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Mère d’un jeune handicapé, une médecin devra partir si Legault la force à prendre plus de patients

Dre Sylvie Del Branco
Sur la photo, avec son fils autiste Steven
Photo courtoisie, Sylvie Del Bianco La médecin de famille Sylvie Del Bianco, ici accompagnée de son fils autiste Steven et de son mari Andrews, songe à prendre sa retraite si le gouvernement Legault opte pour des mesures coercitives à propos de la prise en charge de patients supplémentaires.

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Forcer les médecins de famille à prendre en charge plus de patients pourrait provoquer une vague de départs à la retraite, alors que le quart des omnipraticiens ont 60 ans et plus. Si François Legault met sa menace à exécution, la Dre Sylvie Del Bianco, mère d’un jeune handicapé, n’aura d’autre choix que de jeter l'éponge.

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Le premier ministre a été catégorique mardi: son gouvernement déposera un projet de loi pour obliger certains médecins de famille à travailler plus. «Il y a une minorité de médecins qui ne jouent pas le jeu, qui ne prennent pas en charge assez de patients, donc on va agir», a-t-il dit.

Une stratégie qui forcera la Dre Del Bianco à prendre une retraite anticipée, après 30 ans de loyaux services, laissant bien des patients orphelins.

En plus de ses heures en cabinet au GMF, la Dre Del Bianco prend soins des détenus du pénitencier de Hull, travaille en clinique de réadaptation et œuvre auprès de clientèles ayant des problèmes de dépendance. Les besoins sont criants dans sa région, l’Outaouais.

«Mes services comme clinicienne, comme médecin, sont déjà dirigés vers des clientèles vulnérables, et ça ne me tente pas de les abandonner pour aller me taper 400 patients de plus et délaisser une [clientèle en] marge de la société. C’est ça, la réalité sur le terrain», lance l’omnipraticienne de 55 ans qui a accepté de raconter son histoire, même si sa profession est «dénigrée» par les politiciens.

Mais surtout, la docteure devra s’occuper davantage de son fils autiste, qui n’aura bientôt plus de services, puisqu’il arrive à l’âge adulte. Elle a d’ailleurs déjà commencé à transférer un peu plus de 300 de ses patients à des médecins plus jeunes en raison de cette réalité familiale. Il lui en reste 640 à l’heure actuelle.

«M. Legault veut qu’on ait plus de patients [mais] cette réalité-là [familiale], elle ne disparaît pas du portrait. On se divise en plusieurs morceaux, on donne un peu de temps ici et là, mais le temps que j’ai pour des patients en clinique, je n’en ai pas [...] pour 1000 patients!» insiste-t-elle.

La clef dans la porte

Et si le gouvernement opte pour des mesures coercitives, Sylvie Del Bianco quittera la profession. «Je mets la clef dans la porte et je prends ma retraite d’une façon que je ne voulais pas faire, car je ne voulais pas laisser mes patients sans médecin de famille.»

La docteure se désole du manque de respect envers la médecine familiale et s’inquiète de l’impact sur les étudiants, qui boudent le domaine. Pourtant, la solution passe par plus de nouveaux omnipraticiens. «On se ramasse aujourd’hui avec une gang de vieux médecins qui sont proches de la retraite et pas de relève», souligne-t-elle. Uniquement dans son GMF, ses cinq autres collègues sont en âge de réduire leur pratique.

En effet, pas moins de 26% des omnipraticiens ont 60 ans et plus, selon des données fournies par le Collège des médecins.

Les jeunes boudent la médecine familiale

Médecin de famille depuis maintenant un mois, la Dre Claudel Pétrin-Desrosiers est à même de constater que la mauvaise presse des omnipraticiens percole chez les jeunes.

«Le taux d’étudiants en médecine qui optent pour la médecine familiale diminue d’année en année. Il y avait une volonté, il y a quelque temps, d’augmenter le nombre de places en médecine familiale, mais c’est certain qu’avec le climat actuel, il n’y a personne qui veut entrer dans une profession où on nous tape sur la tête tous les jours», dit-elle.

La jeune docteure déplore qu’on ne parle pas plus du temps que prennent les omnipraticiens pour faire les suivis de dossiers, de laboratoires et de tests prescrits à leurs patients. «C’est un travail qui habite pratiquement 24h sur 24, mais ça ne se démontre pas dans des statistiques», ajoute-t-elle. 

NOMBRE DE MÉDECINS DE FAMILLE ACTIFS AU QUÉBEC 

25 à 29 ans: 681

30 à 34 ans: 1518

35 à 39 ans: 1302

40 à 44 ans: 1018

45 à 49 ans: 958

50 à 54 ans: 951

55 à 59 ans: 1239

60 à 64 ans: 1181

65 à 69 ans: 886

70 à 74 ans: 415

75 à 79 ans: 157

80 à 84 ans: 39

85 à 89 ans: 3

Total: 10 348 

Source: Collège des médecins 

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