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[EN IMAGES] Voici 10 navires qui ont sombré dans le fleuve Saint-Laurent

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Le fleuve Saint-Laurent a vu de nombreux naufrages au fil des siècles. Plus d’un millier d’épaves reposeraient au fond de ses eaux glacées. Une vie entière ne suffirait pas pour les découvrir toutes. De la fin du XVIIe siècle jusqu’au début du XXe, voici 10 navires qui ont sombré dans le Saint-Laurent.

1) Le naufrage de l’Elizabeth and Mary en 1690  

William Phips, vers 1640
Photo BAnQ Québec (P1000, S4, D83, PP35). Auteur inconnu.
William Phips, vers 1640

Le 10 août 1690, une flotte de 32 navires et de 2000 miliciens part de Nantasket, près de Boston. Elle est commandée par le général William Phips. Son objectif est d’attaquer Québec et de s’emparer de la Nouvelle-France. 

En arrivant à Québec, ils se heurtent à la résistance menée par le gouverneur Louis de Buade, comte de Frontenac et de Palluau. Lorsque l’émissaire envoyé par Phips ordonne à Frontenac de se rendre, celui-ci lance une phrase qui deviendra célèbre: «Je n'ay point de reponse a faire a vostre general que par la bouche de mes cannons et a coups de fuzil.» 

À la suite d'un court siège de la ville, les forces britanniques battent en retraite le 18 octobre 1690. Sur leur route vers Boston, ils rencontrent plusieurs tempêtes. Quatre navires sont perdus. Peu d'informations existent concernant les circonstances du naufrage de l'Elizabeth and Mary. Selon les récits de l’époque, la barque aurait disparu sans laisser de traces avec les miliciens de la compagnie de Dorchester à son bord.

En 1994, son épave, la plus ancienne au Québec, est découverte par le plongeur Marc Tremblay près de Baie-Trinité. Elle était immergée sous à peine quelques mètres d’eau dans l’anse aux Bouleaux.

2) Le naufrage du Corossol en 1693  

Île Corossol, dans la baie de Sept-Îles, face à la ville, 1949-1960
Photo BAnQ Sept-Îles (P60, S1, SS1, P1). Photographe non identifié.
Île Corossol, dans la baie de Sept-Îles, face à la ville, 1949-1960

Il y a plus de 300 ans, en 1692, le Corossol, une pinasse hollandaise de 200 tonneaux, était capturé par les Français. Par la suite, le Corossol, désormais navire de guerre du roi de France, se joint à une flotte de 12 vaisseaux commandés par Pierre Le Moyne d'Iberville. Arrivée à Québec de la France en juillet 1693, la flotte amène 500 soldats dans la colonie. 

Le départ de la moitié de la flotte, incluant le Corossol, s’effectue le 7 novembre 1693. Les navires quittent Québec pour la France avec pour mission d’assurer le transport et la sécurité des passagers et des marchandises entre la France et la Nouvelle-France. C’est un départ tardif. Le mauvais temps et les tempêtes auront raison du Corossol. Malmené par les éléments déchaînés, il s’échoue à l’entrée de la baie des Sept-Îles, au sud de l’île Manowin et près de l’île qui fut plus tard nommée «du Corossol» pour rappeler la tragédie. La majorité des passagers et de l’équipage meurent et la cargaison s’éparpille sur le fond marin.

L'épave est découverte en 1990 par un plongeur amateur. L’endroit devient un lieu historique national du Canada en 1995. 

3) L’armada de Sir Hovenden Walker à l’île aux Œufs en 1711  

Phare de l’île aux Œufs, 1967-1971
Photo BAnQ Québec (P967, S2, SS5, D10, P5). Photographe non identifié.
Phare de l’île aux Œufs, 1967-1971

Plusieurs années avant la conquête de la Nouvelle-France en 1759, les Britanniques ont essayé une fois de plus de s’en emparer. Le 16 avril 1711, l’amiral Hovenden Walker apprend qu’il est nommé commandant en chef d’une armada de Sa Majesté pour cette mission particulière. Le 5 juillet 1711, une partie de la flotte arrive à Boston. Le 9 août, l’expédition quitte Boston avec plus de 70 navires et 12 000 hommes. À la fin du mois d’août, le mauvais temps et le brouillard sont au rendez-vous. 

Dans la nuit du 2 au 3 septembre, huit vaisseaux font naufrage après avoir heurté de plein fouet les récifs de l’île aux Œufs, sur la Pointe-aux-Anglais. Près de 1200 personnes y perdent la vie. Chevaux et autres animaux, canons, boulets, fusils et autres débris sont éparpillés sur les grèves et dans les criques, et jusqu’aux îles voisines. 

