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Hausse record en 10 ans: l'exode des infirmières vers les agences privées s'amplifie

Elles sont 19 % de plus que l’an dernier dans les agences

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Photo courtoisie Jessica Leblanc a délaissé l’hôpital où elle travaillait pour une agence de placement.

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Le nombre d’infirmières qui travaillent dans des agences privées a bondi de 19 % dans la dernière année seulement, une hausse jamais vue en 10 ans.

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C’est ce que révèle le plus récent Rapport statistique sur l’effectif infirmier, produit par l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (OIIQ) et publié lundi.

Au 31 mars 2021, 2761 infirmières et infirmiers, au total, exerçaient la profession pour le compte d’une agence de placement de personnel ou de soins privés. 

C’est 400 de plus que l’année précédente. Au total, le privé retient près de 10 % de toutes les infirmières de la province.

Problème de rétention

Le président de l’Ordre, Luc Mathieu, est catégorique. Il n’y a pas de pénurie d’infirmières, mais un problème de rétention.

« Ça fait 10 ans qu’il y a une augmentation régulière du nombre d’infirmières au Québec [...] Mais si on continue comme ça, on pourrait avoir 90 000 infirmières et décrier encore des situations de pénurie dans le réseau public », dit-il, appelant un vaste changement de culture et l’amélioration des conditions de travail.

Selon lui, les agences offrent « une porte de sortie » aux infirmières qui cherchent plus de contrôle sur leur horaire de travail, par exemple.

Mais il souligne que cette vaste migration est récente, car le nombre d’infirmières travaillant en agences était en baisse depuis le sommet de 2012.

Bien que « désastreux », ces chiffres ne sont pas « surprenants » pour le bioéthicien Bryn Williams-Jones, de l’École de santé publique de l’Université de Montréal. La pandémie a fait exploser un problème déjà existant dans le réseau, dit-il.

« Pour ma santé »

Âgée de 33 ans et comptant trois ans d’expérience comme infirmière, Jessica Leblanc est l’une de celles qui ont quitté le public pour travailler en agences.

« C’était pour ma santé personnelle et ma famille », dit la maman de deux enfants. Travaillant de nuit, temps plein, à l’Hôpital Charles-Le Moyne, elle était stressée par la surcharge de travail, au point d’en faire de l’eczéma et de l’insomnie.

Elle n’avait pas l’impression d’offrir des soins sécuritaires et elle se sentait peu encadrée. Elles n’étaient que deux infirmières pour 30 patients en gériatrie.

Maintenant dans une agence privée de soins , elle travaille à temps partiel, soit sept jours d’affilée et sept jours de congé, et gagne un taux horaire qui est près du « double » de son ancien salaire.

Elle pourvoit un poste de nuit dans une ressource intermédiaire et elle donne des soins à une personne à domicile. 

« On peut vraiment donner le meilleur de soi-même », plaide-t-elle.

Elle serait prête à revenir au public pour aider, mais seulement à temps partiel, et actuellement, le gouvernement ne le permet pas. 

À ceux qui l’accuseraient de faire partie du problème en quittant son emploi, elle présente ses excuses. Mais elle estime offrir de meilleurs soins à ses patients aujourd’hui. 

NOMBRE D’INFIRMIÈRES ŒUVRANT AU PRIVÉ

2020-2021 2761 (3,7 % de tout l’effectif)

2019-2020 2329

2018-2019 2227 (3,1 % de tout l’effectif)

2017-2018 2596

2016-2017 2751

2015-2016 2656

2014-2015 2893

2013-2014 3220

2012-2013 3463

2011-2012 2569 (5,3 % de tout l’effectif)

Source : Ordre des infirmières et infirmiers du Québec

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