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François Legault: fatigué de se battre?

Devanture Collège Dawson
Photo d'archives

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Qu’attend donc le premier ministre pour comprendre que sa réticence à étendre jusqu’à la fin du cégep l’obligation d’étudier en français pour tous les Québécois, sauf pour les anglophones historiques, témoigne de la vieille peur des Canadiens français de s’affirmer collectivement ?

Il y a péril en la demeure. Nous savons que le décompte de notre existence sur ce territoire québécois où nos ancêtres ont pris pied et où nous avons survécu à la conquête anglaise, ce morceau d’Amérique du Nord de culture française, nous glisse sous les pieds.

C’est une question de temps, un temps découpé en décennies, car la démographie qui nous a maintenus en vie, grâce à la bien nommée « revanche des berceaux », n’existe plus depuis notre entrée dans la modernité de la Révolution tranquille.

Disparition

Depuis 70 ans, en effet, trop de signes démographiques annoncent notre disparition inévitable. Notre minorisation à vrai dire, qui est déjà en train d’être encastrée dans le Canada, paradis pour les communautaristes, mais piège pour nous qui nous revendiquons comme nation. Nous sommes aux yeux d’Ottawa une minorité ethnique que l’on enfume dans des mots à connotation négative.

Nos lois distinctives sur la langue et la laïcité sont en attente d’être contestées par les tribunaux, dont la Cour suprême. Les contestations sont à l’initiative de groupes militants anglophones ou religieux et, si l’on a bien entendu Justin Trudeau, de son propre gouvernement.

Le projet de loi 96 dont le but est de freiner le déclin du français est un projet de compromis, voire de compromission. Car le premier ministre a refusé sa bénédiction à son ministre Jolin-Barrette, qui, lui, serait plus enclin à interdire l’accès des francophones aux cégeps anglophones. Précisons que plus de 40 % des étudiants du Collège Dawson sont francophones.

Deux solitudes

Le projet de loi 96 reçoit l’appui de 77 % des Québécois francophones. Or chez les Québécois de langue maternelle anglaise, seulement 5 % appuient ce projet de loi du gouvernement Legault. Donc 95 % de ces derniers s’y opposent.

Si l’on raisonne comme le premier ministre Legault, qui ne veut surtout pas susciter l’hostilité de l’ensemble des citoyens, on ne comprend pas pourquoi il propose ces modifications. Car à l’évidence, aucune loi de défense du français n’est recevable pour la communauté de langue anglaise.

Et une dure réalité chez les francophones nous saute à la figure. Ce sont les jeunes en rupture avec les combats linguistiques des générations qui les ont précédés qui ont jeté l’éponge.

Le choc des générations est brutal. Sans relève, la langue française s’en va à vau-l’eau et les valeurs qui la sous-tendent s’affaissent. La société distincte, en réalité, ne sera plus qu’une plaque d’immatriculation du temps où notre Maître était le passé.

Alors plutôt que de perdre le combat sur un projet de loi aussi faiblard, ne vaudrait-il pas mieux afin de sauver ce qui nous reste de dignité et d’honneur collectif exprimer notre désir d’affirmer la primauté du français ? Cela supposerait qu’on laisse les jeunes acquérir une langue parlée et écrite de meilleure qualité, ce qui freinera quelque peu une éventuelle assimilation alors que nous sommes encore majoritaires hors de Montréal que certains rêvent de transformer en ville bilingue affranchie du Québec et de ses nostalgies.