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Méconnaissable, «Mom» Boucher rêve de vengeance

L’ex-chef des Hells a raconté au parloir qu’il voudrait tuer plusieurs de ses anciens collègues motards

Capture d'écran
Photo courtoisie « Mom » Boucher avec sa fille au parloir de l’Unité spéciale de détention à Sainte-Anne-des-Plaines en 2015.

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Méconnaissable en prison, l’homme qui a mené les Hells Angels dans la guerre de gangs la plus meurtrière de l’histoire du Québec rêve maintenant de leur livrer une bataille sanglante.

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Les idées de vengeance de l’ancien chef des Hells sont révélées dans le livre Le Parloir – Manigances et déchéance de Maurice « Mom » Boucher, écrit par les journalistes Eric Thibault et Félix Séguin de notre Bureau d’enquête, disponible en librairie dès demain.

« Ils savent que moé, j’vas me revenger. Tous ceux qui m’ont fait de quoi... Si jamais je sors, c’est les premiers que j’vas tuer », lance Boucher dans un langage châtié alors que sa fille Alexandra lui rend visite au pénitencier à sécurité super-maximale de Sainte-Anne-des-Plaines.

Il y purge une peine à perpétuité depuis près de 20 ans pour avoir commandé les meurtres de deux agents correctionnels en 1997.

Les conversations auxquelles les auteurs ont eu accès ont été enregistrées par la police en 2015 lors du projet d’enquête Magot, mené pendant que Boucher complotait pour tenter de faire tuer le caïd Raynald Desjardins.

Le taulard, dont la dernière photo connue du public datait de 2005, a beaucoup changé. Vieilli et malade après des années au cachot, il est méconnaissable avec son embonpoint et sa grosse barbe blanche.

Il n’est plus le même
1997 Après sa première arrestation pour les meurtres des deux gardiens de prison.
1998 «Mom» Boucher est tout sourire après avoir été acquitté du meurtre des deux gardiens de prison. Il sera finalement condamné en 2002.
2000 Le chef de gang festoyait avec la chanteuse Ginette Renaud lors du mariage du Hells René «Balloune» Charlebois.
2005 La dernière photos connue «Mom» prise au pénitencier
2015 La plus récente photo connue de Maurice Boucher, qui date de l’enquête Magot
Photos : Courtoisie

Les ponts coupés

« Je les haïs pas tous, mais y en a un ostie de paquet que, oui. Si eux autres, ils y pensent pus ou ils l’ont oublié, ben moé, j’ai pas oublié [...]. Pis ça va faire mal à part de ça », crache le prisonnier de 67 ans en parlant des motards qu’il a dirigés d’une main de fer pendant les années 1990, jusqu’à sa condamnation.

Les Hells québécois ont cependant coupé les ponts avec lui en l’expulsant du gang lors d’un vote unanime de tous les membres réunis en assemblée au printemps 2014.

Pour eux, leur ancien chef fait maintenant partie « du passé », a affirmé l’un d’eux, selon des documents policiers cités dans l’ouvrage.

Boucher ne l’a jamais digéré. Il a même noté la date de son rejet dans un carnet d’adresses que les policiers ont saisi dans la cellule numéro 104 où le motard déchu passe le plus clair de son temps. Il y a écrit : « OUT-HA 22 mars 2014 ».

Sur un carnet de notes saisi dans la cellule de Boucher, les policiers ont retrouvé l’inscription OUT-HA 22 mars 2014, en référence à la date où il a été expulsé des Hells durant son incarcération.
Photo courtoisie
Sur un carnet de notes saisi dans la cellule de Boucher, les policiers ont retrouvé l’inscription OUT-HA 22 mars 2014, en référence à la date où il a été expulsé des Hells durant son incarcération.

« Le monde, ils m’aiment (sic) pas », ajoute-t-il en référence au monde des motards criminalisés, conscient que plusieurs ex-frères d’armes le tiennent responsable de leur incarcération dans l’opération SharQc liée à leur rôle dans la guerre contre les Rock Machine qui a fait 165 morts au Québec entre 1994 et 2002.

