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Entrevue avec Joël Bouchard: aucune amertume malgré la séparation

L'ancien entraîneur-chef du Rocket sentait l’urgence de vivre un nouveau défi en Californie

Joel Bouchard
Photo courtoisie, Gulls de San Diego Joël Bouchard ne regrette pas d’avoir quitté le Rocket de Laval pour aller diriger les Gulls de San Diego, dans la Ligue américaine.

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SAN DIEGO | Même si son départ inattendu a causé tout un émoi quand il a choisi en juillet de quitter le Rocket de Laval, Joël Bouchard se sent plus que jamais serein par rapport à sa décision de mettre le cap sur San Diego. « Ici, tout est à construire. J’aurais fait quoi de plus à Laval ? » lance-t-il avec sa candeur habituelle. 

Lorsque Bouchard a rencontré le représentant du Journal, ses nouveaux protégés venaient de quitter la glace après un entraînement rythmé et intense. Les Gulls de San Diego, club-école des Ducks d’Anaheim dans la Ligue américaine, n’ont visiblement pas hérité d’une version différente du pilote exigeant et sans filtre qu’il était avec la filiale du Canadien.

« J’ai tout de suite senti que Bob Murray, Martin Madden et l’organisation des Ducks appréciaient ce que je faisais. Ils me laissent faire à ma façon. Ils m’ont vendu le fait que j’irais à San Diego en appliquant ma philosophie.

« C’est une équipe de jeunes joueurs et le fait d’implanter quelque chose ici me fait penser à quand je suis arrivé à Laval. J’aime ça construire. J’ai carte blanche pour y aller à ma manière », a mentionné celui qui a dirigé le Rocket lors des trois dernières saisons.

Une offre de contrat ?

Tout au long de l’entretien d’une vingtaine de minutes, Bouchard a longuement pris la peine de répondre aux nombreuses questions, fidèle à ses habitudes.

À un seul moment, on l’a senti se refermer. Il est connu que le Canadien lui a offert différentes options quand son contrat est venu à échéance en juillet. Il aurait eu l’occasion de conserver son poste ou même de graduer avec le grand club dans un rôle d’adjoint. Un peu plus de trois mois plus tard, Bouchard refuse toutefois de révéler s’il a reçu une proposition formelle de contrat avant de se tourner vers San Diego.

« Je ne veux pas entrer là-dedans parce que ça va créer des... OK, c’est enterré tout ça ! J’avais des options et on va laisser ça là », a-t-il conclu à ce sujet.

Pas de chicane

L’entraîneur de 47 ans est vite redevenu un livre ouvert quand on lui a demandé si la fin précipitée de la relation avec le CH était due à une divergence philosophique.

« À Laval, j’étais bien, je ne vivais pas d’irritants. Je ne me suis jamais dit qu’il fallait que je parte de là parce que je n’avais plus de fun. Si j’étais resté, je serais dans mes pantoufles. »

« Je n’ai pas d’ennemi à Montréal. France Margaret [Bélanger, présidente, sports et divertissement] et Geoff [Molson, propriétaire] ont été tellement gentils avec moi, autant avant que pendant et après. Marc [Bergevin, DG] m’a donné une vraie chance. Dominique [Ducharme, entraîneur du CH], c’est mon chum et on se parle encore toutes les semaines. Je ne suis pas parti parce que j’étais amer » a-t-il réitéré.

Vers la LNH

Bouchard ne l’a jamais formulé ainsi, mais à force de discuter, une impression se dégage. Il devient clair qu’il avait le sentiment d’avoir fait le tour du jardin. Le chemin vers une éventuelle promotion comme entraîneur-chef dans la LNH peut aussi sembler plus ouvert, même s’il n’en parle pas directement.

« Ça faisait trois ans que j’étais là et j’avais besoin d’être challengé. Je voulais vivre autre chose. Depuis que je suis ici, j’en ai plein les bottes et c’est ce que j’aime. Je découvre de nouveaux concepts et il y a des choses que je fais, que je ne faisais pas à Laval. »

En trois saisons sous sa férule, le Rocket est passé d’un dossier de 30-34-8 à 30-24-8, puis à 23-9-4 la saison dernière.

« Je n’aurais pas été malheureux de rester, mais j’avais besoin d’un défi. Ce n’est pas qu’il n’y avait plus de défi à Laval, mais regarde où on était au début quand je suis arrivé et où on était quand je suis parti. Il fallait que je vive autre chose. »

En frais de changement, le Québécois en vit tout un. Son équipe n’a remporté aucun de ses trois premiers matchs. Ses hommes n’ont marqué que cinq buts, le deuxième plus bas total dans la ligue à ce jour. 

« C’est pour ça que je suis là. On a des joueurs qui viennent de partout, qui apprennent à jouer ensemble. Je savais dans quoi je m’embarquais. Je suis ici pour aider à bâtir une organisation, pas pour aller à la pêche », a souri Bouchard. 

Un monde de différences  

Joel Bouchard lors d’un entraînement.
Photo courtoisie, Gulls de San Diego
Joel Bouchard lors d’un entraînement.

