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Let’s go Brandon

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Photo AFP

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Oui, je sais, le titre est anglais. N’ayez crainte, je ne suis pas l’émule de Michael Rousseau, je reprends simplement un slogan de plus en plus populaire chez les opposants de Joe Biden.

Pour ceux et celles qui l’ignoreraient, on scande fréquemment «Let’s go Brandon» dans de nombreux rassemblements qui ne sont pas forcément politiques. L’origine de la formule est d’ailleurs un peu cocasse. 

Le Brandon du slogan est un coureur automobile de la série Nascar, Brandon Brown. Lors d’une interview à la suite d’une rare victoire, un journaliste du réseau NBC tentait d’expliquer aux téléspectateurs ce que criait la foule derrière le coureur. Alors que les gens présents s’époumonaient à crier «F***k Joe Biden», il a préféré dire en onde que la foule scandait plutôt des encouragements adressés au héros du jour.   

Depuis le début octobre 2021, «Let’s go Brandon» équivaut donc à «F***k Joe Biden», signe d’un mécontentement de plus en plus grand à l’égard de l’administration démocrate. Le slogan joue sur le ridicule et peut faire sourire, la frustration est bien réelle.  

J’évoquais il y a peu la très mauvaise performance de Joe Biden dans les sondages. Rattrapé par la pénible sortie d’Afghanistan, la faiblesse de la reprise économique et les affrontements fratricides du clan démocrate, le 46e président a reçu un autre coup brutal dans la soirée de mardi. 

Les résultats pour les élections aux postes de gouverneur en Virginie et au New Jersey ont de quoi inquiéter les stratèges. S’il y a une chose dont nous sommes certains, c’est que «Let’s go Brandon» est plus qu’un slogan pour ridiculiser l’administration démocrate, c’est aussi un indicateur solide de la mobilisation des républicains. 

Cette mobilisation n’est plus l’apanage des seuls partisans de Donald Trump. On parle d’un regroupement plus large qui rêve d’en découdre aux élections de mi-mandat de 2022. Les républicains sont déjà très efficaces pour «faire sortir le vote». Les démocrates y sont parvenus à quelques reprises, la campagne de 2020 en est un exemple, mais il leur faut déjà retrousser leurs manches et investir les champs de bataille. 

Au-delà de la mobilisation importante des opposants, Biden et les démocrates devraient avoir tiré d’autres leçons des résultats de mardi. Peu importe leurs prétentions, les démocrates les plus progressistes apparaissent de plus en plus déconnectés des besoins de trop nombreux électeurs. Ces derniers se sentent au mieux ignorés, au pire méprisés. 

Qu’on soit en accord ou pas avec la définition très large du terme «woke» par les républicains, l’étiquette suffit maintenant à elle seule à discréditer des idées ou des candidats. Dès qu’on agite l’épouvantail, l’électorat se refroidit. Un slogan comme «defund the police», coupons les vivres aux services de police, a fait des ravages dans certaines circonscriptions. 

L’analyse des chiffres pointe également en direction d’une administration qu’on considère de plus en plus comme incapable. Alors que la présidence et les deux chambres sont démocrates, on s’attendait à une flopée de nouvelles initiatives, alors que le bilan est plutôt mince. 

On peut bien sûr montrer du doigt les sénateurs démocrates les plus conservateurs, Sinema ou Manchin, pour expliquer l’impasse à Washington, mais les Bernie Sanders et Alexandria Ocasio Cortez ne peuvent renier une part de responsabilité, tant leur poids est important dans le groupe progressiste. 

À ce sujet, Sanders et les autres progressistes influents appuyaient une candidate étiquetée socialiste à la mairie de Buffalo. Lors des primaires démocrates, India Walton, appuyée par l’élite progressiste, était parvenue à déloger le maire sortant Byron Brown.  

Ce dernier a servi tout un camouflet aux progressistes en revenant comme indépendant. Plus gênant pour les progressistes, le nom de Brown ne figurait pas sur les bulletins de vote. Il fallait donc que les électeurs l’inscrivent à la main, une pratique autorisée et parfaitement légale.  

Il y a donc peu de bonnes nouvelles pour les démocrates depuis un bon moment et les élections de mardi ne font que confirmer l’étendue des dégâts. Que le gouverneur sortant du New Jersey s’impose par moins de 1% alors que Biden y a devancé Trump par plus de 14% devrait suffire à confirmer la nécessité de revoir la stratégie. 

Parmi les résultats plus intéressants ou encore parmi les rares victoires dont on pourrait s’inspirer, je note deux éléments: la victoire de Michelle Wu, première femme de couleur à la mairie de Boston, et celle d’Eric Adams à la mairie de New York. 

Dans le cas d’Adams, il a mené les primaires démocrates, puis l’élection à la mairie, de manière très pragmatique. Pas de grandes envolées idéologiques ou philosophiques, plutôt des problèmes concrets comme l’économie ou la sécurité.  

Bien sûr, il l’emporte dans un bastion démocrate, mais sa stratégie devrait inspirer les stratèges de Washington. Ces derniers se retrouvent dans la difficile situation de jouer les équilibristes entre les plus conservateurs et les progressistes. À ces derniers, on pourrait faire valoir la réussite d’Eric Adams, un modèle qu’on pourrait appliquer aux circonscriptions, particulièrement les banlieues, qui ont échappé aux démocrates mardi. 

Dans la journée de vendredi, les démocrates et le président Biden pourront peut-être annoncer qu’ils sont enfin parvenus à une entente autour des deux généreux plans de relance du président. Ce dernier en a désespérément besoin, mais il aura besoin de bien plus que ça pour faire contrepoids à la mobilisation d’une base républicaine qui ne s’arrêtera pas de sitôt de scander «Let’s go Brandon».