Le 4 septembre, à la suite d’un conseil de guerre, la décision est prise d’abandonner le projet d’attaque contre Québec. La Nouvelle-France était sauve une fois de plus. C’est à la suite de cette deuxième victoire contre les Britanniques que l’église située sur la place Royale, à Québec, a été renommée Notre-Dame-des-Victoires.

4) Le naufrage de l’Auguste en 1761  

Saint-Luc de La Corne, vers 1920
Photo BAnQ Québec (P1000, S4, D83, PL12). Auteur inconnu.
Saint-Luc de La Corne, vers 1920

L’histoire de l’Auguste se déroule dans le contexte de la guerre de Sept Ans. Elle témoigne du rapatriement de certains membres de l’élite coloniale qui ont choisi de retourner en France plutôt que de prêter serment à la Couronne britannique à la suite de la capitulation de Montréal, en 1760. L’Auguste, un navire marchand d’appartenance britannique, est réquisitionné à Québec à l’automne 1761.

Parti de Québec le 11 octobre 1761, le navire fait naufrage le 15 novembre au nord-est de l’île du Cap-Breton, plus précisément dans la baie d’Aspy. Pas moins de 114 personnes périssent. Seuls sept passagers survivent, dont Saint-Luc de La Corne, qui relatera dans un livre tous les événements du voyage. Il décrit en détail les pertes ainsi que les conditions météorologiques épouvantables jusqu’au moment du naufrage.

En 1977, après plus de deux siècles au fond des eaux du Cap-Breton, l’Auguste est découvert près de Dingwall par deux groupes de chercheurs d’épaves. 

Pour en savoir plus: Journal du voyage de M. Saint-Luc de La Corne.

5) Le naufrage de l’Éléphant le 1er septembre 1729  

Saint-Joachim au Cap-Tourmente, vers 1900
Photo BAnQ Québec (P600, S6, D5, P419). Photographe non identifié.
Saint-Joachim au Cap-Tourmente, vers 1900

L’Éléphant était une flûte militaire de la Marine royale française. Elle fut construite et lancée à Brest en 1717-1718. C’était un bâtiment de charge destiné au transport de passagers et de marchandises. 

Lors de son dernier voyage, des personnalités importantes étaient à bord, notamment Mgr Pierre-Herman Dosquet, quatrième évêque de Québec, l’intendant Gilles Hocquart et le lieutenant de vaisseau Louis-Philippe de Rigaud de Vaudreuil, fils aîné de l’ancien gouverneur de la Nouvelle-France. 

Le navire quitte La Rochelle le 4 mai 1729. C’est dans la nuit du 1er septembre qu’il s’échoue sur la batture du cap Brûlé, non loin du cap Tourmente. Heureusement, l’Éléphant ne sombre pas immédiatement. Les secours sont alors organisés pour évacuer marins et passagers. Par chance, iI n’y aura pas de pertes humaines. Le capitaine du port de Québec, Richard Testu de La Richardière, effectuera trois voyages de sauvetage pour récupérer les canons, les munitions et le matériel embarqué.

6) Le naufrage de la Renommée en 1736  

Père Emmanuel Crespel, vers 1950
Photo BAnQ Québec (P1000, S4, D83, PC120). Auteur non identifié.
Père Emmanuel Crespel, vers 1950

Le 3 novembre 1736, la Renommée quitte Québec pour La Rochelle, en France. Le navire, propriété des armateurs Pascaud, est neuf. De plus, il est commandé par le capitaine Jean-Mathieu D’Amours de Freneuse, un marin ayant 46 ans d’expérience. Un total de 54 hommes, passagers et membres d’équipage, se trouvent à bord du navire. 

Le 14 novembre 1736, au cours d’une tempête qui dure depuis sept jours, la Renommée s’échoue à proximité de la pointe sud de l’île d’Anticosti. Certains membres de l’équipage et des passagers atteignent la terre ferme. Ils y passeront un hiver abominable sans provisions, sans feu et sans vêtements chauds. Plusieurs y laisseront leur vie, parmi eux le capitaine du navire. Par une chance inouïe, des Montagnais venus chasser le loup-marin au printemps leur portèrent secours. Les survivants de la Renommée ne revinrent à Québec que le 13 juin 1737.

Le naufrage et le séjour sur l’île d’Anticosti sont racontés par le père Emmanuel Crespel, récollet aumônier du navire. Vous pouvez vous plonger dans son récit en lisant les Voiages du R.P. Emmanuel Crespel dans le Canada et son naufrage en revenant de France.

