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La tempête (malheureusement) parfaite

GEN-
Capture d'écran, TVA Nouvelles

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C’est à y perdre son latin. Malgré la vaccination obligatoire imposée enfin par le gouvernement Legault dans le réseau de la santé — public et privé —, des milliers de soignants sont encore non vaccinés. Il s’agit donc bel et bien de véritables récalcitrants.

Pour ceux-là, même la date butoir du 15 octobre et la promesse d’être suspendus sans solde ou, selon leur ordre professionnel, de voir leur permis suspendu ou retiré, n’y font rien.

Heureusement, ils ne représentent qu’une minorité dans le réseau. Le plus troublant est cependant de les voir préférer leur « liberté personnelle » ou leurs croyances religieuses à leur devoir éthique et moral de protéger leurs patients.

La réalité est que leur entêtement s’inscrit dans l’air du temps. Dès le début de cette pandémie mondiale, la tempête était malheureusement parfaite.

Contrairement à la pandémie de grippe espagnole de 1918-1919, tout s’alignait en effet pour un combat nettement plus ardu qu’il n’aurait dû l’être dans nos pays dits avancés.

Minées de l’intérieur

Nos sociétés ont beau être beaucoup plus riches et éduquées qu’en 1918, face à un virus aussi contagieux que la Covid-19, elles n’en étaient pas moins minées de l’intérieur.

Nos cultures hyper individualistes ont ouvert la porte au rejet par une minorité agissante de la science et des vaccins qui en sont nés.

Les médias sociaux ont permis de disséminer les pires délires antivax et anti-mesures sanitaires, issus de moult théories de complots servies à la sauce trumpienne.

Autre handicap : nous voyageons beaucoup plus qu’au début du XXe siècle. Par peur d’on ne sait trop quoi, nos gouvernements ont aussi tardé à fermer les frontières. Or, en tant que virus respiratoire, la Covid-19 adore voyager.

En Occident, dont le Québec, les dernières décennies ont aussi donné lieu à plusieurs gouvernements de droite. Obsédés par le déficit zéro, ils ont sabré entre autres les systèmes de santé et les services de santé publique.

Perte d’expertise

Au printemps 2020, que les responsables de santé publique, dont le nôtre, n’aient rien su de l’urgence de faire porter le masque contre un virus respiratoire ultra-contagieux, confirmait la perte majeure d’expertise en ce domaine.

En prévention des infections, depuis la grippe espagnole de 1918, l’efficacité du masque était pourtant archiconnue.

Malgré tout, depuis le début de 2021, avec le temps, les taux de vaccination et du port du masque — imposé il faut le dire tardivement — ont grimpé.

Dans un contexte où tout militait pour une résistance beaucoup plus grande au sein de nos populations dites modernes, une forte majorité des gens ont fini par s’y conformer. Et surtout, de le faire en comprenant pourquoi.

Reste une minorité de récalcitrants. Y compris, à la surprise générale, parmi les soignants.

Pourtant, jamais on ne dira assez à quel point la vaccination combinée aux mesures sanitaires, dont le masque, est vitale. La tragédie est qu’en même temps, les scénarios complotistes propagés sur les médias sociaux auront coûté — et coûtent encore — de nombreuses vies.

Jusque dans le réseau de la santé, les récalcitrants en sont le reflet. Ce qui, dans les cégeps et universités où ils ont été formés, devrait sonner l’alarme.

C’est pourquoi, en imposant la vaccination à tous les soignants, le gouvernement Legault a eu raison. Idem pour son ministre de la Santé, Christian Dubé, lorsqu’il tient mordicus à la date butoir du 15 octobre.