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Les plaintes pour profilage racial ont doublé au Québec

La Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse a vu les dossiers bondir en trois ans

Quebec
Photo Stevens LeBlanc Ludovic Dubé estime avoir subi du profilage racial à plusieurs reprises de la part de policiers. Il a été intercepté maintes fois parce qu’il était à bord de voitures de luxe.

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Les plaintes liées au profilage racial ont doublé en trois ans à la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse (CDPDJ).

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Pendant que le débat sur le racisme systémique fait rage au Québec, les plaintes en lien avec le profilage s’accumulent.

Le nombre de dossiers ouverts est passé de 46 en 2018-2019, à 76 l’année suivante, avant d’atteindre 86 en 2020-2021. Et depuis le 1er avril dernier, 30 plaintes ont déjà été déposées à la Commission.

Ce sont surtout les corps policiers qui sont visés.

« Le profilage racial doit être fait par une personne qui est en situation d’autorité, donc ça peut être des agents de sécurité, dans des écoles, mais la plupart concernent des corps policiers », précise Meissoon Azzaria, porte-parole à la CDPDJ.

Les raisons exactes de cette hausse n’ont pas été établies par la Commission, mais elle pourrait s’expliquer par une meilleure connaissance des citoyens de leurs droits.

« Dans les dernières années, il en a été beaucoup question. Il y a eu beaucoup de manifestations, le meurtre Georges Floyd, donc c’est sûr que la sensibilisation du public est plus grande », fait valoir Mme Azzaria.

Un problème pris au sérieux

Didier Deramond, directeur général de l’Association des directeurs de police du Québec, admet que cette hausse est préoccupante, mais il affirme que des efforts sont déployés pour y remédier.

« On vise de bien vivre ensemble, indique M. Deramond. On essaie d’arriver avec des solutions inclusives et durables. »

Il souhaite notamment la collaboration avec les minorités visibles et les organismes communautaires afin de faciliter la compréhension des enjeux vécus de part et d’autre.

Par ailleurs, l’École nationale de police du Québec (ENPQ) a ajouté des formations sur les enjeux sociaux liés aux minorités culturelles dans le programme de technique policière. 

« On fait des ateliers thématiques sur les enjeux de profilage racial et social et on fait la distinction avec le profilage criminel », précise Pierre Savard, directeur de la formation initiale en patrouille-gendarmerie à l’ENPQ.

Les policiers préoccupés

La Fédération des policiers et policières municipaux du Québec (FPMQ) se dit aussi sensible au problème. 

« Le fondement de la police, c’est aussi d’avoir la confiance du public. On sera toujours interpellés afin de faire mieux et d’établir ce lien de confiance », fait valoir François Lemay, président de la FPMQ.

Il insiste toutefois sur un élément important : les policiers ont le mandat d’arrêter les criminels — peu importe leurs origines — et le profilage racial ne doit pas devenir une crainte qui influence négativement leur façon de travailler. 

Intercepté sans raison au volant d’une Jaguar 

Un homme de Québec qui a déjà été intercepté par des policiers au volant de sa voiture de luxe dit être régulièrement victime de profilage racial.

Ludovic Dubé raconte qu’il a déjà été contrôlé par des policiers parce qu’il était inhabituel, selon eux, de voir une personne noire au volant d’une voiture de luxe. Il se trouvait à bord de sa Jaguar.

« Le policier disait à la dame avec qui j’étais que je n’étais pas une personne habituelle pour ce genre de voiture et lui demandait s’il y avait un problème », explique M. Dubé.

Il rapporte avoir subi un autre contrôle par un policier, sous prétexte que son nom — qui est d’origine québécoise — ne correspondait pas à l’identité d’une personne noire. Le policier croyait qu’il avait volé le véhicule, explique M. Dubé.

« Lorsqu’ils font les vérifications, ils voient mon nom et ils m’arrêtent », se désole-t-il.

Interventions automatiques

Deux autres personnes, qui ont requis l’anonymat, ont également confié au Journal avoir subi du profilage en lien avec la couleur de leur peau.

« Une fois, j’ai simplement eu un contact visuel avec un policier, et tout de suite, il a allumé ses gyrophares et a fait demitour pour nous intercepter », raconte l’homme, indiquant que le policier trouvait son comportement suspect.

Cette situation, celui qui a la peau noire l’a vécue maintes fois.

« À plusieurs reprises, à Québec ou à Lévis, les policiers, dès qu’ils voient ma tête, ils me suivent. Que ce soit pour contrôler ma plaque ou autre chose », raconte un troisième plaignant qui a demandé à ne pas être identifié.

Joints à ce sujet, les services de police de Québec et de Lévis ont refusé de commenter des dossiers précis.

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