7) La tragédie du brick Granicus à l’île d’Anticosti en 1829  

Placide Vigneau, vers 1920
Photo BAnQ Sept-Îles (P19, S1, SS1, P620). Photographe non identifié.
Placide Vigneau, vers 1920

L’île d’Anticosti est surnommée le cimetière du golfe pour une bonne raison. En effet, près de 400 navires se sont abîmés dans ses eaux. Parmi ceux-ci se trouve le brick Granicus. La tragédie est racontée en détail par Placide Vigneau dans ses Récits de naufrage, qui sont conservés aux Archives nationales du Québec à Sept-Îles.

Le navire est parti de Québec le 29 octobre 1828 à destination de Cork, en Irlande. À son bord se trouvaient environ 25 passagers et membres d’équipage. Quelques jours après son départ, une tempête le fait échouer à l’île d’Anticosti, entre la baie du Renard et la pointe est de l’île.

Le 8 mai 1829, un bateau de pêche en provenance des îles de la Madeleine est contraint de mouiller l’ancre pour la nuit dans la baie du Renard. Au loin, les marins voient une chaloupe amarrée sur les lieux. Trouvant cela étrange, ils mettent un canot à l’eau pour aller en reconnaissance. Leurs cris et leurs appels demeurent sans réponse. Sur la plage, ils découvrent des vêtements lacérés et tachés de sang. Les pêcheurs continuent les recherches dans une maison située à proximité. Ils y entrent et font une macabre découverte: plusieurs cadavres éventrés ainsi que des restes humains accrochés un peu partout. Dans une autre pièce, ils trouvent un homme mort, couché dans un hamac. Près de lui, un couteau de boucher recouvert de sang. 

Avant de repartir, les pêcheurs donneront une sépulture à ces malheureuses victimes. 

Pour en savoir plus: Les Récits de naufrage de Placide Vigneau viennent d'être publiés aux Éditions VLB, accompagnés de mises en contexte et d'annotations de l'Équipe de recherche Manuscrits de l'Université du Québec à Rimouski.  

8) Le naufrage du Carricks à Cap-des-Rosiers en 1847  

Phare et plage de Cap-des-Rosiers, 1951
Photo BAnQ Québec (P630, P54451-7). Photo George A. Driscoll.
Phare et plage de Cap-des-Rosiers, 1951

Le 5 avril 1847, le voilier Carricks quitte le port de Sligo, en Irlande, en direction de Québec. À son bord se trouvent 173 immigrants irlandais qui fuient la famine et les épidémies, ainsi que sept membres d’équipage. 

Le 18 avril, le navire est surpris par une tempête en remontant le fleuve Saint-Laurent. Il fait naufrage après s’être abîmé sur les récifs situés un peu au sud de l’actuel phare de Cap-des-Rosiers, en Gaspésie. Il y a 48 survivants. Les 87 victimes de cette catastrophe sont enterrées dans une fosse commune. Les survivants sont recueillis par les habitants du village. Au mois de juillet, 36 d’entre eux sont amenés à Québec; 12 personnes refusent de quitter le village. Plusieurs d’entre elles s’établiront dans le village de Douglastown et les autres à Cap-des-Rosiers.

En 2011, des ossements ont été retrouvés sur une plage de Cap-des-Rosiers, non loin de l’endroit où avaient été enterrés les naufragés. Selon le rapport du coroner, il s’agirait des restes de trois personnes d’origine européenne. Tout semble indiquer qu'il s'agit de naufragés du Carricks. 

9) Le naufrage du bateau à vapeur Montréal en 1857  

Navires au port de Québec, dont un bateau à vapeur, vers 1860
Photo BAnQ Québec (P1000, S4, D61, P7). Photo W. Notman, Montreal.
Navires au port de Québec, dont un bateau à vapeur, vers 1860

Le 26 juin 1857, vers 17h, le bateau à vapeur Montréal vient de quitter le port de Québec et remonte le fleuve en direction de Montréal. Trois cents immigrants écossais et environ 40 membres d’équipage se trouvent à bord.

Au même moment, le Napoléon remonte lui aussi le Saint-Laurent et rejoint le Montréal. Les deux équipages décident de faire une course. Les conséquences seront catastrophiques. Le Napoléon est un navire construit récemment. Il semble devoir remporter la course. Le capitaine du Montréal, M. J. C. Rudolph, donne l’ordre de produire plus de vapeur.

