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Les coûts explosent déjà: 600 millions $ de plus pour se payer un tramway

Modifications, retards, inflation : l’explosion des coûts se poursuit

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Illustration courtoisie Le projet de tramway s’élève maintenant à près de 4 milliards $.

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Nouvel écueil pour le tramway : avec de nouveaux dépassements de coûts totalisant 600 millions $, la facture du projet de la Ville de Québec continue d’augmenter et frôle maintenant les 4 milliards $, a appris Le Journal.

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Selon une source bien au fait du dossier, le gouvernement Legault a été informé, dans les derniers jours, que le montant de 3,365 milliards annoncé au printemps dernier a récemment été révisé à 3,965 milliards $ par le bureau de projet.

Et contrairement à ce que prévoyait un décret adopté en février 2020, l’entente approuvée en avril dernier par le Conseil des ministres mentionne que tout dépassement de coûts dans la réalisation du projet de tramway doit être partagé « à parts égales » entre les trois paliers de gouvernement. Auparavant, tout excédent devait être assumé par la Ville.

Plusieurs facteurs expliquent l’augmentation des coûts, dont l’inflation, des imprévus, la hausse des coûts d’acquisitions et le retard causé par la reprise du processus d’approvisionnement.

Au moins une année de retard

Rappelons qu’en l’absence de concurrence, la Ville de Québec a décidé, en juin dernier, de reprendre à zéro ses démarches pour trouver des entreprises en mesure de fournir le matériel roulant et de construire le tramway.

La procédure a finalement été scindée en deux volets distincts, et un premier appel de qualification a été lancé le mois dernier pour la conception du matériel roulant, la fourniture et l’entretien des rames du tramway.

Il faudra attendre jusqu’à la fin novembre avant de savoir s’il y aura plus qu’un seul soumissionnaire cette fois-ci.

Ces changements ont entraîné au moins une année de retard dans la réalisation du projet et fait augmenter les coûts de gestion.

« Pure spéculation », dit la Ville

Amener le tramway à D’Estimauville plutôt qu’à Charlesbourg (tracé précédent) s’avère aussi plus compliqué que prévu. L’ajout d’une structure qui n’avait pas été comptabilisée aurait contribué à augmenter la facture.

Du côté de la Ville de Québec, on assure que « concernant le tronçon entre Saint-Roch et D’Estimauville, il n’y a pas d’enjeu ».

Sans nier les informations obtenues par Le Journal, l’administration municipale, qui est tenue de rendre des comptes au gouvernement, a indiqué néanmoins que « toute allusion à une hausse du coût du projet de tramway est une pure spéculation ».

Quant à l’inflation et aux conditions actuelles du marché de la construction, il s’agit d’une situation qui « affecte tous les grands projets d’infrastructure en cours au pays », a souligné le porte-parole de la Ville, David O’Brien. 

– Avec la collaboration de Dominique Lelièvre 

La saga en dates  

Mars 2018

Le réseau structurant est annoncé en grande pompe par Régis Labeaume et le premier ministre libéral Philippe Couillard. Il comprend alors 23 km de tramway entre Cap-Rouge et Charlesbourg, 17 km de trambus et 16 km de voies réservées. Son coût est évalué à 3,3 G$ et sa mise en service est souhaitée en 2026.

Juin 2019

Une mésentente sur le financement fédéral est dénouée par la Ville de Montréal, qui accepte de céder 800 M$ à la capitale. Le budget de 3,3 G$ est scellé : 1,8 G$ proviennent du gouvernement provincial, 1,2 G$ du fédéral et 300 M$ de la Ville de Québec.

Février 2020

Le gouvernement Legault prévient que la Ville devra assumer tout dépassement de coût potentiel.

Juin 2020

Les coûts de la portion tramway bondissent de 700 M$, passant de 2,3 G$ à 3,1 G$ pour cette seule infrastructure. La Ville révise son projet pour respecter l’enveloppe globale de 3,3 G$. La nouvelle mouture comprend 22 km de tramway et 34,9 km de voies réservées tandis que le trambus passe à la trappe. Le maire blâme une mauvaise estimation des coûts liés à la portion souterraine, aux expropriations et au déplacement d’utilités publiques.

Novembre 2020

Un rapport du BAPE très critique déclenche de vifs échanges entre le gouvernement Legault et l’administration municipale, entre autres concernant la desserte des banlieues.

Février 2021

Le vérificateur général de la Ville de Québec met en garde que chaque année de retard dans le projet engendre des coûts supplémentaires de 100 M$.

Avril 2021

Un changement majeur est apporté au tramway à la suite d’une entente de principe avec le gouvernement Legault. On parle maintenant d’un tracé de 19,3 km entre Cap-Rouge et D’Estimauville. C’est la version du tramway la plus récente.

Mai 2021

En marge de la présentation du Réseau express de la Capitale, on apprend que l’enveloppe globale du projet de tramway passe de 3,3 G$ à 3,365 G$, soit une augmentation de 65 M$ à la charge du gouvernement du Québec. Celui-ci prendra finalement sous son aile la desserte des banlieues. Des études commandées par le gouvernement confirment par ailleurs que le choix du tramway est le plus adapté à titre de colonne vertébrale du transport collectif.

Juin 2021

La Ville annonce qu’elle reprend à zéro son processus d’approvisionnement puisqu’un seul soumissionnaire a signifié son intérêt. Elle désire susciter la concurrence en le scindant en deux. La mise en service du tramway est maintenant prévue à l’automne 2028.

Octobre 2021

Selon des informations obtenues par Le Journal, les coûts globaux du projet sont passés de 3,365 G$ à 3,965 G$.

— Dominique Lelièvre

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