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Aline: un hommage à son idole

FILM "ALINE " de VALÉRIE LEMERCIER
Photo courtoisie, Gaumont Valérie Lemercier dans une scène d’Aline, sa comédie dramatique librement inspirée de la vie de Céline Dion.

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Valérie Lemercier se doutait bien que son projet de comédie dramatique librement inspirée de la vie de Céline Dion serait accueilli avec scepticisme au Québec, où la diva de Charlemagne est considérée comme une fierté nationale. C’est pourquoi l’actrice et réalisatrice française s’est empressée de rassurer le public québécois sur ses intentions : son Aline, qui prend enfin l’affiche chez nous jeudi prochain, a été conçu avec beaucoup d’amour et de bienveillance.  

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Ainsi, contrairement à ce que plusieurs ont craint lors du dévoilement de la bande-annonce du film, il y a un an, Aline n’a rien d’une parodie. C’est plutôt un hommage à Céline et à son histoire d’amour avec René Angélil que Valérie Lemercier propose avec son nouveau film, son sixième comme réalisatrice. 

« C’est peut-être ce qu’on attendait de moi, mais l’idée de parodier Céline ne m’a jamais effleuré l’esprit », a assuré Valérie Lemercier lors d’un entretien téléphonique accordé au Journal à la fin octobre. 

« Au contraire, on a fait attention à tout : les costumes [qui ont été créés par la costumière Catherine Letterier], l’image, le son et la musique [les chansons sont interprétées par la chanteuse Victoria Sio]. Je voulais que tout le monde soit beau et qu’on sente bien l’amour de cette famille. Je voulais lui rendre hommage. »

Grande admiratrice de Céline, Valérie Lemercier (Les visiteurs) tenait à interpréter elle-même le personnage central de son film, Aline Dieu, une jeune chanteuse québécoise dotée d’une voix en or qui deviendra une grande star internationale. Elle est toutefois bien consciente que le public de la Belle Province scrutera à la loupe son accent québécois.

« J’entends bien que pour vous, Québécois, il aurait été préférable que le rôle soit tenu par une actrice québécoise, lance-t-elle. Mais moi, je n’ai pas cherché du tout une autre actrice. J’ai fait six films et j’ai joué dans chacun d’entre eux. Ça fait partie de moi. Mon plaisir, c’est d’écrire et de jouer ce que j’ai écrit. Je sais que mon accent québécois est approximatif, mais je me suis améliorée depuis le tournage du film. Si je tournais le film aujourd’hui, je crois que mon accent serait meilleur ! »

Doté d’un budget de 33 millions $, Aline a été tourné sur une période de quatre mois en France, en Espagne, à Las Vegas et au Québec. Pour écrire le scénario du film, Valérie Lemercier a fait équipe avec la scénariste Brigitte Buc, une complice de longue date. C’est elle qui a conseillé à Lemercier de se donner plus de liberté en changeant les noms des personnages.

« Elle a eu raison, parce que Céline existe et qu’on la connaît très bien, souligne-t-elle. Je crois qu’on était obligés de faire un pas de côté pour pouvoir la raconter d’une autre façon et rendre certaines choses plus cinématographiques. 

« Forcément, je parle aussi un peu de moi dans le film. Par exemple, je lui fais faire des œufs au plat et écouter la radio. Ce sont des choses que je fais. Mais ce ne sont pas forcément des choses que Céline fait. Je la fais aussi errer dans les rues de Las Vegas. C’est peut-être quelque chose que j’aurais fait, moi. Mais elle, elle ne peut pas errer comme ça dans les rues de Las Vegas. Elle est trop connue. On est obligé de mettre un peu de soi quand on fait un film comme ça. On doit y mettre son cœur et son corps. »

Un film d’amour

Ce n’est pas un hasard si l’histoire d’amour entre Céline Dion et René Angélil est au cœur d’Aline. En lisant tout ce qui a été écrit sur Céline, mais aussi sur René, Valérie Lemercier a été charmée par cette histoire d’amour. 

« Quand on fait ce genre de film, on doit faire des choix. Il faut faire des choix. Et moi, ce qui m’a frappée, c’est cette histoire d’amour. C’est ça qui m’a semblé unique, exemplaire et très beau. Ne serait-ce que de montrer lui qui rit, parce qu’elle le fait rire. J’adore voir les couples qui rient encore. C’est cette connivence entre eux qui m’a intéressée, mais aussi, bien sûr, l’amour de cette famille. J’ai fait ce choix-là de parler d’elle à travers cette histoire d’amour. »

Céline a-t-elle vu ou approuvé le film ? Valérie Lemercier se fait poser ces questions à tout coup depuis qu’elle a commencé à faire la promotion d’Aline, il y a un an (la sortie du film a été retardée d’un an en raison de la pandémie). Réponse courte : non, Céline n’a pas vu le film. Mais Valérie Lemercier espère qu’elle acceptera de le voir un jour.

