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Mairie de Montréal: match de revanche entre Valérie Plante et Denis Coderre

Les principaux aspirants à la mairie de Montréal se préparent depuis longtemps

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Photo d'archives, Agence QMI Denis Coderre et Valérie Plante lors du Face-à‑face Montréal 2021 sur les ondes de LCN, le 21 octobre dernier.

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L’affrontement revanche opposant Valérie Plante à Denis Coderre pour la mairie de Montréal se prépare des deux côtés depuis des années. En vue de cette guerre de personnalités, les deux partis ont effectué un recentrage, au point où leurs engagements sont presque devenus « bonnet blanc, blanc bonnet », estiment des experts. Il s’agit d’une lutte sans merci. 

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La quête d’une image plus humaine et vulnérable  

Denis Coderre, chef de Ensemble Montréal
Photo Agence QMI, Toma Iczkovits
Denis Coderre, chef de Ensemble Montréal

Présentation d’une image plus humaine, lancement d’un livre, des élus sondés très tôt. Tout porte à croire que Denis Coderre a préparé son retour des années avant l’annonce de sa candidature à la mairie.

Dominique Scali, Le Journal de Montréal

« Déjà en 2018-2019, il communiquait individuellement avec des élus pour voir s’il avait des appuis », rapporte un élu d’Ensemble Montréal qui a requis l’anonymat.

Au terme de sa cuisante défaite de novembre 2017, Denis Coderre a quitté la politique municipale. 

« Je pense que c’était calculé. Ça envoyait un message qui disait : moi, je ne suis pas un chef de l’opposition, je suis un maire », interprète Véronique Tremblay, élue dans Verdun avec Équipe Coderre et maintenant candidate pour Projet Montréal.

En janvier 2019, M. Coderre posait avec des gants de boxe, transformé par une grande perte de poids. 

« Il soufflait toujours un peu sur les braises », note Kathleen Lévesque, professeure à l’École des médias de l’Université du Québec à Montréal (UQAM). 

« Denis Coderre est une bête politique qui adore les micros [...] Il est toujours resté actif publiquement. »

De son côté, M. Coderre affirme avoir pris sa décision de revenir en politique au début de l’année 2021. « Je n’ai pas perdu mes amis », a-t-il dit en entrevue éditoriale pour expliquer ses contacts téléphoniques avec des élus.

 Regardez l’entrevue QUB radio de Benoit Dutrizac avec Denis Coderre :

Crise personnelle

Dans son livre, Retrouver Montréal, paru en mars dernier, il raconte avoir vécu une « crise personnelle » après sa défaite 2017. Il y compare sa résilience à celle de sa ville. 

Celui qui était auparavant critiqué pour son arrogance ose maintenant afficher sa vulnérabilité et tente d’apparaître comme un homme changé.

Le maire du baseball et des grands événements parle maintenant de verdissement et de concours de design pour recouvrir le boulevard Décarie. 

« Il va même plus loin que Mme Plante quand il parle de densification », note l’urbaniste Danielle Pilette. 

Candidats embarrassants

Mais a-t-il vraiment changé sa façon de gérer ? Voilà la question que plusieurs analystes se posent. 

Chose certaine, la campagne n’a pas été de tout repos. Il a dû larguer des candidats et même un aspirant-conseiller, comme l’ex-boxeur Ali Nestor, accusé de voies de fait et d’agression sexuelle. 

Il a aussi dû défendre son candidat Antoine Richard après que notre Bureau d’enquête a révélé ses pratiques interdites lors de flips immobiliers. 

Puis il a refusé pendant plusieurs jours de dévoiler ses revenus et la liste de ses clients avant de le faire en imitant Valérie Plante. 

Mais pour Bernard Motulsky, professeur en communication publique à l’UQAM, ces accrocs n’auront pas eu de grand impact sur la campagne.

« Depuis quelques semaines, on a retrouvé le Denis Coderre qui a la réputation de faire arriver les dossiers », pense-t-il.  

