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Prostitution: un site de rencontres d’ici utilisé par des proxénètes

Des mineurs sont recrutés par des pimps sur cette plateforme destinée aux ados

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Un site internet québécois de rencontres pour adolescents sert de plateforme de recrutement pour des pédophiles et des proxénètes, ce qui inquiète la police et la justice.

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Plus de 300 000 jeunes et moins jeunes partout à travers le monde sont inscrits sur MyLOL, qui se qualifie de réseau de rencontres pour ados de 13 à 19 ans. 

Le site a été fondé en Australie en 2013 puis racheté par un Québécois en 2015.

« Le fait que ce soit un site pour adolescents attire les prédateurs », affirme Me Mélanie Dufour, procureure de la Couronne spécialisée dans les dossiers d’exploitation sexuelle.

Me Dufour constate que les criminels recrutent de plus en plus leurs jeunes victimes via des applications et le web.

Il sera notamment question de ce phénomène à l’émission J.E diffusée ce soir à 21 h sur les ondes de TVA.

Nous publierons également, dans notre édition de demain, une liste de 20 applications qui sont utilisées comme plateforme de recrutement par les proxénètes, un peu comme MyLOL. 

  • Écoutez la chronique de Félix Séguin au micro de Richard Martineau sur QUB radio :   

Faux comptes 

Selon les conditions d’utilisation de MyLOL, il est interdit à toute personne de plus de 19 ans de s’y inscrire. 

Nous y avons cependant trouvé des profils d’hommes qui s’affichent ouvertement comme âgés de 20 ans et plus. 

D’autres s’y inscrivent avec de faux âges et de fausses photos.

MyLOL offre la possibilité de géolocaliser ses membres, qui peuvent s’échanger des photos, et communiquer en direct par le biais de chat rooms, par écrit ou par vidéo. 

Notre Bureau d’enquête a pu consulter la copie d’une conversation tenue en 2020 sur MyLOL entre un homme et une jeune fille d’âge mineur qu’il voulait recruter.

« T’as quel âge ? » lui demande-t-elle.

« 34 ans. Enlève tes vêtements », lui répond-il sans autre détour.

L’homme demande ensuite à la jeune fille de danser pour lui.

Un problème pour plusieurs sites

Le propriétaire de MyLOL, Benoit Tessier, nous a expliqué par courriel qu’il était conscient du problème.

« C’est complètement inacceptable que les proxénètes puissent faire du recrutement sur les réseaux sociaux. Nous avons tous le même problème, Fortnite, Snapchat, Facebook, etc. Nous travaillons tous à trouver de meilleures solutions pour contrer ce problème », a-t-il affirmé.

M. Tessier reconnaît qu’« il n’existe pas encore de façon d’identifier parfaitement un utilisateur sur le web ».

En entrevue, la ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault, a expliqué que 17 enquêteurs seront désormais affectés à temps plein pour traquer la pornographie juvénile sur le web.

« On veut mettre en place une façon de faire avec les policiers qui va être le moins pénible possible pour la victime, puis on va capturer des proxénètes et des clients abuseurs », a-t-elle dit.

Ces enquêteurs travailleront au sein de la nouvelle équipe intégrée de lutte contre le proxénétisme (EILP), dont la ministre a fait l’annonce en juin.

– Avec la collaboration de Denis Therriault

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