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Vous pouvez haïr Le jeu du calmar

Vous pouvez haïr Le jeu du calmar
Photo AFP

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J’écris cette chronique pour conforter ceux qui n’ont pas pu ou ne pourront pas supporter la série sud-coréenne.

Je ne suis pas entiché de ce qu’on appelle les dystopies. Même si je me rappelle avoir lu avec un certain intérêt 1984 de George Orwell, les mondes utopiques créés par la suite m’ont toujours laissé sur mon appétit. Je confesse avoir décroché de La servante écarlate après le deuxième épisode. Je ne trouvais rien d’excitant à ce troupeau de femmes en rouge destinées uniquement à la reproduction et aux courses dans les supermarchés.

Comme il arrive pour Le jeu du calmar, il s’est trouvé des exégètes pour imaginer toutes sortes d’analogies à partir de la dystopie de Margaret Atwood. Selon certains, la série préfigurait l’avènement d’un régime totalitaire. L’élection de Donald Trump et la nomination de la juge Amy Barrett, fervente catholique membre du groupuscule intégriste People of Praise, renforçaient leur théorie. D’autres y ont vu l’image d’un monde dominé par l’islamisme radical, tandis que des femmes y entendaient un cri désespéré en faveur du féminisme.

LE JEU DU CALMAR EST LIMPIDE

Avec la série sud-coréenne, pas d’équivoque. Le message est clair comme de l’eau de roche. Le jeu du calmar, c’est la représentation de la société capitaliste moderne où la compétition féroce est mortifère. Dès le premier épisode, on est fixé de brutale façon. Plus de la moitié des 456 joueurs de départ sont abattus à bout portant avec tout ce que cela comporte de sang, de cervelles éclatées et d’entrailles aux quatre vents. Un seul joueur sortira gagnant des six épreuves, plus riche de 45,6 milliards de wons (47 millions de dollars canadiens). 

Si sanglants que soient les jeux que présentent les neuf épisodes de la série, ils sont tous inspirés des jeux traditionnels des enfants coréens. Certains sont semblables à ceux de mon enfance, comme Bleu, blanc, rouge, soleil ! ou le tir à la corde.

Qu’une série qui est une allégorie aussi évidente du capitalisme sauvage origine de Corée du Sud n’a rien de surprenant. L’énorme fossé qui sépare la classe aisée du commun des mortels saute tout de suite aux yeux. En Corée du Sud, la rivalité est féroce parmi ceux qui veulent se démarquer, que ce soit en affaires, en science ou dans les arts.

UNE SÉRIE ULTRA PAYANTE 

Les habitués du Concours international de musique de Montréal connaissent le nombre démesuré de concurrents sud-coréens qui s’y inscrivent. Depuis 2002, 10 finalistes furent de Corée du Sud et, en juin dernier, sur 27 concurrents, on comptait sept Coréens du Sud, dont la grande gagnante, Sue Yeon Kim.

Ironie du sort, cette série qui dénonce le capitalisme générera des affaires d’or. Des millions de costumes et de poupées au regard qui tue seront vendus pour l’Halloween. On peut se procurer des costumes aux matricules de la plupart des personnages. Des jeux qu’on avait délaissés sont remis à la mode. Quant aux « dalgona », ces biscuits caramélisés que les participants lèchent si fébrilement dans le troisième épisode, on peut déjà en acheter à travers le monde. Les Montréalais intéressés en trouveront au dépanneur Chez Claude & Claudette, de la rue Saint-Antoine, à Saint-Henri.

Vous voulez savoir maintenant ce que je pense de la série ? Autant je me suis ennuyé en la regardant en rafale, autant je me suis régalé en mangeant les calmars à la tomate, aux poivrons et à l’ail que la série m’a fait penser de cuisiner !