« La première chose que j’ai faite, quand le scénario a été terminé il y a quelques années, c’est que je l’ai donné à la gérante française de Céline, relate Valérie Lemercier. Elle l’a lu et elle m’a dit : je vois comme vous l’aimez et je vois toute la bienveillance que vous avez mise dans le film. Ça l’a rassurée. 

« Par la suite, je leur ai proposé de leur montrer des photos des acteurs et des costumes du film, mais ils n’ont pas voulu. Mais je comprends très bien que Céline veuille se tenir à l’écart de cela. Je crois qu’en ce moment, elle a d’autres chats à fouetter. Elle doit récupérer sa santé et on a tous été un peu inquiets d’apprendre qu’elle avait dû reporter ses spectacles à Las Vegas. Le film est le cadet de ses soucis et on peut comprendre. »  


► Aline prend l’affiche au Québec le 25 novembre.

« C’est ma nouvelle famille » 

Le film raconte l’histoire d’amour entre Aline (Valérie Lemercier) et son gérant et mari, Guy-Claude (Sylvain Marcel)
Photo courtoisie
Le film raconte l’histoire d’amour entre Aline (Valérie Lemercier) et son gérant et mari, Guy-Claude (Sylvain Marcel)

Valérie Lemercier ne tarit pas d’éloges à l’égard des comédiens québécois qui jouent à ses côtés dans Aline et qu’elle ne connaissait pas du tout avant le tournage. « C’est le sixième film que je réalise et je n’avais jamais vu avant des acteurs aussi enthousiastes, aussi bons et aussi généreux qu’eux. C’est ma nouvelle famille », confie-t-elle.

Pour l’actrice et réalisatrice française, il était primordial de s’entourer de plusieurs acteurs québécois pour mettre en scène un film librement inspiré de la vie de Céline Dion. Dès le début du projet, elle dit avoir fait valoir ce point auprès des producteurs du long métrage.

« Pour moi, c’était essentiel, clame-t-elle. Imaginez 40 Français en train d’essayer de parler avec un accent québécois. Ça aurait été dramatique. On aurait été pathétiques ! Déjà qu’à moi, ça cause des problèmes. Imaginez si on avait demandé à Gérard Depardieu et Josiane Balasko de jouer aussi des personnages québécois. Ça aurait été horrible ! »

Elle dit avoir dû batailler avec certains partenaires financiers du film pour faire accepter l’idée de confier des rôles importants à des acteurs québécois totalement inconnus en France. 

« Mais quand ils ont vu le film, ils ont fermé leur bec, parce que c’était tellement évident, lance-t-elle. Et ce n’est pas juste une question de langue. C’est aussi un état d’esprit. Peut-être qu’il aurait fallu aussi que l’actrice qui joue Aline soit québécoise... Mais en tout cas, on sauve les meubles avec ces acteurs québécois. Ils ont tous été tellement bons, drôles et contents d’être là. J’ai développé un lien très fort avec eux. »

FILM "ALINE " de VALÉRIE LEMERCIER
Photo courtoisie

De belles découvertes

Valérie Lemercier avoue qu’elle ne connaissait aucun des acteurs québécois d’Aline avant d’entreprendre le casting de son film. C’est la directrice de casting québécoise Nathalie Boutrie qui l’a guidée dans ses recherches.

« Elle a eu le nez creux parce que certains des acteurs qu’elle m’a proposés ont été choisis en cinq minutes à partir d’une photo. Roc Lafortune, il n’y avait pas un doute que c’était le père d’Aline. C’était évident pour moi. Il a quelque chose dans le regard et dans ses yeux. »

C’est aussi Nathalie Boutrie qui lui a fait découvrir Danielle Fichaud (la mère d’Aline), Pascale Desrochers (une sœur d’Aline) et Antoine Vézina (un frère d’Aline).

Quant à Sylvain Marcel, qui a hérité du personnage de Guy-Claude Kamar (le rôle inspiré de René Angélil), Valérie Lemercier l’a tout simplement trouvé sur internet en tapant sur Google « acteurs comiques québécois ». Elle a immédiatement été séduite par la douceur de son regard.

« C’est drôle parce que Sylvain est venu hier dans mon atelier à Paris. Il a montré mon ordinateur et il m’a dit : c’est là-dessus que tu m’as trouvé, relate-t-elle en riant. C’est vrai que Sylvain, je l’ai trouvé sur internet, comme pas mal de femmes ont trouvé leur mari ! »

Un rôle sur mesure pour Sylvain Marcel 

Sylvain Marcel incarne Guy-Claude Kamar, librement inspiré de René Angélil.
Photo courtoisie
Sylvain Marcel incarne Guy-Claude Kamar, librement inspiré de René Angélil.

