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Programmes d'aide d'Ottawa: le bar ouvert doit cesser

Des entreprises demandent à Ottawa d’offrir des programmes d’aide plus ciblés

Michelle Doré,
Photo Stevens Leblanc Michelle Doré, propriétaire d’hôtels dans le Vieux-Québec, comme l’Hôtel Champlain, souhaite que le gouvernement fédéral ne mette pas fin aux programmes d’aide.

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Alors qu’Ottawa songe à prolonger de nouveau l’aide d’urgence aux entreprises, certaines organisations et certains PDG estiment qu’il est temps de mettre fin au bar ouvert et d’offrir des soutiens plus ciblés, et ce, au moins jusqu’à l’été 2022, pour les secteurs qui souffrent toujours. 

Ces derniers jours, la ministre des Finances du gouvernement Trudeau, Chrystia Freeland, a évoqué la possibilité de prolonger certains programmes d’aide au-delà du 23 octobre prochain. 

On peut notamment penser à la Subvention salariale d’urgence du Canada (SSUC) ou à la Subvention d’urgence du Canada pour le loyer (SUCL) qui ont soutenu les entreprises ces derniers mois durant la pandémie. 

Ottawa a également mis sur pied le Programme d’embauche pour la relance économique (PEREC), qui doit remplacer la SSUC. La fin de ce programme est prévue pour le 20 novembre.

Même si des industries affichent une meilleure mine, certains secteurs continuent d’être particulièrement touchés, comme le tourisme et l’événementiel, a récemment concédé la ministre Chrystia Freeland, ajoutant travailler sur des solutions afin de s’assurer que les soutiens seront toujours au rendez-vous. 

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Encore nécessaires

Pour plusieurs PDG et organisations dans le milieu du travail, ces coups de pouce sont encore nécessaires. Certains estiment toutefois qu’il est maintenant temps de revoir la recette de ces programmes afin d’aider exclusivement les industries dont la santé est toujours fragile.

C’est notamment le cas pour le Groupe Meloche, qui brasse des affaires dans l’industrie aéronautique. Les installations de l’entreprise tournent encore au ralenti, et ce, malgré une certaine reprise des activités. La direction aimerait que ces programmes d’aide soient prolongés jusqu’à l’automne 2022.

La direction de Bikini Village, propriété de La Vie en Rose, espère également pouvoir encore en profiter. Ces mesures ont permis au détaillant canadien de conserver du personnel, en dépit de ventes quasi nulles dans certains magasins durant certaines périodes.

La femme d’affaires Michelle Doré, propriétaire d’hôtels dans le Vieux-Québec, comme l’Hôtel Champlain, demande également à Ottawa de ne pas fermer les valves. Elle dit se battre présentement pour dénicher des travailleurs et pour retrouver ses taux d’occupation d’avant la pandémie.

Pour Émilie Gervais, travailleuse autonome dans l’industrie du bronzage, l’aide fédérale est aussi toujours la bienvenue, puisque les ventes sont toujours limitées en raison des restrictions sanitaires.

La Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI) a récemment fait parvenir une lettre à la ministre Chrystia Freeland, pour lui faire part de ses inquiétudes concernant la fin des programmes. 

Dans sa missive, elle presse le gouvernement de prolonger rapidement ces programmes. La FCEI aimerait le maintien du PEREC, de la subvention salariale et de la subvention pour le loyer, jusqu’au 31 mars 2022.

« Les PME ne s’attendent pas à ce que le gouvernement les aide éternellement, mais doivent être soutenues jusqu’à la levée de toutes les restrictions et la relance complète de leurs activités», a souligné dans un communiqué Jasmin Guénette, vice-président des affaires nationales.

Pour sa part, le Conseil du patronat du Québec (CPQ) affirme qu’il faut conserver les programmes pour les entreprises jusqu’à l’été 2022 pour quatre secteurs : le tourisme, l’aéronautique, l’hébergement et la restauration. La direction craint que l’automne et l’hiver s’avèrent encore longs pour plusieurs.

