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Les médecins de famille morts de rire

Le ministre, Christian Dubé, a reculé hier sur la vaccination obligatoire pour le personnel de la santé.
Photo Agence QMI, Joël Lemay Le ministre, Christian Dubé, a reculé hier sur la vaccination obligatoire pour le personnel de la santé.

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« Ils ont plié sur la vaccination obligatoire... ils vont plier dans leurs négos avec nous, c’est clair ! »

C’est ainsi qu’un observateur bien informé du monde de la santé – et des négociations qui s’y tiennent – m’a résumé hier la très probable réaction des médecins de famille face à la dernière volte-face de Québec.

La Fédération des omnipraticiens du Québec (FMOQ) notera que c’est le troisième recul du gouvernement Legault en matière de vaccination obligatoire du personnel de la santé : la date butoir devait être le 15 octobre. Puis, il l’a repoussée au 15 novembre. Puis, l’a éliminée.

« Un recul biblique ! » s’amusait à l’autre bout du fil mon truculent observateur, évoquant les trois reniements de l’apôtre Pierre.

  • Écoutez l'entrevue avec Yves Lamontagne, ex président du collège des médecins au micro de Richard Martineau sur QUB radio :

Effet

Les menaces pour les non-vaccinés n’ont certes pas été sans effet. Le ministre de la Santé Christian Dubé a soutenu hier que, depuis la commission parlementaire de la fin août, quelque 15 000 se seront laissés convaincre. Actuellement, 97 % des effectifs seraient adéquatement protégés.

Refuser d’être vacciné tout en travaillant dans le système de santé ne sera pas sans conséquence. Les réfractaires risqueront d’être mutés loin des patients vulnérables. Ils devront continuer à subir trois dépistages hebdomadaires. Et ceux qui refuseront risqueront la suspension sans solde.

Risques de l’ultimatum

L’argumentaire de M. Dubé est compréhensible. Et gérer ce type de situation n’est ni simple ni facile.

Il reste que le gouvernement a perdu beaucoup de crédibilité dans l’usage de l’ultimatum.

D’où l’éclat de rire des médecins de famille, que mon observateur imaginait. Le gouvernement Legault les menace depuis trois ans de sanctions ; il les avertit que si les négociations n’aboutissent pas, il déposera une loi implacable les forçant à prendre davantage de patients en charge.

Ont été évoquées des pénalités de rémunération (comme celles que permettait la loi 20 du ministre libéral Gaétan Barrette... que ce dernier n’a pu appliquer). Ou encore des quotas de patients à respecter, comme le même ancien ministre avait menacé d’adopter (sans pouvoir le faire).

L’ultimatum est une arme qui s’émousse vite. Celui qui en abuse et qui en plus n’actualise jamais ses menaces risque de perdre en autorité, en crédibilité.

Ligne rouge

Dans le monde des relations internationales, le président américain Barack Obama était sorti affaibli, en 2012, dans un épisode célèbre où – dans un contexte évidemment plus dramatique – il avait envoyé un ultimatum. L’usage d’armes chimiques par le régime syrien contre son propre peuple serait une « ligne rouge » à ne pas franchir, avait déclaré le président. Bachar El-Assad, président syrien, a quand même posé le terrible geste. Les États-Unis ne firent rien, ce qui consacra leur impuissance.

Dans un tout autre contexte – je le répète –, le gouvernement Legault a tracé une « ligne rouge » afin de convaincre le personnel de la santé réfractaire. La pénurie de main-d’œuvre l’a finalement empêché de tenir son bout. Il n’avait plus le choix que d’effacer la ligne.

Les médecins, acteurs dominants du système de santé, travailleurs prétendument autonomes, en auront pris bonne note. On comprend pourquoi M. Dubé a qualifié son recul d’hier de « moins pire des décisions ».

Il entend déjà les médecins s’esclaffer.