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L’histoire trouble de l’Étrangleur

Philippe Janaeda
Photo courtoisie, Pascal Ito

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Avec son style inimitable, fort en infimes détails, l’écrivain français Philippe Jaenada reprend minutieusement les éléments d’une histoire qui a fait la manchette dans les années 1960 : l’enlèvement et l’assassinat d’un enfant parisien de 11 ans. Le présumé coupable, qui se fait appeler l’Étrangleur, avoue puis se rétracte, un an plus tard. Il est condamné à perpétuité et clamera son innocence pendant 41 ans. 

Cette histoire terrible a débuté le 26 mai 1964 lorsqu’un garçon de 11 ans, Luc, disparaît. Son corps a été retrouvé le lendemain matin dans un boisé de la banlieue. L’affaire a été fortement médiatisée à l’époque.

Une rencontre avec le prestigieux avocat français Henri Leclerc, lors d’une émission de radio où ils étaient tous deux invités, en 2017, a attisé la curiosité de Philippe Jaenada. 

« Je ne me rappelais plus ce lointain fait divers. Et plus j’ai commencé à me renseigner, plus je me suis rendu compte qu’il y avait des zones d’ombre », dit-il. 

« Et plus que des zones d’ombre, il y avait même des erreurs dans l’enquête, dans la décision de justice. Il y avait eu des mensonges. Ça m’a de plus en plus intéressé et j’ai passé quatre ans à travailler là-dessus. »

« Tout est vrai »

L’écrivain ajoute que tout est vrai dans le livre. « Je raconte cette histoire de mon point de vue à moi, Philippe Jaenada, écrivain, qui mène l’enquête – modestement – 57 ans après les faits. Tout ce qui concerne l’affaire, dans le livre, est absolument authentique, au détail près. »

« Tout ce qui me concerne, moi, en tant qu’écrivain, qui me promène, qui fais des recherches, qui ai des problèmes de santé, etc., tout ça, peu importe que ce soit vrai ou pas. C’est ce qui donne son côté roman au livre. »

C’était une affaire compliquée. « Le dossier d’enquête de la police et de la justice ensuite fait 30 000 pages. C’est un énorme dossier, avec beaucoup de rapports, d’interrogatoires, de procès--verbaux, d’expertises, qui est très complexe et très trouble. Il y a beaucoup de choses qui peuvent paraître claires si on regarde comme ça de prime abord, mais dès qu’on se penche dessus, il y a beaucoup de questions, de mystères. »

Autour du crime

Philippe Jaenada s’est passionné pour cette triste affaire. « Non seulement le crime est sordide, puisque c’est la mort d’un petit garçon, sans aucune raison. Il n’y a pas de mobile financier ou sexuel. C’est déjà horrible. Et plus j’avançais dans mes recherches, plus je me rendais compte que tous les protagonistes de l’affaire – les parents du petit, les amis de l’accusé, même son avocat – se sont avérés monstrueux. »

« Au départ, il y a un monstre et un enfant assassiné. Et en fait, le monstre n’en est pas un, finalement, puisque moi, je suis vraiment convaincu à 100 % de l’innocence de cet homme qui a fait 41 ans de prison », affirme-t-il.

« En revanche, autour, on a vraiment l’impression d’une société faite de créatures nauséabondes dans un marécage. C’est ça qui a été le plus dur. Je découvrais des gens menteurs, tricheurs, cruels, injustes, fourbes. Ce qui a été le plus dur, c’est que tout ce petit monde autour de ce crime atroce était presque pire encore que le crime lui-même. »

  • Philippe Jaenada est l’auteur d’une douzaine de romans, dont Le Chameau sauvage (prix de Flore en 1997), La petite femelle et La serpe (prix Femina en 2017).
  • Au printemps des monstres a fait partie de la première sélection du prix littéraire Goncourt 2021.
Philippe Janaeda
Photo courtoisie