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Attaques du Vieux-Québec: à Paris en mémoire de sa femme

Le conjoint d’une des victimes de la tragédie soulignera le triste anniversaire au pied de la tour Eiffel

Jacques Fortin
Photo Catherine Bouchard Quelques jours avant son départ pour l’Europe, Jacques Fortin confiait que ce voyage lui serait bénéfique pour son deuil.

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C’est au pied de la tour Eiffel et loin des souvenirs douloureux de la terrible nuit de l’Halloween 2020 que Jacques Fortin soulignera le triste anniversaire du décès de sa conjointe, Suzanne Clermont, froidement assassinée alors qu’elle était sortie fumer une cigarette. 

En Europe pour quelques semaines, l’ancien animateur de radio voit ce voyage comme une étape importante dans sa guérison pour lui permettre de tourner la page sur un sombre chapitre de sa vie. Le soir fatidique, c’est lui qui a découvert le corps ensanglanté de sa compagne, gisant au sol. 

« C’était entendu que le 31 octobre, c’était impossible pour moi d’être à Québec », a confié Jacques Fortin, rencontré avant son départ lors d’un rassemblement, comme en font régulièrement depuis un an ses voisins de la rue des Remparts. Une place a d’ailleurs été aménagée en hommage à Suzanne Clermont, près de la résidence où vivait la femme de 61 ans. Elle fait partie des sept victimes de cette tragédie.

M. Fortin se trouve actuellement à Paris, après avoir visité l’Italie et l’Espagne. « Paris, surtout la tour Eiffel, Suzanne en était une fan inconditionnelle », partage M. Fortin.  

C’est au pied du légendaire monument qu’il soulignera la mémoire de sa douce. Il lèvera son verre à sa mémoire et enfouira sous terre une tour Eiffel miniature qui lui appartenait. « Ce voyage-là sera catalyseur d’une façon très intense pour passer à autre chose. Tranquillement. » 

Encore des larmes

Celui que ses amis appellent affectueusement Coco peine à croire que cette douloureuse année ait passé si vite. 

« Je n’en reviens pas. Ça va faire un an. Pour moi, c’est comme si c’était le mois dernier, sauf que je n’ai plus les émotions et le cœur comme les semaines qui ont suivi », dit M. Fortin. Les larmes coulent encore quotidiennement et les moments de solitude, surtout le matin et le soir, lui pèsent encore. 

Mais il a retrouvé le sourire, un sourire vrai et spontané, comme avant. C’est notamment grâce à Zara, le petit chihuahua de Suzanne, et au soutien indéfectible de ses proches et de ses voisins de la rue des Remparts. « Le fait d’avoir des amis comme ça, ça m’aide beaucoup. »  

Le choix de rester 

Même si la rue des Remparts, aussi charmante soit-elle, reste à jamais le site d’un événement tragique indélébile, M. Fortin n’a jamais envisagé de la quitter. 

La façade de l’appartement de Suzanne Clermont et Jacques Fortin, sur la rue des Remparts, a été un lieu de recueillement plusieurs semaines après la tragique soirée.
Photo d'archives, Stevens LeBlanc
La façade de l’appartement de Suzanne Clermont et Jacques Fortin, sur la rue des Remparts, a été un lieu de recueillement plusieurs semaines après la tragique soirée.

« Déménager ? Oui, très bien, parfait. Mais pour aller où ? s’est-il questionné. Je n’ai aucun intérêt à partir, je serais malheureux. Mes amis, mes voisins font partie de mon retour à la vie, ma réhabilitation. C’est une pièce du puzzle qui est majeure, donc je vais rester. » 

Son fils a aussi emménagé à proximité peu après le drame, ce qui lui apporte beaucoup de réconfort.  

S’il continue de s’accrocher, c’est surtout par amour pour Suzanne. « Ou bien tu abdiques, puis tu t’enlèves la vie, ou tu décides de lutter pour continuer à vivre pour celle que tu as aimée. Si je m’enlevais la vie, c’est certain que je me ferais recevoir avec une brique et un fanal par Suzanne », lance-t-il en souriant.  

Un ange veille sur lui 

Et dans les mauvais moments, il sait qu’il pourra toujours compter sur le soutien d’un ange précieux. 

« Suzanne est là. Je sais qu’elle est avec moi. Il y a des choses qui arrivent et c’est plus que l’effet du hasard. Elle m’accompagne et elle sera toujours avec moi. » 

Le deuil de sa compagne lui fait réaliser une chose que seuls les gens qui ont perdu un être cher peuvent comprendre. 

« Les gens que vous aimez, ne perdez pas de temps, et dites-leur. Dites-leur le plus souvent possible que vous les aimez, car vous ne savez pas quand ce sera la dernière fois. »  

La tragédie a resserré les liens sur la rue des Remparts  

Le voisinage de la rue des Remparts se réunit régulièrement avec Jacques Fortin, à gauche, dans ce qu’ils appellent le « Salon de Suzanne ». Ce lieu de rassemblement est situé sur cette même rue, là où une plaque commémorative a été installée sur un banc de parc.
Photo Catherine Bouchard
Le voisinage de la rue des Remparts se réunit régulièrement avec Jacques Fortin, à gauche, dans ce qu’ils appellent le « Salon de Suzanne ». Ce lieu de rassemblement est situé sur cette même rue, là où une plaque commémorative a été installée sur un banc de parc.

