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Pénurie de main-d'oeuvre: même la construction doit s’adapter aux changements

LEAD, boomrank recrutement
Photo Pierre-Paul Biron Les avantages comme les vêtements, le lunch une fois par mois, le partenariat avec une clinique médicale privée, un programme de récompense en santé-­sécurité et un autre en référencement sont toutes des choses mises en place par Mélissa Martinova et son équipe pour garder leurs employés.

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Des entreprises de construction devront changer pour survivre à la crise de la main-d’œuvre. Toiture Québec l’a fait, avec à sa tête une jeune femme qui n’a pas peur de parler de « culture d’entreprise » et de « marque employeur », des termes jadis à mille lieues des chantiers.

Mélissa Martinova n’a pas l’image qu’on se fait de l’entrepreneur en construction typique.

Jeune professionnelle issue de l’univers du droit, elle a pris les rênes de Toiture Québec il y a cinq ans. 

Et si, depuis, les changements s’enchaînent à un rythme fou, les projections d’une crise à long terme font croire que c’est ce qui permettra à l’entreprise de tirer son épingle du jeu. 

« À mon arrivée, il y avait deux directeurs, un chargé de projet, une adjointe et moi dans l’administration. Aujourd’hui, on est rendus 23, et ce n’est pas de trop », relate la dirigeante, qui rencontre Le Journal à sa 36e semaine de grossesse, toujours au bureau, signe de la charge de travail.

Boom majeur

S’il y a autant d’efforts, c’est parce que les besoins sont grands. Toiture Québec a vu son chiffre d’affaires bondir de 65 % au cours des deux dernières années, en pleine pandémie, faut-il le rappeler. 

Et comme le gouvernement entend faire passer la relance par la construction, le tourbillon risque de se prolonger. 

« Actuellement, on n’a pas [d’autre] choix [que] de refuser des contrats, et c’est généralisé », explique Mme Martinova, soulignant que pour continuer à croître, il faudra trouver de la main-d’œuvre.

« Notre comité de gestion se rencontre chaque semaine pour voir les besoins et les initiatives qu’on doit prendre », explique-t‐elle, ajoutant toutefois qu’on ne peut pas faire de miracles dans le contexte actuel.

« Il n’y a pas suffisamment de relève qui entre dans les formations professionnelles. On n’a pas [d’autre] choix [que] de miser sur la formation continue à l’interne quand on embauche. [...] Et au bureau, dès qu’une candidature rentre, on rappelle dans la minute pour ne pas la perdre », confie la gestionnaire.

Des avantages profitables

C’est dans ce contexte que des concepts comme la « marque employeur » et « le marketing RH », qui ne faisaient pas partie des préoccupations en construction, sont maintenant des incontournables.

« L’industrie change, et ça risque d’être exponentiel », prévient Mme Martinova. 

« Est-ce qu’on aura une limite à être créatif ? Il ne faut pas. En fait, on ne pourra pas, tout simplement », ajoute la gestionnaire, consciente comme tout le monde du fait que la crise avalera certaines entreprises. 

« C’est pour ça qu’on investit et qu’on a inventé un paquet d’avantages », insiste Mélissa Martinova.

« Ce sont des choses qui peuvent avoir l’air anodines et qui sont difficiles à développer, mais ce n’est pas un fardeau quand on voit les retours sur l’investissement. [...] C’est essoufflant, mais il faut prendre soin de notre monde ».

 

Une plateforme pour faire le bon «match»  

Si les employeurs ne veulent pas que leurs efforts soient noyés dans la mer d’offres d’emplois, ils devront mieux cibler leurs démarches d’embauche. C’est ce qu’offre dorénavant la plateforme Boomrank, qui présente seulement les emplois offrant la formation à l’interne.

Fondé en 2015, Boomrank se veut au départ un agrégateur de programmes de formation continue et de stages, mais ce nouveau volet « employeur-formateur » s’est ajouté durant les derniers mois. 

Pour plusieurs experts, cette avenue de formation interne sera une des pistes de solution à la pénurie.

« On voit de plus en plus d’entreprises qui ont ce souci, certains ayant même développé des académies ou des “universités” internes. C’est une vraie pépite d’or », soutient la fondatrice de Boomrank, Marie-Ève Hermkens.

Trouver le bon

Pour l’imprimerie Solisco, qui évolue dans un domaine où les programmes de formation sont maintenant presque inexistants, l’offre de Boomrank est parfaite. Elle lui permet d’entrer rapidement en contact avec des chercheurs d’emploi avec qui le match est envisageable.

« On disait avant qu’on n’irait pas chercher les employés dans leur salon, mais là on n’a plus le choix. Et même là, ça ne fonctionne pas. On a rejoint 27 500 foyers de la région avec des dépliants et on a eu 10-12 retours », confie François-Nicolas Carrier.

Le directeur culture et organisation de l’entreprise ajoute ne plus avoir d’autre choix que d’être « employeur-formateur » pour pourvoir les 30 postes actuellement vacants. Ce nombre représente 10 % de l’effectif total de Solisco.

« Il ne faut plus se demander combien ça coûte de le faire, on doit se demander ce que ça va coûter de ne rien faire », indique M. Carrier.

Aller plus loin

Lancée dans les dernières semaines, la nouvelle plateforme de Boomrank espère rejoindre un grand nombre d’entreprises pour ratisser large. La firme espère recruter une vingtaine d’entreprises à la recherche d’employés d’ici la fin de l’année et déjà plus d’une centaine de chercheurs d’emploi s’y sont inscrits.

Ne reste plus qu’à les « mettre sur leur X », explique Mme Hermkens.

« Les entreprises croient qu’il n’y a pas de travailleurs, mais il y en a, des gens qui ont de la difficulté à se positionner. S’agit de les accompagner », croit la fondatrice.

Elle précise que le service peut aider des retraités désirant un nouvel emploi ou de nouveaux arrivants qui peinent à faire reconnaître leurs acquis, mais qui ne peuvent retourner aux études. 

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