« C’est moé le pas bon »

On apprend dans ce livre que Boucher est habité par de forts sentiments de rancœur et d’injustice envers la bande criminelle dont l’effigie et les initiales étaient toujours tatouées sur son corps en 2015. Il traite certains Hells de « lâches », sans les nommer.

« J’étais tout le temps “au batte” pour eux autres, rappelle-t-il à sa fille avec amertume en faisant allusion à ses anciens confrères des Hells lors de la guerre des motards. C’est moé qui les a fait manger. Là, c’est moé qui est en prison. Pis c’est moé le pas bon. »        

  • Écoutez l'entrevue d'Éric Thibault au micro de Philippe-Vincent Foisy sur QUB Radio:   


► Boucher a été enregistré dans un parloir de l’Unité spéciale de détention, où sont gardés les pires criminels du pays, à Sainte-Anne-des-Plaines dans les Laurentides.

Sortir de prison serait « un miracle »  

Au parloir, « Mom » Boucher affirme à sa fille qu’il a « déjà (son) plan » pour exercer sa vengeance contre ses ex-frères d’armes si jamais il devait retrouver sa liberté.

Mais cela prendrait « un miracle », ajoute-t-il, pessimiste sur ses chances de quitter un jour le pénitencier.

Quand sa fille lui suggère qu’il serait un peu trop âgé pour se lancer dans une vendetta stressante, Boucher répond par la négative.

« J’ai vécu ma vie de même », précise-t-il à ce moment, en évoquant sa vie entière marquée par les conflits violents et les confrontations armées.

Rancunier « à vie »

Celui que les motards avaient surnommé « Mom » parce qu’il se comportait comme une mère avec eux avec ses questions et ses conseils exprime notamment sa haine envers un vétéran des Hells.

Boucher le traite d’« ostie d’hypocrite » en apprenant que ce motard était allé en voyage dans le Sud avec son ancienne maîtresse, qui est la mère de sa fille Alexandra.

Frustré, le taulard présume alors qu’ils n’ont pas « juste mangé des chips ensemble » lors du voyage...

« Moé je pardonne, mais j’oublie pas », dit-il, en ajoutant qu’il est rancunier « à vie ».

Déjà détenu à perpétuité, il a écopé en 2018 d’une peine symbolique de 10 ans après s’être reconnu coupable de complot pour meurtre. 

Vendredi soir, l’émission J.E, sur les ondes de TVA, sera consacrée à cette enquête menée en 2015 sur « Mom » Boucher, en plus de présenter des témoignages de membres de sa famille.     

  • Écoutez la chronique de Félix Séguin au micro de Richard Martineau sur QUB radio :    

Il déteste les délateurs et les avocats  

Maurice Boucher en a aussi gros sur le cœur contre ses anciens protégés devenus délateurs et contre les avocats qu’il qualifie d’inutiles.

Sans filtre, l’ex-chef des Hells Angels ne se fait pas prier pour cracher son venin lors de conversations avec sa fille Alexandra dont des extraits sont relatés dans le livre Le Parloir.

« Godasse, l’écœurant sale ! » s’écrie-t-il en apprenant que son ex-homme de main devenu délateur, Stéphane « Godasse » Gagné, pourrait obtenir sa libération conditionnelle.

Boucher, qui est incarcéré à Sainte-Anne-des-Plaines dans le seul pénitencier à sécurité « super-maximum » au pays, prétend que cet ancien membre du club-école les Rockers à qui il a commandé les meurtres de deux gardiens de prison en 1997 a « raconté des mensonges » au tribunal en témoignant pour la Couronne lors de son procès en 2002.

« Je me suis fait f... »

« Mom » déverse également son fiel sur les avocats, à qui il affirme avoir « donné tout [son] argent » pour assurer sa défense et « pour essayer de nous débarrasser des délateurs ».

« Je leur faisais une confiance aveugle. Mais je me suis fait fourrer », dit Boucher à sa fille Alexandra en disant avoir fait « une grosse erreur ».

Il prétend même que « les avocats sont juste là pour que tu les payes [...] parce que t’en aurais pas, pis ça changerait rien », en ajoutant que certains membres du Barreau qu’il n’identifie toutefois pas par leur nom sont des « mangeux de m... ».

  • Écoutez les explications de Jean-Louis Fortin, directeur du Bureau d'enquête de Québecor

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