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Les révélations de la haine

Symbiose
Photo courtoisie Symbiose
Normand Chaurette Leméac
240 pages
2021

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Il y a une lueur de polar dans Symbiose et des lumières crues jetées sur un atelier de croissance personnelle. Mais c’est la relation tordue entre deux frères qui donne tout son éclat au roman.

Normand Chaurette est un dramaturge couvert de prix, créateur d’un univers très personnel, revisitant par exemple le mythe de Jack L’Éventreur (la pièce Ce qui meurt en dernier) ou le thème du plagiat (Le passage de l’Indiana).

Il a moins exploré le roman, mais Symbiose est aussi une œuvre où il prend à bras-le-corps et fait sien un sujet dont on a déjà largement entendu parler.

Cette fois, il s’agit de croissance personnelle. Symbiose est le nom d’une thérapie pas tout à fait au point. Ses participants sont donc des cobayes ; ils le savent, ils sont même rémunérés pour cette raison.

L’objectif ici, c’est d’extirper ce qui fait d’eux leur propre ennemi. Exploiter son agressivité, qu’elle soit tournée vers soi ou vers les autres, fait partie de la thérapie.

Pièges et testostérone

Ce sera plein de pièges et de testo-stérone ; d’ailleurs des participants se retrouveront à l’hôpital. Et ça finira par un assassinat dont on se demande qui est l’auteur.

Mais la vraie question est plutôt : qu’est-ce que chacun est allé chercher dans Symbiose ? 

Alex, le narrateur, le sait lui : comme lorsqu’il était petit, il a suivi son frère, Jay-Rémi. Et il y a tout un nuage sur leur relation, ou plutôt leur non-relation.

Pour Jay-Rémi, la maison d’Alex était celle d’une famille d’accueil qu’il a quittée quand il est parti pour l’armée le jour de ses 18 ans. Depuis, il n’a jamais donné de nouvelles, laissant à son petit frère d’adoption tout un trou au cœur.

Des années plus tard, celui-ci le croise par hasard dans son quartier, et ce, jour après jour. Même si Jay-Rémi passe à ses côtés sans paraître le reconnaître, Alex est sûr que c’est lui. 

Mais comment approcher quelqu’un qui vous ignore ? En forçant la rencontre. Donc, quand Alex comprend que Jay-Rémi s’est inscrit à Symbiose, il en fait de même. De toute manière, sa carrière d’artiste en arts visuels ne va nulle part, il n’a pas d’amis, pas d’amour, pas d’argent... Qu’a-t-il à perdre ?

Les deux frères se tourneront lentement autour, et puis tout d’un coup ça déboule : Normand Chaurette va virer à l’envers toutes nos perceptions. Il y a des fuites et des silences qui sont des preuves d’amour et ça donne de très belles pages.

Les méthodes de l’atelier de thérapie sont, elles aussi, à double tranchant. Elles excitent la partie sombre de chacun puisqu’elle est basée sur la confrontation pour transformer la haine « en énergie positive », mais elles dévoilent aussi la fragilité des participants masculins, inaudible dans nos sociétés.

Par son écriture souvent dense, par son propos – en quoi risquer sa vie dans un atelier diffère-t-il de s’aventurer dans l’espace ? – Chaurette provoque toute une réflexion. Au fond, qu’est-ce qu’un homme ?