50 000 NOUVEAUX LOGEMENTS

Il promet de développer 50 000 nouveaux logements, dont 10 000 logements sociaux. Il souhaite aussi créer un registre des baux et une banque de logements pour les familles se retrouvant à la rue le 1er juillet. Il compte augmenter le nombre d’inspecteurs en salubrité. Il s’engage à ne pas hausser les impôts fonciers au-delà de 2 % l’an prochain. Les années suivantes, les taxes seront maintenues à l’inflation. 

PLUS DE POLICIERS

Il s’engage à embaucher 250 policiers dès le début de son mandat. Il souhaite aussi équiper les policiers de caméras portatives. Par ailleurs, le nombre de travailleurs de rue dans Montréal-Nord sera bonifié et un financement pluriannuel sera accordé aux organismes qui œuvrent à prévenir la violence chez les jeunes. 

RECOUVRIR L’AUTOROUTE DÉCARIE

Il propose de réaliser une étude de faisabilité pour recouvrir la « cicatrice urbaine » qu’est l’autoroute Décarie par des espaces verts et installations urbaines. La première partie réalisée serait celle entre les chemins Queen-Mary et Côte-Sainte-Catherine. 

Projet Montréal tente de miser sur un visage moins radical  

Valérie Plante, cheffe de Projet Montréal
Photo d'archives, Agence QMI
Valérie Plante, cheffe de Projet Montréal

Souvent vu comme un parti radical, Projet Montréal a adopté une approche différente une fois à la mairie, dans le but d’être réélu demain soir. La voie choisie par Valérie Plante, qui a causé bien des remous dans sa formation, saura-t-elle convaincre les Montréalais ?

Dominique Cambron-Goulet, Le Journal de Montréal

La réélection était placée en tête des priorités de la mairesse Plante dès le début de son mandat, écrit Daniel Sanger, un ex-employé politique de Projet Montréal, dans son livre Sauver la Ville, publié cet automne aux éditions Écosociété. 

« [Luc] Ferrandez dit que, dans les semaines qui suivent l’élection, Plante lui déclare que la chose la plus importante pour elle est d’être réélue en 2021, pas nécessairement de livrer la plateforme du parti », écrit M. Sanger. 

Tôt dans son mandat, la mairesse a décidé de resserrer le message, après avoir essuyé des critiques sur sa hausse des taxes au-delà de l’inflation et la fermeture du chemin Camilien-Houde aux voitures. 

« Ça ne pouvait pas aller de crise en crise pendant quatre ans », se souvient un ancien proche de la mairesse, qui a requis l’anonymat.

Le fantôme de Coderre

Valérie Plante essayait aussi de tempérer certaines positions de son parti pour « parler au milieu économique », affirme notre source. 

« Le fantôme de Coderre a traîné dans la tête de gens [de Projet Montréal] très longtemps », avoue-t-il.

« On croyait, peut-être à tort, que certains groupes économiques voulaient le ramener », juge la professeure à l’Université du Québec à Montréal Danielle Pilette, qui croit que cela explique en partie que les propositions des candidats soient plus similaires qu’en 2017.

Tiraillements internes

Selon Daniel Sanger, dans la première année au pouvoir de Projet Montréal, il y a des « tiraillements » entre les tenants de « l’approche Plateau », rapide et radicale, et les élus plus modérés.

Par exemple, certains « disaient que si on faisait des actions radicales et rapides, on ne serait plus là dans un deuxième ou un troisième mandat », dit M. Sanger en entrevue.

Après 18 mois, Luc Ferrandez a quitté la mairie du Plateau–Mont-Royal en déplorant justement un manque d’actions pour protéger l’environnement. 

D’autres élus se plaignaient aussi d’une allergie à la dissidence et ont quitté le parti par la suite, notamment les conseillers Christine Gosselin et Christian Arseneault. 

En entrevue, Mme Plante assure ne pas avoir eu « peur de prendre des décisions difficiles ». 

« Si je n’avais pensé qu’à ma réélection, est-ce que j’aurais mis en place le Réseau express vélo sur Saint-Denis ? » dit-elle.