Malheureusement, un incendie se déclare alors que le Montréal se trouve entre Neuville et le village de Cap-Rouge. Les flammes gagnent tout le navire, qui coule en 15 minutes. L’autre bateau se portera au secours des naufragés. Malgré tout, on dénombrera 253 morts. Moins de 100 personnes seront secourues, dont plusieurs enfants. Devenus orphelins, ils furent recueillis par la St. Andrew’s Society de Montréal. 

Cent soixante-dix-neuf victimes seront enterrées au cimetière Mount Hermon, à Québec. D’autres seront rapatriées à Montréal et enterrées dans une fosse commune au cimetière Mont-Royal. Après le naufrage de l’Empress of Ireland en 1914, cette tragédie maritime est la seconde en importance sur le Saint-Laurent.

10) Le naufrage de l’Empress of Ireland à Pointe-au-Père en 1914  

L’Empress of Ireland, vers 1910
Photo BAnQ Québec (P684, D26_002). Auteur non identifié.
L’Empress of Ireland, vers 1910

Le 26 mai 1914 à 16h10, le paquebot transatlantique Empress of Ireland quitte le port de Québec en direction de Liverpool. Ce sera son dernier voyage. En raison d’un épais brouillard, dans la nuit du 29 mai, il entre en collision avec le charbonnier norvégien Storstad au large du village de Sainte-Luce-sur-Mer, à proximité de Pointe-au-Père. 

Le Storstad a heurté le paquebot à tribord, en plein centre, éventrant les salles des chaudières, qui se remplissent d’eau en très peu de temps. Par la suite, l’eau pénètre à vive allure par l’ouverture des portes étanches et inonde rapidement la cale du navire. À mesure que le paquebot se couche sur son flanc, l’eau pénètre également par les hublots ouverts. C’est la nuit et les gens dorment. C’est ainsi que beaucoup périssent sans avoir eu le temps de réagir. Le paquebot coule en 14 minutes. Mille douze personnes y perdent la vie, alors que 465 survivent. Les survivants sont pour la plupart des membres de l’équipage.

L’épave gît désormais sur le lit du fleuve Saint-Laurent à environ 45 mètres de profondeur.

Un texte de Catherine Lavoie, technicienne en documentation, Bibliothèque et Archives nationales du Québec  

  • Vous pouvez consulter la page Facebook de Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) en cliquant ici, et son site web en vous rendant ici.  
  • Vous pouvez également lire nos textes produits par la Société historique de Québec en cliquant ici.   

Sources        

  • «Épave et collection archéologique du Elizabeth and Mary», Répertoire du patrimoine culturel du Québec [En ligne].     
  • «Lieu historique national du Canada de l'Épave-du-Navire-Elizabeth and Mary», Parcs Canada, Annuaire des désignations patrimoniales fédérales [En ligne].     
  • «Les trésors de l’épave du Elizabeth & Mary (1690)», Archéolab.Québec [En ligne].     
  • «William Phips», Répertoire du patrimoine culturel du Québec [En ligne].    
  • «Épave du Corossol», Répertoire du patrimoine culturel du Québec [En ligne].     
  • «Le naufrage de l’île aux Œufs: une captivante leçon d’histoire donnée par Patrick Bourgeois», Le Manic [En ligne].    
  • «Église de Notre-Dame-des-Victoires», Répertoire du patrimoine culturel du Québec [En ligne].    
  • «Le naufrage du Carricks raconté dans un documentaire», Radio-Canada [En ligne].    
  • «Les ossements trouvés au parc Forillon seraient ceux des naufragés du navire Carricks», Radio-Canada [En ligne].    
  • 1690, L’attaque de Québec... une épave raconte, catalogue d’exposition (Musée Pointe-à-Callière, 18 avril au 24 septembre 2000), Montréal, Éditions Nota Bene, 79 p.    
  • KAVANAGH, Georges, «Le Carricks, une page tragique de l’histoire de ma famille», Magazine Gaspésie, vol. 52, no 2, 2015, p. 30–32 [En ligne].    
  • ROBITAILLE, Denis, «Il y a 150 ans: la tragédie du Montréal», Cap-aux-Diamants, no 91, 2007, p. 18-20 [En ligne].    
  • SAINT-PIERRE, David, L’Empress of Ireland, une histoire par l’image, Québec, Les Éditions GID, 2016, 165 p.    
  • VIGNEAU, Placide, Récits de naufrage, présentation et annotation des textes par Amélie Blanchette, Guillaume Marsan, Billy Rioux et Jean-René Thuot, Montréal, VLB éditeur, 2021, 257 p.
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