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James Bond, lourd comme son époque

James Bond
Photo courtoisie

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Ainsi, selon la plupart des critiques, le dernier James Bond serait le meilleur de la série.

Un film « mature », « sérieux », « profond ».

Vous voulez rire de moi ?

Je me suis rarement autant ennuyé dans une salle de cinéma !

BOND SE PREND LA TÊTE

James Bond, c’est d’abord et avant tout l’humour, l’insouciance, la désinvolture.

Le clin d’œil, le second degré, le flegme 100 % britannique. 

Ce sont des romans de gare en images, avec des gadgets invraisemblables, des îles tropicales bourrées de missiles et des mégaméchants avec des noms bizarres, pas des drames existentiels suédois !

Or, le dernier James Bond est tout sauf léger.

Plus assommant tu meurs.

  • Écoutez l'éditorial de Richard Martineau sur QUB radio: 

L’agent 007 se prend la tête. Qu’est-ce que la masculinité ? Qu’est-ce que la paternité ?

On croirait voir Max Von Sydow dans Le Septième Sceau de Bergman !

Et le film ne dure pas 90 minutes, comme n’importe quel nanar de série B qui se respecte (et qui respecte son public), mais 2 h 43 minutes !

Sophie et Richard ne sont pas bons aux fourneaux, mais ils savent cuisiner leurs invités! Invitez-vous à la table de Devine qui vient souper? une série balado originale.

In-ter-mi-na-ble !

Le « méchant » s’appelle – bonjour la subtilité – Lyutsifer Safin ! Il a des pustules plein le visage pour montrer aux spectateurs assis dans la dernière rangée qu’il est bel et bien vilain ! 

Hou le vilain ! Hou le vilain vilain !

Et il y a un autre « méchant », Ernst Stavro Blofeld, qu’on garde dans une cage comme Hannibal Lecter !

Avec des personnages aussi caricaturaux, qui feraient passer Austin Powers pour un héros de Dostoïevski, on ne se prend pas au sérieux, on déconne, on rigole, on pétarade !

On ne tire pas une tronche longue comme ça !

À L’IMAGE DE L’ÉPOQUE

Je m’ennuie de Sean Connery et surtout de Roger Moore, qui était mon James Bond préféré (de tous les 007, c’est celui qui se prenait le moins au sérieux – et quelle chanson-thème pour Live and Let Die !)...

Eux rigolaient ! Eux savaient dans quel genre de film ils jouaient ! 

Mais aujourd’hui, on est « de son temps ».

On a des « choses importantes » à dire ! Des « messages » à faire passer !

On « réfléchit » !

On « déconstruit » !

On pense lutter contre les clichés racistes en donnant un rôle de figuration à une actrice noire ! 

Pas étonnant qu’on ait demandé à la déprimante Billie Eilish d’interpréter la chanson-thème...

No Time To Die est bel et bien un film de son époque : prétentieux, sans humour, sans finesse, prenant tout au pied de la lettre – et surtout sans mémoire, complètement déconnecté de son patrimoine cinématographique.

C’est comme si Frédéric Dard, l’auteur déjanté de la série des San Antonio, s’était mis en tête d’écrire une suite à La Nausée de Jean-Paul Sartre, histoire de prouver au monde entier qu’il était un auteur avec un grand A – alors que sa grandeur, justement, résidait dans son je-m’en-foutisme et ses jeux de mots à deux balles. 

HUBERT BONISSEUR DE LA BATH

En revenant à la maison, histoire d’oublier cette bouillabaisse indigeste, j’ai regardé quelques minutes du premier OSS 117 avec Jean Dujardin. 

C’est l’antidote parfait. 

Avec ses clins d’œil gros comme la tour Eiffel, cette satire des films d’agent secret dynamite avec plus d’éclat les conventions du genre – et les valeurs étriquées de l’époque – que les 163 minutes du dernier James Bond.