Ce sont les moments difficiles qui souvent révèlent les vraies amitiés et les citoyens de la rue des Remparts l’ont bien vécu. Leurs liens d’amitié se sont resserrés pour traverser ensemble cette année difficile.

Le parcours a été parfois ardu, mais leur volonté de tourner la page sur la tragédie qui a ébranlé leur quartier est palpable.

« J’ai développé, avec Jacques surtout, une belle relation d’amitié qui m’apporte beaucoup. Notre vécu de cet événement nous a définitivement unis pour la vie. Vivre l’horreur ensemble nous aura au moins apporté ce lien fort », fait valoir Marie-France Rioux, une urgentologue qui a porté assistance à Suzanne Clermont le soir des événements.

Jacques Fortin en compagnie de Marie-France Rioux, une voisine et amie qui a tenté de sauver sa conjointe, Suzanne Clermont.
Photo Catherine Bouchard
Jacques Fortin en compagnie de Marie-France Rioux, une voisine et amie qui a tenté de sauver sa conjointe, Suzanne Clermont.

La veille du premier anniversaire de la tragédie rend fébrile le voisinage, qui demeure malgré tout déterminé à ne pas laisser ce mauvais souvenir prendre le contrôle de son quotidien. 

« Le cheminement se fait graduellement. J’aime autant ma maison, mon voisinage, mes amis. On fait le maximum pour demeurer en sécurité, mais nous avons un quartier très sécuritaire. Nous sommes plus méfiants et il y a des passants qui nous semblent plus louches, mais je crois que c’est normal », partage Mme Rioux.

Un souvenir difficile

Aujourd’hui, elle choisit de se concentrer sur ce qui lui est arrivé de beau et positif après la tempête. « Ce ne sera jamais un beau souvenir, mais c’est du passé. Et ça ne définit pas notre quartier. Au contraire, ça me donne envie de voir les voisins, de les connaître et de rendre hommage à Suzanne, qui était un pilier dans ce groupe que je commence à côtoyer de plus en plus », poursuit-elle.  

Un automne de souvenirs

Elle souhaite aussi redonner à l’Halloween son sens joyeux. « Avec le froid et les feuilles d’automne, ça peut ramener des émotions reliées à l’événement. En me désensibilisant, c’est déjà mieux et j’ai bien hâte de passer ma première Halloween avec ma fille de deux ans. C’est tellement une belle fête », estime-t-elle.

Judit, une voisine qui participe régulièrement aux rassemblements de voisins, témoigne elle aussi des liens qui se sont resserrés entre eux depuis la triste soirée.

« C’est rendu plus fort », souligne-t-elle, ajoutant qu’elle ne veut pas se souvenir que du drame. 

« Je ne veux pas mettre ce jour dans mon calendrier. Je pense à Suzanne tous les jours, et à nos belles soirées d’été. C’est ça que je veux commémorer », insiste-t-elle.

Camilo Bermudez, gérant au Manoir des Remparts, a une pensée pour ses voisins à la veille du triste anniversaire. « L’Halloween, ça me remmènera toujours ça dans la tête », confie-t-il.

Néanmoins, il garde en tête que la tragédie est un événement isolé. « On se sent bien ici. C’est juste un mauvais souvenir », fait-il valoir.

Une voisine de Mme Clermont admet ressentir de la tristesse à l’arrivée du 31 octobre. 

« Je vais y être, à la commémoration, mais [avec le cœur gros]... c’est un très mauvais souvenir », laisse tomber Jeanne Picard.  

UN DRAME QUI A FAIT 7 VICTIMES 

Deux personnes ont perdu la vie 

François Duchesne - 56 ans

Jacques Fortin
Photo courtoisie

  

  • Administrateur du MNBAQ     
  • Attaqué sur la rue du Trésor        

Suzanne Clermont - 61 ans 

Jacques Fortin
Photo courtoisie

  

  • Coiffeuse     
  • Attaquée sur la rue des Remparts        

Cinq personnes ont été blessées

Rémy Bélanger - 37 ans  

  • Musicien     
  • Attaqué à la place d’Armes    
  • Blessé gravement aux hanches, aux omoplates, à la gorge, au crâne et perte d’un doigt         

Pierre Lagrevol - 26 ans  

  • Attaqué sur la rue de Buade    
  • Blessé à la tête et à l’épaule         

Lisa Mahmoud - 24 ans  

  • Coiffeuse     
  • Attaquée sur la rue de Buade    
  • Blessée gravement à la main et à l’avant-bras gauche ainsi qu’à l’épaule droite         

Gilberto Porras - 19 ans  

  • Attaqué sur la rue des Remparts    
  • Blessures à la tête et à une main        

Victime mineure - 17 ans  

  • Attaquée sur la rue des Remparts    
  • Blessures inconnues         

NDLR : Il s’agit de l’âge des victimes au moment du drame.

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