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Meurtre sur Le Plateau-Mont-Royal: il a été échappé par le système

Le meurtrier allégué souffrait d’un lourd trouble obsessionnel compulsif et aurait dû être pris en charge

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L’homme accusé d’avoir tué son ex-copine en la poignardant devant des passants, mardi, à Montréal, n’a jamais pu obtenir les soins adéquats en santé mentale dont il aurait eu besoin dès son plus jeune âge, déplore une proche parente.

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« L’accompagnement en santé mentale est déficient. Ça n’a pas de bon sens de les laisser à eux-mêmes. Aujourd’hui, c’est mon cousin, demain ça va être qui ? On va encore se dire “on aurait donc dû” », souffle Sonia Pelletier, cousine de François Pelletier.

Attablée à un café, la femme de 41 ans a accepté de rencontrer Le Journal hier pour dénoncer les lourds manques en santé mentale, qu’elle constate au quotidien à titre de directrice générale dans un centre de traitement en dépendance.

L’accusé François Pelletier, 36 ans, avec en mortaise une image de son arrestation.
Captures d'écran tirée de Facebook
L’accusé François Pelletier, 36 ans, avec en mortaise une image de son arrestation.

Mardi, son cousin François Pelletier, 36 ans, aurait assassiné Romane Bonnier en plein jour sur Le Plateau-Mont-Royal. 

Il s’agit de la 17e victime d’un meurtre conjugal depuis le début de l’année.

Selon des témoins, celui-ci s’excusait tout en poursuivant son geste rageur sur la jeune femme de 24 ans.

« J’ai besoin de faire ça. Ça n’avait pas besoin de se finir comme ça. Je suis désolé. Je suis désolé », aurait-il répété.

Des policiers étudiaient mardi la scène de crime.
Photo Agence QMI, Thierry Laforce
Des policiers étudiaient mardi la scène de crime.

Impensable 

Les larmes lui montent aux yeux quand elle repense à l’horreur commise par celui qu’elle considère comme un frère. 

« C’est impensable qu’il ait pu faire ça. Il n’a jamais commis de gestes de violence de sa vie, avant. Il n’a jamais eu de dépendance. Il était hyper social, instruit. Je suis tellement désolée pour la victime et sa famille. La santé mentale n’excuse en rien le geste », souligne-t-elle. 

Mais ce qui est d’autant plus déplorable, c’est que les gens qui souffrent de troubles mentaux ne soient pas bien encadrés. 

Le lendemain, plusieurs sont venus porter des fleurs sur les lieux en mémoire de la victime.
Photo Agence QMI, Maxime Deland
Le lendemain, plusieurs sont venus porter des fleurs sur les lieux en mémoire de la victime.

Elle raconte qu’à l’âge de 3 ans, François Pelletier a dû lui-même composer le 911 pour sa grand-mère, morte d’une attaque cardiaque devant ses yeux. 

Dès lors, il a commencé à développer un lourd trouble obsessionnel compulsif, accompagné de périodes de paranoïa et de pensées obsédantes. À certains moments, il ouvrait les poignées de porte avec ses poignets ou arrêtait de manger complètement par crainte d’être contaminé. Il craignait aussi d’être suivi et écouté. 

Romane Bonnier, la femme de 24 ans tuée sauvagement.
Photo tirée d'Instagram
Romane Bonnier, la femme de 24 ans tuée sauvagement.

Il changeait constamment de téléphone ou d’appartement pour ces raisons. Sa cousine l’a hébergé à quelques reprises. 

Pourtant, ça a tout pris pour que le médecin de famille de Mme Pelletier accepte de le rencontrer. Et puisque le trentenaire ne se présentait pas aux rendez-vous, « ça s’est arrêté là », dit-elle. Il aurait aussi consulté un autre médecin à Montréal. 

Aucune stabilité

« Il n’avait plus aucune stabilité dans sa vie. [...] Sa médication, il ne l’a pas toujours prise de façon constante, parce qu’il pensait que dès qu’il ouvrait le pot, les médicaments se contaminaient », illustre-t-elle. 

À un certain point, elle l’a forcé à passer des tests dans un centre hospitalier, qu’il a ensuite pu quitter de son propre chef. 

« Ils l’ont laissé partir, soupire-t-elle. Il aurait dû être pris en charge. Ça prend des suivis constants en santé mentale. Les hôpitaux débordent. Ils nous poussent [les patients désorganisés] dans les bras, même s’ils ne sont pas aptes. »

Elle espère de tout cœur que la famille de la victime aura l’accompagnement nécessaire à la suite du drame. 

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