En campagne, elle s’est tout de même éloignée de la position de ses militants et de son candidat vedette, Will Prosper, sur le définancement de la police.

M. Prosper a d’ailleurs été la principale épine dans le pied de Mme Plante, après que Le Journal a révélé qu’il avait été contraint de démissionner de la GRC il y a 20 ans. Il était soupçonné d’avoir partagé des informations d’enquête à des criminels.

60 000 LOGEMENTS ABORDABLES 

En 2017, Valérie Plante avait promis de faire construire 6000 logements sociaux et 6000 logements abordables en quatre ans. Un objectif qu’elle dit avoir atteint bien que son bilan compte des milliers de logements inoccupés. Cette année, la mairesse sortante s’est engagée à construire 60 000 logements abordables en dix ans et a prévu 800 M$ pour acheter les terrains. Mme Plante a aussi promis de créer un registre des baux pour les immeubles à 8 logements et plus.

LES DEMEURES MODESTES MOINS TAXÉES 

Valérie Plante s’est engagée à réduire le taux de taxation pour les premiers 500 000 $ de valeur foncière des immeubles résidentiels. La mairesse sortante a déjà mis en place la même mesure pour les édifices commerciaux en 2019. Tout comme Denis Coderre, Valérie Plante a promis de limiter les hausses de taxes foncières à 2 % pour la première année du mandat.

50 % PLUS DE VÉHICULES EN LIBRE-SERVICE 

La mairesse sortante a promis de réduire le prix des vignettes des véhicules en libre-service (VLS) pour que ceux-ci se multiplient. Une proposition aussi présente dans la plateforme de Denis Coderre. Elle espère ainsi augmenter de 50 % le nombre de VLS pour que ceux-ci puissent desservir une plus large part de Montréal. 

Un 3e candidat à la mairie qui a su se démarquer  

Le chef de Mouvement Montréal, Balarama Holness
Photo Agence QMI, Joël Lemay
Le chef de Mouvement Montréal, Balarama Holness

Balarama Holness est parvenu à attirer l’attention grâce à ses positions tranchées sur le bilinguisme à Montréal, une réussite compte tenu de son statut de troisième candidat à la mairie de la métropole.  

Nora T. Lamontagne, Le Journal de Montréal

« On peut détester certaines de ses idées, mais au moins on est conscient qu’il existe », note Daniel Béland, directeur de l’Institut d’études canadiennes de l’Université McGill. 

Cette récente notoriété est d’autant plus remarquable que le chef de Mouvement Montréal était peu connu du public au début de la campagne, et qu’il a été écarté de certains débats. 

Or, ses propositions de faire de Montréal une cité-État et de tenir un référendum pour en faire une ville bilingue lui ont permis de se démarquer. 

Les sondages indiquent qu’il a surtout séduit les électeurs anglophones et allophones de l’île, plutôt que les francophones.

Difficilement réalisables

« Ces deux communautés ont un certain nombre de propositions et de récriminations, et ils ont trouvé en Holness un véhicule pour s’exprimer », avance Rémy Trudel, ancien ministre des Affaires municipales. 

Tous les experts consultés par Le Journal s’accordent pour dire que les deux projets phares du parti sont très peu réalistes, vu leurs ramifications politiques et constitutionnelles. 

« Mais en tant que troisième candidat, il n’a pas le fardeau de présenter un programme de gouvernance réalisable, contrairement à Plante et à Coderre », souligne la professeure en politique à l’Université du Québec à Montréal (UQAM) Caroline Patsias. 

Une union tumultueuse

Pour mettre toutes les chances de son côté, Mouvement Montréal a fusionné avec Ralliement pour Montréal à la fin septembre. 

Citant des divergences d’opinions concernant le statut linguistique de Montréal et le définancement de la police, Marc-Antoine Desjardins, co-chef de la nouvelle formation avec M. Holness, a jeté l’éponge quelques semaines plus tard. Sept autres candidats l’ont imité depuis. 

Malgré ces revers, la performance de Balarama Holness et de son équipe pourrait faire pencher la balance d’un côté comme de l’autre dans une élection municipale où rien n’est encore joué.

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