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3e lien : il faut remettre les pendules à l’heure

3e lien : il faut remettre les pendules à l’heure
Photo d'Archives, Stevens LeBlanc

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(En réaction à la sortie des ministres Bonnardel et Julien)

Quelle ne fut pas notre surprise de lire les arguments des ministres pour dénoncer les « faussetés » autour du troisième lien. À les croire, tout le monde est dans l’erreur... sauf eux. À notre tour, donc, de dénoncer les faussetés. Faisons un tour rapide des arguments rapportés dans l’article publié dans les pages du Journal.  

• À lire aussi: Le ministre Bonnardel «tanné» des mensonges sur le 3e lien

Le troisième lien ne polluera pas puisque les autos seront électriques. La production des batteries des voitures n’est pas nécessairement écologique. Tenons-nous le pour dit : favoriser l’utilisation de la voiture est tout sauf écologique. Certes, la production de GES en sera moins importante, mais comme le soulignent eux-mêmes les ministres : la production globale sera moindre à ce compte... même sans troisième lien (selon leurs propres chiffres). 

Le premier ministre lui-même, en chambre, a avoué que le troisième lien n’était pas une solution écologique, et ce malgré une sortie récente d’une de ses ministres à ce sujet. Après tout, la voiture électrique ne règlera pas non plus les problèmes de congestion, qui eux, génèrent des coûts substantiels à chaque année.  

  • Écoutez l'entrevue de Philippe-Vincent Foisy avec Jean Dubé, économiste, professeur agrégé au Centre de recherche en aménagement et développement, sur QUB radio:   

Dans le futur...

Toujours selon les ministres, les opposants au troisième lien ont « de la misère à se projeter » dans le futur. Encore faut-il réellement avoir effectué un tel exercice, ce qui n’a tout simplement pas encore été fait. Et si la génération qui nous suit avait des visées différentes en termes de mobilité? Et si nos enfants et petits-enfants avaient, supposons, de « vraies » considérations environnementales? Et si l’avenir, tel que le suggère le ministre Bonnardel, était le transport collectif? Que ferons-nous alors d’un autre projet autoroutier à Québec, une ville déjà bien dotée de telles infrastructures? Que ferons-nous de l’étalement urbain qui en découlera? Comment desservirons-nous ces nouvelles banlieues? Alors que plusieurs communautés peinent à être desservies adéquatement par des infrastructures de transport au Québec, il semble que la solution pour régler plusieurs problèmes du nouveau millénaire soit... un tunnel à Québec. Pourquoi se rabattre sur les paradigmes du passé pour prévoir le futur? Utiliser la même « recette » des années 1970, alors qu’on en mesure aujourd’hui tous les impacts négatifs, ne produira vraisemblablement pas de résultats différents. 

La circulation

Toujours selon les ministres, l’augmentation de la circulation sera essentiellement liée aux « utilisateurs des ponts » et à la démographie. Les ministres semblent, encore une fois, négliger un consensus dans la littérature scientifique : l’augmentation de l’offre autoroutière génère une augmentation induite du trafic. Les gens adaptent leur comportement à ce qu’on leur offre : plus de possibilités en automobile = plus de circulation automobile. La science ne pourrait être plus claire. Et puisque la CAQ se targue d’écouter la science, pourquoi ne serait-elle pas bonne cette fois-ci? Et non, la science ne se limite pas à la recherche autour de la pandémie. 

Finalement, selon les ministres, l’étalement sera freiné par la protection des terres agricoles. Supposons que, pour une fois, la CAQ n’écoutera pas l’opinion populaire et tiendra son bout. Est-ce à dire que l’étalement ne se produira pas? C’est oublier que les villes et villages avoisinants n’ont pas nécessairement consommé la totalité de leur périmètre habitable. Il y a donc place, encore, à de l’étalement urbain. À moins que, à force de sorties publiques, on arrive à nous convaincre que tous les villages autour de Québec et Lévis ne font que ça... de l’agriculture. Sans zone pour habiter les lieux, aucune? 

Bref, les arguments apportés par les ministres sont, malheureusement, au mieux des demi-vérités, au pire des faussetés. Ce n’est pas en faisant des sorties publiques pour dénoncer une situation qui ne nous plait pas que celle-ci s’avère vraie. Soyons un peu sérieux, messieurs les ministres, votre sortie est tout simplement ... remplie de faussetés, et ce... pour dénoncer de soi-disant faussetés. Répéter la même chose à qui veut l’entendre ne crée pas une vérité : ça entretient essentiellement le cynisme envers les politiciens, les décideurs publics et les organismes gouvernementaux. 

Nous comprenons que dans ce « débat » autour du troisième lien, il y a surtout une joute politique, et, au final, assez peu de place pour la science. De grâce, ne tombons pas dans la parodie du pêcheur : à savoir qui pourra raconter l’histoire la plus invraisemblable possible. 

François Des Rosiers

Jean Dubé

Jean Mercier

Emiliano Scanu

Marie-Hélène Vandersmissen

Dominic Villeneuve

Claude Lavoie

Membres du Centre de recherche en aménagement et développement (CRAD), Université Laval