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Pénurie de main-d'oeuvre: un «creux historique» surviendra en 2030

Le ministre du Travail du Québec, Jean Boulet, prévient que le pire est à venir en ce qui concerne le manque de travailleurs

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Photo Stevens LeBlanc Le ministre du Travail, Jean Boulet, dans son bureau à l’Assemblée nationale.

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Heures d’ouvertures réduites, commerces fermés, contrats perdus, les effets de la pénurie de main-d’œuvre se font de plus en plus sentir, mais le pire reste à venir. Le Québec s’apprête à connaître un « creux historique » de travailleurs disponibles en 2030, signale le ministre du Travail, qui prévient qu’il faudra travailler plus vieux.

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« On n’a pas suffisamment de monde pour assurer un taux de remplacement, ce qui fait qu’entre 2019 et 2028, les économistes et les démographes anticipent à peu près 1,4 million de postes vacants », analyse froidement Jean Boulet, manches relevées, depuis son bureau à l’Assemblée nationale.

Le constat est clair : « Ça ne se résorbera pas miraculeusement et je le redis, c’est un défi de société », tranche-t-il.

Le Québec se retrouvera devant un mur en 2030, alors que la proportion de population active chutera à 60,4 % avec le vieillissement de notre société.

D’autres pays ont connu le même enjeu et s’en sont bien tirés, notamment les États-Unis et, de façon plus critique, le Japon. Dans ce pays l’âge de la retraite a été repoussé à 70 ans, dit Jean Boulet. « Tout est automatisé » et « ils n’ont à peu près pas d’immigration », souligne-t-il.

Quatre grands piliers

La stratégie du gouvernement, dont un pan important sera dévoilé jeudi, lors de la mise à jour économique, repose sur quatre grands piliers : la requalification, l’intégration, l’immigration et le maintien en emploi. 

Selon lui, faire venir des travailleurs qualifiés « est une option intéressante [...], mais il faut d’abord travailler avec notre main-d’œuvre ici ».

C’est pourquoi Québec souhaite encourager les travailleurs à se requalifier. Ceux qui « ambitionnaient de se réorienter [mais] ne savaient pas comment faire » auront des opportunités de se « façonner personnellement », révèle Jean Boulet. Le gouvernement entend aussi impliquer tout le monde pour relever ce défi, y compris certaines « clientèles » où le taux d’emploi reste moins élevé : les personnes handicapées, les candidats à la réinsertion sociale et les jeunes.

La fin de « liberté 55 »

Les Québécois devront aussi se faire à l’idée, il faudra travailler plus vieux, lâche Jean Boulet. « On a trop de départs à la retraite trop rapidement », tranche-t-il.

Le ministre se dit convaincu qu’une « partie des changements de paradigmes que la pénurie de main-d’œuvre va imposer » reviendra aux employeurs, pour qu’ils s’assurent d’accommoder leurs travailleurs les plus âgés.

Des personnes de 71 ans et plus pourraient vouloir continuer à travailler et il est important de « s’ouvrir à ça ». « Les parcours linéaires, on va en voir de moins en moins [...] Et la durée de vie d’une carrière va augmenter considérablement, j’en suis convaincu », dit-il.

Les entreprises auront aussi leur part à faire, notamment pour « s’automatiser, se robotiser, se numériser », un « impératif incontournable », selon lui.

« Les études des HEC montrent que 25 % seulement des processus d’affaires des entreprises manufacturières au Québec sont complètement automatisés alors que c’est 55 % aux États-Unis, 75 % en Allemagne », pointe Jean Boulet.

Oui, la pénurie de main-d’œuvre « freine le développement » de certaines entreprises, reconnaît-il.

Mais si cet enjeu n’est pas « une responsabilité qui repose uniquement sur les épaules de l’État », Québec sera là pour les accompagner, assure-t-il. 

QUELLES SONT LES OPTIONS POSSIBLES?   

Les idées ne manquent pas pour pallier le manque de personnel dans les entreprises. Si le ministre Boulet accueille favorablement certaines, il en écarte plusieurs autres. Tour d’horizon :

Serait-il possible de ne pas imposer les heures supplémentaires, pour encourager les travailleurs à rester plus longtemps au boulot ?

« La défiscalisation du temps supplémentaire, ce n’est pas une option qu’on considère. On fait plus des réflexions au sujet de potentiels incitatifs fiscaux. Il y en a auxquels j’ai déjà fait référence, comme le crédit d’impôt, la capacité d’opter pour cotiser ou non à la Régie des rentes du Québec après un certain âge.


Pourriez-vous obliger certains secteurs à fermer le dimanche pour les aider à offrir de meilleures conditions de travail ?

Libre choix. On l’a mentionné quand il y a eu le débat avec l’Association des quincailliers du Québec. Chacun est libre et ce n’est pas quelque chose qui est analysé en ce moment.


Que pensez-vous d’améliorer les incitatifs fiscaux pour encourager l’embauche de travailleurs ? 

Tout est sur la table, dit le ministre Boulet, notamment bonifier les incitatifs fiscaux pour l’intégration et l’amélioration du taux d’emploi des 60 à 69 ans.


 

LES COMPÉTENCES DU FUTUR  

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Photo d'archives

Si la pénurie de main-d’œuvre crée de nombreuses opportunités, seuls les mieux qualifiés pourront en bénéficier. Voici les « compétences du futur » qui seront recherchées par les employeurs :  

  • Connaissances en littératie et en numératie     
  • Savoir collaborer     
  • Pouvoir résoudre des problèmes     
  • Avoir du jugement     
  • Agir en citoyen éthique     
  • Faire preuve d’autonomie     
  • Être empathique     
  • Gérer des personnes     
  • Mettre en œuvre sa pensée créative                    

Source : La Commission des partenaires du marché du travail (CPMT) 


LES SECTEURS À PRIORISER  

Le secteur public craque de partout et Québec a bien l’intention de s’atteler à en colmater les brèches avant de tourner son attention vers les domaines les plus demandés du privé.

À COURT TERME  

  • Psychologues, travailleurs sociaux et tout ce qui gravite autour de la protection de la jeunesse et de la santé mentale      
  • Préposés aux bénéficiaires      
  • Éducatrices      
  • Infirmières      
  • Enseignants                   

*Pour y arriver, le ministre compte s’inspirer du programme de formation rémunérée en alternance travail-études qu’il a annoncé en avril dernier pour recruter, à terme, 2400 éducatrices.

À MOYEN ET LONG TERME  

  • Technologies de l’information                
  • Construction                
  • Génie                               

*Québec a l’intention de mieux faire connaître ses programmes de recrutement, dont les entreprises ignorent trop souvent l’existence


 

ÇA NE FAIT QUE COMMENCER   

  • 1,4 million d’emplois seront à pourvoir sur la période 2019-2028.     
  • 80 % de ces postes seront créés par des départs à la retraite, le reste par la création d’emplois.     
  • La proportion de la population active (les 15 à 64 ans) sera en diminution constante de 2021 à 2030                           

SELON QUÉBEC, CES POSTES SERONT COMBLÉS :  

  • 17 % par la hausse du taux d’activité des 15 à 64 ans     
  • 22 % par l’immigration     
  • 8 % par des personnes de 65 ans et plus     
  • 54 % de jeunes qui intègrent le marché du travail                        

Source : Institut de la statistique du Québec 

LA PROPORTION DE TRAVAILLEURS EN DIMINUTION