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États-Unis: des voix s’élèvent pour réformer le plafond de la dette

États-Unis: des voix s’élèvent pour réformer le plafond de la dette
Photo AFP

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Washington | Le temps presse de nouveau aux États-Unis pour trouver un accord sur le plafond de la dette, et éviter le défaut de paiement, mais les appels se multiplient pour trouver une solution de long terme en réformant, voire supprimant, ce système.

Les élus du Congrès américain y travaillent, «plusieurs propositions» de loi ont été déposées en ce sens, a déclaré ce week-end la cheffe démocrate de la Chambre des représentants Nancy Pelosi, sur la chaîne CNN.

L’urgence du moment, ce sont les gigantesques plans d’investissement de Joe Biden, qui doivent être les marqueurs de sa présidence, et qui pourraient se débloquer cette semaine.

Une solution temporaire au plafond de la dette, qui fixe le montant d’endettement maximum que peut atteindre le pays, et sera atteint début décembre, pourrait faire partie du lot. Les démocrates espèrent décrocher un accord des républicains, qui s’y sont opposés jusqu’à présent, pour ne pas devoir assumer seuls la responsabilité d’en relever le montant.

Lorsque ce plafond est atteint, impossible d’emprunter, et, dès que les liquidités se tarissent, c’est le défaut de paiement. Un scénario inédit jusqu’à présent.

Mais face à ce risque récurrent, une réforme de ce système, devenu un argument de chantage politique, apparaît désormais, pour nombre d’élus démocrates et d’économistes, comme une mesure indispensable.

Le Fonds monétaire international a lui-même récemment pressé la première économie du monde de mettre fin aux psychodrames politiques qui ne sont «certainement pas utiles» à la bonne marche de l’économie.

Sa cheffe économiste, Gita Gopinath, a insisté sur la nécessité de trouver «une solution de plus long terme», comme augmenter «automatiquement le plafond», ou le remplacer par un «objectif budgétaire à moyen terme».

Une poignée de pays

Une des solutions pourrait être de transférer la décision au secrétaire au Trésor - ministre de l’Economie et des Finances - afin qu’elle soit décorrélée des batailles politiques.

Deux élus démocrates de la Chambre des représentants, John Yarmuth et Brendan Boyle, ont déposé une proposition de loi en ce sens fin septembre.

La secrétaire au Trésor, Janet Yellen, a indiqué, comme Nancy Pelosi, qu’elle soutenait ce texte.

Il s’agit d’éviter «une situation où nous pourrions être incapables de payer les factures résultant de ces décisions passées», avait justifié la ministre de Joe Biden, le 30 septembre lors d’une audition au Congrès.

Car, dans les faits, cela revient, pour les élus, à voter deux fois pour les mêmes dépenses.

«Le Congrès a déjà approuvé les dépenses», mais doit «voter une deuxième fois» pour le plafond de la dette, a souligné Steve Pressman, professeur d’économie à l’université Monmouth, dans un entretien avec l’AFP.

«Tout est politique», a-t-il déploré, invoquant une «bonne raison de se débarrasser de cette chose stupide. C’est économiquement dangereux, cela ne sert à rien et crée plus de problèmes que ça n’en résout». «Nous y consacrons trop de temps et trop d’efforts», ajoute l’économiste.

Le plafond de la dette existe dans «une très petite poignée de pays seulement», explique encore M. Pressman. Notamment au Danemark, où «le plafond est si élevé (...) qu’il n’y a aucun risque de s’en approcher au cours du siècle prochain».

«Eliminer la menace»

Certains appellent à aller encore plus loin, et abolir purement et simplement ce mécanisme, comme préconisé par quatre élus démocrates, du Congrès, dans une autre proposition de loi.

«Nous devrions éliminer la limite de la dette pour lever définitivement la menace de défaut et nous concentrer sur le travail urgent que le peuple américain attend du Congrès», estime l’un d’eux, le sénateur Michael Bennet.

La Chambre des représentants «étudiera les possibilités pour éliminer la menace que représente le plafond de la dette à long terme», avait assuré le numéro deux des démocrates à la Chambre, Steny Hoyer, dans une lettre transmise le 16 octobre à ses collègues.

Il n’avait pas donné d’autre détail, indiquant seulement qu’un vote à la Chambre pourrait intervenir «dès ce mois-ci».

En parallèle, démocrates et républicains doivent parer à l’urgence, alors que le Congrès n’a plus que quelques semaines pour fixer un nouveau plafond, ou le suspendre pendant plusieurs mois, voire un an ou deux. Et éviter, une nouvelle fois, un défaut de paiement