalisateur du film « Les oiseaux ivres », sur QUB radio : 

Faire parler les images 

Grbovic et Mishara insistent d’ailleurs sur le fait que l’univers des travailleurs saisonniers n’est pas le sujet du film, mais plutôt le contexte dans lequel l’histoire est campée.

« C’est un film qui parle de l’exploitation en explorant la relation entre les exploitants et les exploités, précise Sara Mishara. On a créé un système économique qui fait en sorte que les agriculteurs ont besoin de faire appel aux travailleurs saisonniers pour survivre. C’est une bonne opportunité pour les travailleurs étrangers aussi, mais en même temps, ils sont limités dans ce qu’ils peuvent faire quand ils sont ici. C’est quelque chose qui existe et qu’on laisse aller parce que tout le monde en profite un peu. »

« Cela dit, on ne voulait pas faire un film lourd qui se passe dans une ferme québécoise, nuance Ivan Grbovic. On a plutôt voulu faire un film poétique. »

Ayant tous les deux des formations de direction photo, Ivan Grbovic et Sara Mishara ont naturellement beaucoup pensé aux images en écrivant le scénario des Oiseaux ivres. Certains plans, filmés pendant le lever et le coucher du soleil, sont d’ailleurs beaux à couper le souffle.

« On voulait faire un film comme Les moissons du ciel [de Terrence Malick], dans lequel les travailleurs se lèvent au lever du soleil et rentrent au coucher du soleil, explique Sara Mishara. 

« C’était important de tourner à ces heures-là pour ressentir la longueur de leurs journées. Pour nous, le cinéma est vraiment un art visuel. Je me suis toujours dit que les images pouvaient à elles seules raconter des histoires. Les dialogues apportent une autre couche, mais les images peuvent aussi exprimer des sentiments. Déjà, à l’écriture du scénario, on avait ce désir de raconter les choses de façon visuelle en essayant de montrer ce que vivent les personnages et à quoi ils pensent. » 


 

  • Les oiseaux ivres prend l’affiche le 15 octobre.