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La «science-friction» de i/O

i/O
Photo courtoisie, Jérémie Battaglia La créatrice Dominique Leclerc s’intéresse à l’impact des nouvelles technologies sur nos vies et sur l’avenir de l’humanité.

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Le futur est déjà là et il est en train de nous changer à jamais.

C’est la proposition de la pièce i/O, créée par Dominique Leclerc. Dans cette démarche qui pige à la fois dans sa propre vie et dans du documentaire en passant par le récit, l’autrice y conteste l’impact des nanotechnologies, des biotechnologies, de l’informatique et des sciences cognitives sur l’individu et sa société. Celle qui s’intéresse à fond aux conséquences des nouvelles technologies sur la nature humaine refuse ainsi de voir le futur comme étant tout noir ou tout rose. 

« J’essaie avec ce spectacle de créer une autre projection qui ne constitue pas des utopies et des dystopies », mentionne-t-elle en entrevue téléphonique. « Le problème de la science-fiction, c’est que c’est toujours dystopique, dit-elle. Cela finit toujours mal. Chaque fois qu’on se présente dans le futur, on voit toujours des catastrophes. »

Dominique Leclerc rejette donc ce scénario, tout comme celui du mouvement transhumaniste sur lequel elle se penche dans un projet documentaire pour l’Office national du film qui sert de base pour sa pièce. Ce mouvement place beaucoup d’espoir en la science pour résoudre tous nos problèmes comme la souffrance, la maladie et même la mort.

« On me fait miroiter que la technologie peut tout régler, mais quand je vis en 2021, c’est le bordel ! » affirme-t-elle en riant.

Pour preuve, elle évoque dans son œuvre un événement personnel qui est loin d’être drôle, soit la mort de son père paraplégique durant la pandémie. « Il n’a pas reçu les soins qu’il aurait dus, déclare-t-elle. Il est décédé des ratés du système. Son histoire vient s’opposer à ce récit positif des futurologues. »

L’autrice qui sera sur scène avec ses deux compagnons de documentaires, Jérémie Battaglia et Patrice Charbonneau-Brunelle, nomme ainsi son approche de la « science-friction ».

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Dominique Leclerc comprend pourquoi les humains adoptent de nouvelles technologies qui viennent régler divers problèmes et elles saluent les avancées. Mais elle déplore le peu de débats autour de ces impacts.

« Je trouve qu’on n’en discute pas assez, note-t-elle. Avec la numérisation, notre mémoire est en train de changer. Nos souvenirs sont partagés avec des entreprises comme Facebook. Cela modifie nos relations. »

Avec les progrès en science, le prolongement de la vie ou même l’abolition de la mort bouscule notre nature humaine. Toutes ces questions techniques et existentielles obsèdent Dominique Leclerc.

« Je ne suis plus capable d’enlever ces maudites lunettes, confie-t-elle. C’est difficile de revenir dans le présent. On dit que le secret du bonheur, c’est d’être dans le présent, je suis en train de passer à côté ! » lance-t-elle avec une pointe d’humour dans la voix.


i/O sera présentée au Centre du Théâtre d’Aujourd’hui dès le 16 novembre.