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Des bus électriques seraient préférables au tramway

Deux experts croient que ce serait plus logique pour Québec

SRB
Illustration d’archives La Ville de Québec avait publié en 2016 cette illustration du projet de service rapide par bus, ici sur la 1re Avenue.

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La Ville de Québec fait fausse route avec le tramway et devrait envisager la seule solution « logique » pour du transport structurant : les bus électriques à haut niveau de service, estiment deux experts.

Denis Poussart est professeur émérite en génie électrique et informatique à l’Université Laval. Maintenant à la retraite, il s’est spécialisé dans l’intelligence artificielle.

Après avoir longuement étudié la question, il estime que Québec doit revoir son projet et envisager de nouveau les bus électriques à haut niveau de service pour desservir sa population. 

Ce mode avait d’ailleurs été adopté par les maires de Québec et de Lévis dans le projet de SRB, en 2015, avant d’être délaissé au profit du tramway pour la capitale uniquement.

Québec avait aussi envisagé une portion trambus dans son projet initial de réseau structurant.

Batteries performantes

La technologie a connu depuis des développements fulgurants qui justifient qu’on étudie sérieusement cette option, soutient M. Poussart.

« Les batteries ont tellement connu de progrès que maintenant, on arrive à une autonomie tout à fait raisonnable. » 

Les bus électriques à deux ou trois rames sont déjà sur le marché, soumet-il, et peuvent être utilisés selon l’achalandage de certaines portions du tracé. Il cite des villes comme Montréal, Toronto et Vancouver, qui adoptent cette approche.

Nombreux avantages

Les avantages sont nombreux, selon lui. On évite des « travaux gigantesques qui sont inutiles », puisque le bus électrique n’a pas besoin de circuler sur une plateforme dédiée sous laquelle on doit déplacer les utilités publiques.

Le tunnel en haute ville n’est pas nécessaire, on s’épargne la coupe d’arbres matures, le roulement est silencieux, les coûts sont moindres et les investissements sont étalés dans le temps, et l’utilisation est flexible.

« On ne gèle pas le futur. On pourra toujours en ajouter ou changer les routes si besoin », indique Denis Poussart.

Pour Fanny Tremblay-Racicot, professeure adjointe à l’École nationale d’administration publique, il faut non seulement envisager cette option, mais revoir complètement le réseau de transport à Québec, tout en s’assurant d’intégrer le secteur Lebourgneuf, qui est un pôle majeur de déplacements.

Une question politique

Le tramway ne réduit pas les GES à court terme, oblige à faire plus de correspondances et est « lent », fait valoir la chercheuse. « On rate la cible. »

Elle souligne que le choix du tramway, essentiellement « politique », a été fait avant la réalisation de l’étude d’opportunité, qui ne s’est pas penchée sur le SRB léger. 

Les deux chercheurs souhaitent que la question s’invite dans le débat public, en période de campagne électorale, pour qu’on prenne le temps d’évaluer cette option.

M. Poussart convient que l’idée surgit tardivement, alors que le projet de tramway a nécessité des mois de négociations entre la Ville et le gouvernement, et que le financement est bouclé.

« Il est tard, je l’admets. Mais il n’est jamais trop tard pour corriger une mauvaise position. Mais ça prend du leadership politique. 

Une solution deux fois moins chère

Le bus rapide électrique est un mode de transport structurant qui coûte la moitié moins cher qu’un tramway.

Les villes de Québec et de Lévis avaient choisi ce mode en 2015, alors qu’elles réfléchissaient à l’élaboration d’un réseau structurant qui circulerait sur les deux rives. 

À Québec, ce qu’on appelait alors le SRB (service rapide par bus) devait circuler entre le secteur des ponts et celui de D’Estimauville, en empruntant Laurier, puis en bifurquant vers la basse-ville sur le boulevard Charest. 

L’étude de faisabilité concluait à la pertinence du mode du bus rapide plutôt que du tramway, puisque ce dernier coûtait deux fois plus cher. 

Le maire Régis Labeaume, à l’époque, avait affirmé que le SRB était suffisant pour répondre à la demande sur le tracé.

Depuis le nouveau projet de tramway, présenté en 2018, on a cependant modifié le tracé, qui circule maintenant par la haute-ville et emprunte un tunnel à la hauteur de la colline Parlementaire pour descendre dans Saint-Roch.

Capacité

Les différences sont aussi notables en ce qui concerne la capacité des deux modes. Un tramway peut accueillir jusqu’à 260 passagers, contre 150 pour un autobus biarticulé, c’est-à-dire qui est composé de trois sections. 

À l’époque, on envisageait d’utiliser des véhicules hybrides au diesel et électriques. Selon le professeur émérite Denis Poussart, la technologie permet aujourd’hui d’utiliser des véhicules entièrement propulsés à l’aide de batteries, qui sont plus écologiques.

Celles-ci peuvent se recharger rapidement à une station grâce à une structure aérienne où le bus se branche, ou en fin de ligne, une fois au terminus.

Avec ou sans plateforme

Le bus électrique rapide peut circuler sur une plateforme fiabilisée, qui lui est entièrement dédiée et qui est interdite aux autres véhicules.

C’est cette option qui avait été choisie en 2015 et en 2018. Il peut aussi circuler sur des voies réservées régulières.

Dans ce cas, « les réseaux souterrains ne sont pas déviés et cela a un impact sur la qualité dans le temps du service en termes de rapidité et surtout en termes de fiabilité », notait l’étude de faisabilité.