«Les programmes d’aide doivent cibler les secteurs plus lourdement affectés», répond le président Karl Blackburn. «Malheureusement, des entreprises dans des secteurs névralgiques ne passeront pas à travers. C’est pour cette raison qu’on doit cibler les aides», poursuit-il

Mieux équipés

Selon un récent sondage de la Banque Scotia, plus de 84 % des propriétaires de PME au Québec disent être mieux équipés, aujourd’hui, pour affronter la pandémie, et environ 73 % des PME canadiennes se sont prévalues d’au moins une mesure d’aide du gouvernement depuis mars 2020.

Joints par Le Journal, la Banque Nationale, la Banque Scotia et le Mouvement Desjardins ont préféré ne pas commenter la prochaine décision d’Ottawa.

La coopérative de Lévis a indiqué dans un courriel que certains secteurs «sont encore en récupération post-pandémie comme hébergement, la restauration et les arts. D’autres ont connu une croissance comme l’alimentation, la construction, le service informatique».

– Avec la collaboration de Francis Halin 

Québec veut qu’Ottawa réduise l’accès à la PCRE  

Québec joint sa voix à plusieurs PDG et estime qu’il est temps de réduire l’accès à la Prestation canadienne de la relance économique (PCRE).

« Avec la reprise générale de l’activité économique, un programme comme la PCRE devrait seulement se concentrer sur les secteurs qui connaissent une reprise plus lente », répond le ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon.

Michelle Doré,
Photo Stevens LeBlanc

Abolition demandée

Depuis plusieurs mois, des PDG et des organisations québécoises réclament publiquement qu’Ottawa mette un terme à la PCRE, qui avait été mise sur pied en relève à la Prestation canadienne d’urgence (PCU).

Surtout que le marché du travail est revenu à un niveau prépandémie au Québec et que plus de 220 000 postes étaient à pourvoir à la fin juillet. 

En raison d’un manque de personnel, certaines entreprises doivent aujourd’hui diminuer leur production ou revoir leurs heures d’activité.

La PCRE, dont le rôle est de venir en aide aux travailleurs sans emploi durant la pandémie, avait été prolongée en juillet. Elle devrait maintenant prendre fin le 23 octobre à moins qu’Ottawa décide de maintenir ce programme.

Selon le Conseil du patronat du Québec (CPQ), il est grand temps d’abolir la PCRE. Selon un sondage, 94 % des entreprises doivent, aujourd’hui, jongler avec l’enjeu de la pénurie de main-d’œuvre. 

« On devrait enlever la PCRE pour l’intégrer au programme de subvention salariale pour les entreprises. Pourquoi ? Pour leur permettre de maintenir un lien d’emploi avec leurs travailleurs », affirme le président, Karl Blackburn.

En date du 21 août, 358 440 Québécois avaient profité de la PCRE au cours des derniers mois pour un montant total de 4,07 milliards $, selon des données de l’Agence du revenu du Canada. En août, 119 250 Québécois en profitaient toujours.

La Fédération canadienne de l'entreprise indépendante demande aussi au gouvernement fédéral de modifier la PCRE afin «d’inciter les prestataires à retourner sur le marché du travail au lieu de rester chez eux». 

Selon Michelle Doré, propriétaire d’hôtels dans le Vieux-Québec, la PCRE aurait dû dès le départ être «rattachée à l’employeur et non à l’employé».

«Cela aurait permis de freiner toutes les choses ridicules que nous avons vues, comme les gens qui ont demandé la PCU pour frauder ou des personnes qui refusent, aujourd’hui, de travailler. Nous aurions dû miser davantage sur le lien d’emploi», affirme-t-elle. 

– Avec Francis Halin 

Prestation canadienne de la relance économique (PCRE)    

  • Nombre de demandeurs uniques : 358 440 Québécois  
  • Montant total déboursé : 4,07 milliards $  
  • Nombre de demandes pour la période du 1er au 14 août : 119 250   

Subvention salariale d’urgence du Canada (SSUC)   

  • Montant total déboursé au Canada : 94,43 milliards $  
  • Demandeurs uniques approuvés : 454 460   

Subvention d’urgence du Canada pour le loyer (SUCL)   

  • Montant total déboursé au Canada : 5,69 milliards $  
  • Demandeurs uniques approuvés : 210 600   

Source : Agence du revenu du Canada et gouvernement du Canada

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