Lorsque Joël Bouchard quitte la patinoire après l’entraînement des Gulls, c’est le calme plat. Pas un micro, pas un journaliste local pour lui poser des questions. Rien de la frénésie du hockey au Québec.

Pour le pilote qui a toujours eu la parole facile, la pression liée au hockey dans la marmite montréalaise n’a jamais été un problème. Il a même souvent pris un malin plaisir dans la joute médiatique et découvre une tout autre réalité à San Diego, où les médias locaux ne suivent pas l’équipe sur une base quotidienne.

« Je ne suis pas venu ici pour ça. À San Diego, c’est complètement l’opposé de ce que l’on voit au Québec. On est moins scruté, donc le danger, c’est de devenir confortable. Je m’adapte à n’importe quelle situation dans mon travail, donc, pour moi, ce n’est pas plus positif ou négatif dans un endroit comme dans l’autre », a-t-il expliqué.

Habitué à la pression

Le sujet de la pression parfois étouffante est revenu à l’ordre du jour dernièrement, notamment quand Jonathan Drouin a révélé qu’il souffrait d’anxiété. Plusieurs joueurs, une fois leur séjour à Montréal derrière eux, déplorent l’omniprésence des partisans et des médias dans l’entourage de l’équipe. 

Ce serait cependant bien mal connaître Joël Bouchard que de croire que ce serait un facteur l’ayant amené à fuir sous les palmiers du sud de la Californie.

« Je peux comprendre que ça ronge certaines personnes, que ça les écorche. Personnellement, j’ai toujours aimé ça. Je n’ai jamais perdu de sommeil à cause de l’aspect médiatique. »

« J’ai toujours trouvé qu’à Montréal, on a la chance d’avoir des partisans et des journalistes qui sont extraordinaires. La journée où le club ne sera plus aussi suivi et que les estrades vont se vider, ça va devenir plate. Quand tu fais quelque chose et que le monde s’y intéresse, tu es chanceux dans la vie », croit-il.

Bouchard se dit même conscient que l’absence de pression sur les joueurs dans un marché où l’offre de divertissement est abondante peut devenir problématique.

« C’est un défi parce que même si tu en perds trois en ligne, ici il va encore y avoir de magnifiques terrains de golf. Il va encore faire beau. Il y aura encore de beaux restaurants et de belles terrasses. Quand tu fais face aux questions, tu sens que tu as une responsabilité à l’endroit des amateurs », a-t-il concédé.

Un bel environnement

S’il ne fait aucun doute que le climat clément et les paysages sublimes de San Diego procurent une belle qualité de vie, il pourrait être tentant de croire qu’en frais de hockey, le marché n’est pas vivant.

San Diego a pourtant fait connaissance avec le hockey dans les années 1940, avec différentes équipes de nombreux circuits qui se sont succédé. 

« C’est incroyable, l’ambiance. Le hockey est présent ici depuis des décennies. L’analyse du jeu par les partisans n’est pas la même qu’au Québec ou dans le reste du Canada, mais l’amphithéâtre est loin d’être vide ici. Il devait y avoir 11 000 personnes au match d’ouverture », a-t-il répliqué.  


UNE VILLE ATTRAYANTE

Joël Bouchard le répète à qui veut l’entendre : il n’est pas à San Diego pour se prélasser sur la plage ou se balader le long du port. N’empêche qu’il est difficile de ne pas se plaire dans son nouveau milieu de vie. « San Diego est considérée comme l’une des plus belles villes aux États-Unis. On a un beau mélange d’eau, de montagnes, de température, de qualité de vie. Les gens sont extrêmement gentils et détendus. L’énergie est très bonne ici et je peux comprendre pourquoi les gens veulent vivre en Californie », résume-t-il.


PAS DE COMMENTAIRE

Joel Bouchard
Photo d'archives, USA TODAY Sports

Durant son séjour à Laval, Bouchard a eu l’occasion de diriger Jesperi Kotkaniemi pendant un bref échantillon de 13 matchs. Sous sa gouverne, le Finlandais avait trouvé son rythme en récoltant 13 points. L’entraîneur aurait bien sûr voulu voir l’attaquant débloquer à Montréal, mais il préfère ne pas se prononcer sur son départ en Caroline.

« Mon focus est ici. Ce ne serait pas juste envers l’organisation qui a été super correcte avec moi que je me mette à commenter. Je suis encore les nouvelles parce que c’est ma ville et l’équipe de mon enfance, mais quand je suis sur un projet, je me concentre juste là-dessus », tranche-t-il.


LES PROPOS NÉGATIFS DE DALE WEISE

Joel Bouchard
Photo d'archives, Martin Chevalier

Récemment, l’ancien du Canadien Dale Weise a émis des propos peu flatteurs à l’endroit de Bouchard. Celui qui a joué 27 matchs sous ses ordres en 2019-2020 a laissé entendre qu’il n’avait rien d’un stratège et que l’environnement pouvait devenir toxique. « J’ai été surpris », a réagi Bouchard. J’ai reçu plein de messages textes des joueurs qui m’ont dit : “Voyons donc, c’est quoi cette affaire-là ?” Il n’y a rien de plus important que ma relation avec mes joueurs. Je sais que je suis dur et exigeant, je l’avoue, mais je fais les choses de la bonne façon. »