Sylvain Marcel avoue avoir été méfiant quand son agent l’a contacté il y a environ trois ans pour lui dire que l’actrice et réalisatrice française Valérie Lemercier voulait le rencontrer pour discuter d’un rôle dans son prochain film. « Je lui ai dit que si c’était pour un genre de Surprise sur prise, je n’avais pas la tête à ça et que je n’avais pas envie de niaiser avec ce genre de chose », relate en riant l’acteur.  

Son agent l’a toutefois rassuré immédiatement : non, ce n’était pas un gag. 

« Quand il m’a confirmé que c’était bien vrai, je suis allé faire une recherche sur internet pour voir sur quoi Valérie Lemercier travaillait à ce moment-là », indique Sylvain Marcel. 

« C’est là que j’ai pu voir qu’elle écrivait un film sur Céline. Je me suis dit : quel beau projet ! Quand je l’ai rencontrée, elle m’a demandé si je savais pour quel rôle elle avait pensé à moi. Je lui ai dit : tu cherches ton René, et je peux te dire tout de suite que tu l’as trouvé. »

FILM "ALINE " de VALÉRIE LEMERCIER
Photo courtoisie

Trouvé sur internet

Fait cocasse : c’est en tapant « acteurs québécois comiques » sur Google que Valérie Lemercier a découvert le visage de Sylvain Marcel pour la première fois. 

 Elle dit souvent à la blague que comme bien des femmes, elle a trouvé son homme sur internet », rigole l’acteur québécois.

Même si son personnage de Guy-Claude Kamar est directement inspiré de René Angélil, Sylvain Marcel a voulu éviter de tomber dans le piège de l’imitation ou de la caricature. 

« Au Québec, on a souvent fait des parodies de Céline et René. Mais moi, ça ne m’intéressait pas de faire ça. J’ai demandé à Valérie quelles étaient ses intentions et elle m’a rapidement rassuré en me disant qu’elle ne voulait pas se moquer d’eux et qu’elle voulait raconter l’histoire d’amour de ce couple qui a conquis la planète au complet. Ça m’a convaincu d’embarquer dans le projet. »

Le rôle d’une vie pour Danielle Fichaud 

Danielle Fichaud joue un personnage inspiré de Thérèse Dion dans le film Aline.
Photo courtoisie
Danielle Fichaud joue un personnage inspiré de Thérèse Dion dans le film Aline.

Danielle Fichaud n’y va pas par quatre chemins pour décrire l’importance du personnage de la mère d’Aline dans sa carrière. « C’est le rôle de ma vie », dit-elle sans hésiter. 

« Dans Aline, j’ai pu faire tout ce que j’aime dans mon métier. J’aime être drôle, j’aime péter des coches, j’aime faire des scènes où on ne parle pas et on fait juste donner de l’amour, j’aime les scènes qui commencent bien, mais qui se terminent mal. Bref, tout ce que j’aime faire en tant qu’actrice se retrouve dans ce rôle-là », résume la comédienne québécoise en entrevue au Journal.

C’est la directrice de casting québécoise Nathalie Boutrie qui a suggéré à Valérie Lemercier le nom de Danielle Fichaud pour le personnage du film inspiré de Maman Dion. 

« Valérie avait demandé à Nathalie Boutrie de trouver la Josiane Balasko du Québec pour ce rôle, explique Danielle Fichaud. J’ai passé une audition et ç’a l’air qu’au bout de deux minutes, Valérie et Sylvain se faisaient déjà des signes pour se dire que c’était moi [qui devait avoir le rôle]. Il faut dire que je m’étais bien préparée. »

Le personnage d’Aline Dieu (Valérie Lemercier) entouré des membres de sa famille.
Photo courtoisie
Le personnage d’Aline Dieu (Valérie Lemercier) entouré des membres de sa famille.

Pour se préparer, justement, Danielle Fichaud a commencé par lire la biographie de Thérèse Dion. Elle a aussi visionné en boucle ses émissions de télé. « Mais c’est en regardant des vidéos de sa famille sur Facebook que j’ai vraiment découvert le personnage. C’est là que j’ai trouvé son humour, sa bienveillance, son leadership et son côté entrepreneur », souligne l’actrice qui a récemment décroché un autre rôle en France, dans une comédie de Noël mettant en vedette Franck Dubosc.

Cours d’accent québécois

Sur le plateau de tournage du film, Danielle Fichaud s’est efforcée de donner un coup de main à Valérie Lemercier dans son apprentissage de l’accent québécois. 

« Dès que ça sonnait trop gros, on lui disait tout de suite, indique-t-elle. On lui répétait la phrase et elle la reprenait. Mais dès qu’elle était dans l’émotion, c’était son accent français qui revenait. Mais je crois qu’après les cinq premières minutes du film, on aime tellement ce personnage qu’on se dit que c’est comme ça qu’il parle. On s’habitue. »

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